Id., PI. lxix
XIIe SIECLE.
leurs plus riches dalmatiques. Les rouleaux de Pise (PL CVC et DXLI I) nous les montrent revêtus d’une dalmatique à larges manches, que j’appellerais, si j’osais me servir d’une expression trop moderne et trop vulgaire, manches pagodes; des rinceaux bleus les enrichissent ainsi que le corps même du vêtement. — Le col est vert ou rouge.
L’exultet de la Bibliothèque Barberini nous offre une image de dalmatique blanche, avec une sorte de superhuméral, c’est-à-dire une large collerette verte bordée de rouge; la bordure des manches est de couleur teinte neutre. (PL CXCVI.)
On remarquera qu’au lieu de claves antiques il n’y a plus qu’une large bande, verte aussi, qui descend verticalement. La miniature du monastère de Saint-Biaise offre une même disposition, sauf que le superhuméral et la bande qui s’y rattache sont d’or et sertis de filets foncés.
Dans l’exultet du British-Museum, la dalmatique de teinte foncée, avec bordure aux manches, a un superhuméral formant le carré et présentant la pointe en avant. Dans celui de Policastro, les dalmatiques ont des manches très amples. (PL CDLIII et CDLXXIV.)
Un manuscrit de la Bibliothèque de Turin1 nous prouve qu’au xii° siècle la tradition antique était encore vivace dans la confection de ce vêtement; elle nous montre une figure du diacre Vincent, couvert d’une dalmatique fort simple qui n’a d’autres ornements que des croix au bord des manches; la hauteur de ces manches égale la moitié de la hauteur du vêtement lui-même, comme dans les dalmatiques primitives.
Sur la statue de saint Zénon, à Vérone, sur le portail de l’église qui lui est consacrée, on a figuré une dalmatique avec échancrures latérales carrées.
Il nous reste en France mieux que des images pour constituer l’histoire de nos dalmatiques romanes; nous avons encore à Ambazac la dalmatique de saint Étienne de Muret, que l’on conserve avec ses reliques2. — Nous rappellerons les divers inven¬
1. Cod. VI, 18, Commentaire de Bède sur saint Luc , catalogue de Pasini, p. 60.
2. Une partie du corps est dans une magnifique châsse revêtue d’or, de pierreries et d’émaux.
Bull, de la Société archéologique du Limousin, vol, VI, Inventaire de l’église de Grandmont.
taires qui nous en fournissent la description. Celui de 1 666 : « La dalmatique de saint Étienne « de Muret est une tunique de diacre, tissue de « soie de diverses couleurs, parsemée de quel- « ques figures d’aigle, dont notre bien-aimé Père, « saint Etienne, se servait en faisant le diacre, « laquelle ne s’est presque pas usée depuis tant « de siècles, quoiqu’elle serve à tous les diacres « le jour qu’ils chantent leur premier évangile et « qu’on la montre presque tous les jours à « ceux qui désirent voir nos saintes reliques, « auxquels on la donne aussi à baiser, comme les « autres principales reliques. Elle est fermée aux « manches, et est fort longue, doublée de toile. »
L’inventaire de i5y5 : « Le courtibaud de « saint Étienne, de soie jaune et violette et de « plusieurs autres couleurs qu’on baille aux nou- « veaux diacres le jour qu'ils chantent leur pre- « mier évangile1. » (PL DXLI.)
On croit que ce vêtement, en brocatelle demisoie à fond violet et ornements jaunes, fut donné à saint Étienne par l’impératrice Mathilde, femme de Henri V, en 11212. Ses dimensions, que nous empruntonsàM. Gay, sont de imqo pour la hauteur, de imo8 pour la largeur. Il est possible que cette tunique ait été remaniée et rétrécie, car sur les côtés, les aigles sont renversées. Nous en donnons le dessin d’après M. de Laurière, qui nous a communiqué la photographie avec son insigne obligeance. ,
Il n’est pas douteux que ce vêtement n’ait eu dès l’origine une destination liturgique, on peut admettre aussi son origine impériale d’après les aigles qui le décorent; on sait que les Césars allemands portaient souvent des étoffes ainsi ornées ; au Campo-Santo de Pise, le drap mortuaire figuré sur le tombeau d’Henri VII est couvert d’aigles; il semble même qu’un tissu de ce genre fût appelé impérial , comme on lit dans l’inventaire du Saint- Siège : « Dalmaticum rubeam de panno imperiali « de Romania ad aquilas magnas cum duobus « capitibus sine ornamentis. » On peut croire que les empereurs faisaient fabriquer ces tissus pour leur usage et pour les présents qu’ils désiraient