‹ La messe (volume 5)Chapitre 170 sur 303 · Latin · texte numérisé non relu

Latin

La dalmatique, dès l’origine, est un vêtement coupé en croix; elle convenait donc mieux qu’aucun autre aux orantes chrétiennes qui étendaient les bras justement pour rappeler le signe de notre rédemption. Elle nous apparaît ainsi sur les plus anciennes fresques cimétériales avec les libres manches, la jupetalaire et les deux claves de pourpre qui descendent jusqu’en bas. Elle a la gloire d’être figurée sur les premières madones des catacombes.

Saint Cvprien, le jour de son martyre, portait une dalmatique.

Ces tuniques ne tardent pas à s’enrichir; les claves se changent quelquefois en tiges élégantes qui serpentent chargées de feuilles; des calliculæ d’or, d’argent, de pourpre sont cousues sur l’étoffe de lin.

Au ive et surtout au ve siècle les manches grandissent d’une façon singulière; elles se garnissent de bandes pareilles aux claves. Aux mosaïques de Milan et de Ravenne cette bande est double. La dalmatique est un privilège que le pape octroie et que les évêques reçoivent comme une insigne faveur.

Les mosaïques de saint Venanceau Latran nous offrent le maximum de largeur des manches qui est égale à la demi-hauteur de tout le vêtement, particularité qui ne ressort pas de la fantaisie de l’artiste, mais d’un fait positif, puisque nous avons encore à Moyen-Moutiers une dalmatique de ce temps et de cette forme.

On voit paraître alors, entre les deux galons des manches, de petites croix que l’époque carlovingienne reproduira souvent et que nous retrouverons sur l’ivoire de Francfort.

La manche et le côté gauches se garnissent de franges dès le ve siècle.

Les Carlovingiens, admirateurs et jaloux imitateurs de l’antique, adoptent fidèlement les anciennes formes que leur lèguent leurs prédécesseurs, ils rétrécissent un peu les manches qu’ils conservent assez amples. Les mosaïques de Rome, le Sacramentaire de Drogon, etc. , nous ont fourni de précieux modèles; nous y avons retrouvé la tunique blanche à claves de pourpre des premiers chrétiens et aussi la tunique de pourpre ornée d’or qui devait être une réminiscence de l’antiquité.

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DALMATIQU ES.

Le symbolisme chrétien, qui s’est toujours appliqué aux vêtements liturgiques, prend, au ixe siècle, un essor plus grand; pour Raban Maur, la dalmatique c'est la croix dont le prêtre doit être pour ainsi dire revêtu et les claves le sang du Seigneur qui la rougit.

Au xe siècle, nous remarquons quelques changements dont le graduel de Prüm nous indique les caractères. On constate un évasement dans les manches qui les rend plus étroites à l’entournure qu’au poignet, un évasement aussi dans la jupe qui se resserre à la taille. Les deux claves se garnissent de floches, sorte de nœud de rubans dont le nombre augmentera plus tard ; nous les avons remarqués pour la première fois à l’ivoire de Francfort; ils se généralisent de plus en plus. Le bas de la jupe se garnit d’une bordure.

Pendant que les modifications s’introduisaient en Occident, nous avons montré les tuniques grecques encore fidèles, comme couleur et comme forme, aux types primitifs.

Au reste, l’Italie qui recevait immédiatement les inspirations de Rome les maintenait plus exactement que nos pères. Le vestiaire du Mont- Cassin au xie siècle possédait de nombreuses dalmatiques enrichies d’or; dalmatiques que les miniatures contemporaines nous montrent avec larges manches et jupe talaire. Le pontifical de la Minerve renferme des images de dalmatiques de ce genre avec manches excessivement amples, bordures dorées.

A Saint-Clément de Rome, des fresques nous rappellent une dalmatiqueen étoffe orientale avec les quatre gammas inscrits dans un cercle; le col et la bordure inférieure portent des pierreries que nous retrouverons souvent dans l’ornementation des vêtements liturgiques; en Italie, la peinture nous en donne de nombreux témoignages.

A cette époque, la jupe des dalmatiques, moins ample qu’à l’origine, gênait le mouvement des jambes et obligeait à pratiquer des échancrures latérales qui leur devait rendre la liberté. Cette ouverture, d’abord une simple fente, ne tarde pas à s’orner; on retourne autour la bordure elle-même, puis les ciseaux des fabricants les arrondissent, et la transforment elle-même en un ornement.

Pendant tout le xie siècle, les claves subsistent, à des distances plus ou moins grandes l’une de l’autre, avec plus ou moins de simplicité. On ne les voit disparaître qu’au xne siècle. La dalmatique d’Ambazac ne paraît pas en avoir jamais porté.

Elle a plus de i mètre de large et, par conséquent, n’avait pas besoin d’être fendue. Souvenir précieux et sans doute un des plus anciens vêtements de ce genre qui soit encore conservé.

Les dalmatiques impériales nous sont passées sous les yeux, elles nous ont apparu comme un monument liturgique d’autant plus important, que, copie des vêtements sacerdotaux, elles attestaient l’amour des souverains pour l’Eglise qui les faisait clercs avant de les faire empereurs.

Les dalmatiques de Saint-Thomas, à Lisieux, conservent encore les claves, mais, si au xne siècle cet ornement disparaît souvent, il est remplacé par des plaques d’orfrois sur le bas de la jupe et sur la poitrine; c’est là que s’exercaient l’art et les u > . r richesses du brodeur. Les observations dans le cours de l'article ont été corroborées par l’exposé de nombreuses peintures. On y a vu aussi que les bordures gemmées, entremêlées de perles, devenaient fréquentes en France et que les tombes épiscopales en fournissaient beaucoup d’exemples.

Les tuniques ont parfois de riches collets oü des pierreries et des perles jettent un éclat extraordinaire.

Les dalmatiques s’enrichissent non seulement par ces pièces rapportées mais aussi par le prix et la beauté des tissus dont elles sont façonnées; le Dôme d’Halberstadt possède une tunique couverte de médaillons avec lions.

Il arrive même que, pour rendre le luxe plus apparent, on a recours à deux étoffes qui composent chacune la moitié de la dalmatique.

Le xme siècle développe ce goût du luxe peutêtre aux dép^ens des formes qui deviennent moins gracieuses et s’alourdissent sous le poids des perles etdes pierreries; lespeintures des Quattro Cor onati à Rome, la miniature de la Bible de Cantorbéry nous ont rappelé cette surcharge de richesse qui devait nuire à la liberté des plis et à l’élégance du vêtement.

En France, la dalmatique de Brignoles nous a

RESUME

montré les évasements de coupe inaugurée pendant l'époque romane atteindre une nouvelle exagération et les bandes transversales s’introduire entre les claves.

Les sculptures du portail de Chartres et des tombeaux ont pu nous donner une haute idée de la magnificence des broderies liturgiques et du zèle pieux qui leur consacrait des offrandes considérables.

En même temps les écrivains étendent leurs descriptions symboliques jusqu’au moindre détail des vêtements; pour eux, pour le peuple chrétien, la dalmatique n’est plus seulement une tunique sacrée, c’est un poème, une prédication continuelle des devoirs du prêtre qui doit y voir la croix, la libéralité, l’amour du prochain, la patience, la méditation, la vie active, la pureté, etc.

Après le xme siècle, les dalmatiques se modifient encore sans que ce soit à leur avantage ; la coupe est plus étriquée, les manches encore plus courtes, les étoffes plus lourdes ne se plissent plus sous les mouvements du corps qui semble recouvert d'une sorte d’armure; le velours d’Utrecht,

sien vogue, intervient dans leur confection; de riches broderies avec figures de saints étendent leurs bandes sur ces lourdes enveloppes ; après une réaction en faveur de la simplicité sous Louis XIV. elles reprennent, au xvme siècle, sinon leur raideur, du moins un mauvais goût presque aussi fâcheux qu’à la Renaissance, elles se taillent dans des tissus à grands ramages dont le manque de dignité est déplorable. De nos jours on est retombé dans la raideur, dans l’oubli des anciens claves, et dans des plis plus choquants que ceux de la Renaissance.

Telle est l’histoire en quelques lignes de ce vêtement si ancien comme forme et comme usage religieux. Son nom a traversé tous les siècles chrétiens et j’ajouterai que, sous des modifications funestes, on peut y retrouver encore la plupart de ses traits antiques, sa forme en croix, les bandes verticales, les manches bordées. Faisons des vœux pour que les monuments mieux connus ramènent nos fabricants à de meilleures inspirations, qu’ils reprennent les voies antiques et qu’en ramenant sous nos yeux les habillements des premiers chrétiens ils nous rappellent les vertus de nos pères dont nous gardons la foi.

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CHASUBLES

ORIGINES

Pour suivre l’ordre de la vestitiou, nous devons parler d’un ample manteau que nous appelons chasuble , que le prêtre se passe par la tête et qui lui retombe tout autour du corps en plis gracieux.

Nous lui donnons le nom de chasuble, qui la désigne clairement à l’esprit aujourd’hui et qui lui fut le plus généralement donné par les écrivains. Chasuble, en latin casula , c’est-à-dire petite maison, terme qui en exprime fidèlement la forme et que les huttes de certains sauvages, éclairées seulement par un orifice supérieur, rappellent encore. Déjà, dans l’antiquité, Philon se servait de cette comparaison lorsque, décrivant un vêtement de peau de chèvre communément porté dans son pays, il dit qu’il formait une maison portative pour les voyageurs, les soldats et ceux qui étaient obligés d’affronter les intempéries de l’air.

Ce mot est employé dans le sens littéral par saint Grégoire de Tours 1 : « La casula, dit saint Isidore de Séville (De Orig., XIX, cap. xxi), est un vêtement garni d’un capuchon (vestis circulata); c’est un diminutif de maison, parce que, comme une maison, il couvre la personne en-

i. Mirac. S. Juliani, XLIV, Migne, 825.

tièreL » Il est probable que ce mot désignait un vêtement longtemps avant dans la langue populaire2.

Le Sacramentaire de saint Grégoire et les ritualistes postérieurs n’ont cessé de l’adopter.

On employa aussi le mot casubula , qui se rapproche davantage de chasuble, comme on le voit dans la translation des reliques de saint Wandrile (Du Cangeh

Après casula on a dit le plus souvent planeta. Les ritualistes d’Occident, Isidore, Raban Maur3, Amalaire, Walafrid Strabon, les emploient l’un et l’autre comme synonymes. L’étymologie de planeta est moins certaine et moins satisfaisante; 011 a dit qu’elle était appelée planète parce qu’elle flottait librement autour du corps4. Papias (xie s.), d’après Isidore (lib. XIX, cap. xxiv), écrivait : « Planeta græce dicta quod oris erran- » tibus evagatur. » On a dit encore que c’était à cause des astres qu’elle rappelait par le mouvement circulaire ou par les broderies dont elle était enrichie. On sait que Tibère, faisant son entrée

1. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu (lih. XXII, cap. viii, § 9), raconte l’histoire, déjà ancienne de son temps, d’un ouvrier tailleur à Hippone qui ayant perdu sa casula n’avait pas le moyen de s’en procurer une autre.

2. On peut recourir sur ces questions à un ouvrage que nous avons souvent occasion de citer : Bock, Geschichte der liturgischen gewander der mittellaters. 1 vol., Bonn.

B. Marriott, Vestiarium christianum.

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