Lettre part, de M. Ch. Abel
Mémoires de la Sorbonne, i865. L’article de M. Abel a été recueilli dans un tirage à part qu’il a eu la bonté de nous donner.
CHASUBLES
Montfaucon, nous ont encore conservé le souvenir d’une chasuble perdue, qui jadis se conservait à Angers sous le nom de saint Loup, trente-quatrième évêque de cette ville. Cette chasuble ne remonte peut-être pas aussi haut que l’indiquait cette tradition, et doit dater, comme il arrivait si souvent, de la reconnaissance des reliques, faite par son successeur, Hubert de Vendôme, en 1012. Cet évêque, le quarantième de la ville, fit transporter le corps, de son tombeau qui était au petit cimetière de Saint-Martin, dans une chasse qu’il lui avait préparée sur le maître-autel de ladite église. Je ne doute pas qu’à cette occasion l’habillement n’ait été renouvelé et qu’il nous ait valu la chasuble que nous décrivons. (PL DLXXIX.)
Ce vêtement, taillé dans une étoffe sarrasine ', orné de larges médaillons à fond pourpre et or, contenait des griffons affrontés en soie verte ; les orfrois, en or fin, étaient travaillés au petit métier ; ils descendaient verticalement devant et derrière, mais ils prenaient aussi des directions obliques dans le bas et sur les épaules. Il en résultait des compartiments oü l’on voyait des broderies différentes du fond; dans le bas, c’étaient des rinceaux et des têtes de patriarches; dans les tympans, sur la poitrine, des anges thuriféraires; en face, sur le dos, dans l’espèce de capuchon que les galons y dessinaient, on avait brodé l’arbre de Jessé; d’abord ce patriarche, duquel sort le tronc allégorique; puis, dans les branches, des médaillons circulaires où l’on avait représenté des bustes de patriarches; puis David, puis, dans un ovale, un aigle 2 écartelé et enfin dans le haut, le Sauveur, les bras étendus. Cette chasuble avait près de 4 mètres de tour dans le bas.
M. Pocquet, le correspondant de Montfaucon, lui signale aussi celle de saint Lezin (-}- 6o5), quinzième évêque d’Angers, dans la collégiale Saint-Jean-Baptiste. Elle aurait dû être beaucoup plus ancienne que la précédente, et, au contraire, elle lui ressemble tout à fait; ce qui prouve, une fois de plus, qu’elle avait été simultanément substituée à la primitive 3.
1. M De Farcy, dans ses articles si curieux sur l’ancien vestiaire d’Angers, nous fait l’honneur de reproduire notre dessin. (Rev. de l'Art chrét., 1886, p. 184.)