Id
4. On lit aujourd’hui sur la relique : Pianeta dell arcivescovo Angelopte.
CHASUBLES
une croix de forme moderne, mais celui de derrière subsiste; il est en or et complet. Les fils ne sont pas d’argent doré, mais ce sont de petites lames d’or entourées de fils de soie.
J’ai prié M. Ricci, comptant sur son talent et son obligeance, de copier ce vêtement pour notre ouvrage ; malheureusement il est enfermé dans un reliquaire que nous n’avons pas eu permission d’ouvrir, et il n’a pu dessiner que quelques fragments détachés conservés en dehors. On verra par ces spécimens qu’il est impossible de remonter à l’antiquité de la tradition; nous sommes ici devant une étoffe orientale, devant des méandres comme ceux des chasubles de saint Willigise, et les croissants, les aigles d’or nous défendent un classement plus haut que l’époque romane. J’expliquerai ici la tradition, en répétant ce que nous avons dit des corps saints habillés si souvent, aux xie et xne siècles, de vêtements nouveaux.
Parmi les nombreux monuments que nous offre l’histoire de la liturgie en France, au xne siècle, nous devons citer en premier rang la châsse de saint Hydulphe, que l’on conservait à Moyen- Moutiers (Vosges) avant la Révolution et qui a complètement disparu, comme j’ai pu m’en informer L Les bas-reliefs d’argent qui l’ornaient résument dans une suite de scènes expressives les diverses actions épiscopales, depuis le baptême, la consécration de l’église, jusqu’aux funérailles, et ils présentent d’excellents documents pour rappeler les costumes sacerdotaux de l’époque. Leur souvenir n’a pas péri heureusement, grâce aux dessins1 2 qu'en avait recueillis Montfaucon et que nous conservons à la Bibliothèque nationale ; leur importance nous a engagé de les graver (PI. DLXXXXII-DLXXXXIII), et nous croyons devoir y joindre le mémoire explicatif qui se trouve dans un autre volume de la collection que nous transcrivons en notes au bas de ces pages3.
1. On a aujourd’hui une châsse de facture moderne où se trouve la dalmatique dont nous avons parlé.
2. Les dessins faits à la sanguine et avec habileté se trouvent dans le volume latin 111913. Le texte, je ne sais pourquoi, est dans le volume précédent de la collection, 11912, f° 178; le voici avec son litre:
3. Mémoire pour l’explication des figures qui sont sur les feuilles d'argent qui couvrent la châsse de saint Hydulphe à l’abbaie de Moien-Moutier.
Il nous faut remarquer :
i° Que l’an 1618, on renouvelle l’ancienne châsse de saint Hydulphe pour faire celle qui est à présent. Les
On peut résumer en quelques lignes l’histoire de cette châsse : saint Hydulphe (-{- 707) est d’abord enseveli dans un tombeau de pierre, dans l’église de Saint-Grégoire, à droite de l’autel ; avant la fin
feuilles d’argent qui étaient sur l’ancienne pesaient vingtdeux marcs six onces; celles que l’on remit de l’ancienne sur la nouvelle pèsent dix marcs deux onces, tout cela paraît sur les comptes faits entre le procureur de la maison et l’orfèvre. L’on fondit donc douze marcs quatre onces de l’argenterie de la vieille châsse, sur laquelle, sans doute, il y avait des ligures, car on en trouve sur ce qui est resté;
20 Que les feuilles de l’ancienne châsse, car elles sont après la nouvelle, ne sont pas entières, qu’elles ont été rognées de tous côtés, ce qui empêche qu’on n’explique si aisément les points d’histoire qui y sont représentés, outre que, l’orfèvre les ayant posées au hasard sans suivre l’ordre des temps qui y était apparemment observé sur l’ancienne, il est plus difficile de porter son jugement sur ces points d’histoire; on peut néanmoins reconnaître que chaque feuille représente deux actions de la même histoire;
3° Que l’abbé Malduinus, qui a vécu depuis 780 jusqu’à 792, fit faire, au rapport de Jean Bayon (ch. x, fol. 16 verso), un coffre ou châsse (arcam) sur les ossements de saint Hydulphe, qu’il orna d’or et d’argent : « Malduinus « arcam super beatos patroni nostri artus fabricari insti- « tuit, quam etiam honorifice auri argentique metallis « adornavit, pari modo condecoravit reliquiarum sancto- « rum fratrum, cum stabiolis (?) cum thuribulis, cum « candelabris, maximum quoque calicem fecit nomine suo a insignitum nostra pauperiei adhuc reservatum, hic de- « coravit aram B. Dei Genitricis et sancti Pietri aptans a tabulas pretiosis metallis insignivit ambas multaque « ejusmodireliquitloco suœindustriæcredito monumenta »;
4° Que saint Hydulphe mourut en 707 et fut enterré dans l’église de Saint-Grégoire « sub tumba », au côté droit de l’autel, où il resta jusqu’au temps d’Adalbert, abbé de Moien-Moutier, qui a gouverné cette abbaie depuis g38 jusqu’à 985 : « Tandem officiose cavato cadavere semper « reminiscendi patris sepeliverunt il lu d in basilica B. « patris Gregorii a dextero altaris »;
5° Que cet abbé fit relever son corps, remettre les reliques dans une châsse de bois, comme on le voit dans ce manuscrit qui rapporte la translation de saint Hydulphe : s Prudentia et devotione venerabilis Adalbertus, corpus 11 venerabile dni Hydulphi a tumba quæ adhuc tenebatur « congregata ad hoc non pauca multitudine abbatum, mo- « nachorum et religiosorum cum magno apparatu per dic- « tum Adalbertum levavit ac in area lignea decenter pa- « rata cum dicta devotione et honore collocavit. » Cet auteur ajoute que, lorsqu’on transporta le corps de saint Hydulphe de l’église de Saint-Grégoire dans celle au-dessous, où il est encore à présent, il se fit un miracle : « Illo « nempe tempore die et ora qua sacratissimi artus glorio- « sissimi patris ab area sacra transferebantur... in hora « eadem qua venerabile corpus ab oratorio B. Gregorii ad « inferiorem ecclesiam in qua nunc quiescit..., sacrant « portantes glebam corporis circumfulsit lux... » On peut faire ces réflexions sur le passage de cet auteur: i° que le corps de saint Hydulphe fut mis d’abord dans un tombeau de pierre, que l’on voit encore aujourd’hui au côté droit de l’autel de l’église de Saint-Grégoire; 2° qu’au-dessus de ce tombeau, il y avait une autre tombe qui le recouvrait; 3° que le corps de saint Hydulphe était encore dans l’église de Saint-Grégoire sous la tombe, dans son tombeau, lorsque Adalbert en fit la translation, et, par conséquent, que Malduinus, dont nous avons parlé plus haut, n’avajt fait mettre sur la tombe de saint Hydulphe qu’une espèce de représentation comme nous en mettons encore aujourd’hui, mais qu’il avait fait recouvrir d’argent; 40 qu’Adalbert fit
XIIe SIECLE.
du siècle, l’abbé Malduinus (780 -J- 7 92) fait faire une châsse d’or et d’argent pour les reliques, une translation a lieu sous l’abbé Adalbert (938 -f- 985) ; au commencement du xie siècle, l’abbé Aleman-
mettre le corps de saint Hydulphe dans une espèce de coffre ou de châsse, area; 5° que, par decenter ornatam, il avait peut-être voulu marquer que cet abbé avait fait mettre sur cette châsse les feuilles dont Melduinus avait orné le tombeau de saint Hydulphe ou quelques autres feuilles d’argent; 6° il paraît une contradiction entre l’auteur de la vie de saint Hydulphe et l’auteur de la translation de ce saint... Il se pourrait que pendant les malheurs de l’abbaie, lorsque les moines furent chassés pour mettre des chanoines, au ix« ou au commencement du x» siècle, que l’abbaye fut abandonnée à cause de l’irruption des Huns; on reporta le corps de saint Hydulphe dans son tombeau que l’on avait laissé dans l’église de Saint-Grégoire, laquelle seule était restée après l’irruption des barbares, d’où l’on peut l’avoir transporté de nouveau dans l’église de Notre-Dame, comme il est dit dans l’histoire de sa translation ;
6° Que Lothaire, roy de France, venant en Alsace avec une puissante armée contre l’empereur Othon II, passant proche de l’abbaye de Moien-Moutier, les moines transportèrent le corps de saint Hydulphe sous la haute pierre..;
70 Qu’AIemannus, abbé de Moien-Moutier, vendit le trésor de l’église, les feuilles d’argent qui couvraient la châsse de saint Hydulphe, pour racheter Berkheim ( 1009);
8° Que Lambert, abbé de Moien-Moutier, qui gouvernait en io5g (f 1079), déclare dans son testament ce qu’il a trouvé dans l’abbaye et ce qu’il a fait faire : « Et enim « abbas Lambertus refert (dit Jean de Baion), locum Me- « dianis cenobii reperit dura abbas fuit conformatur orna- « ta ecclesiastico... calicem magnum, Thuribulum argen- « tum. » Il est aussi parlé dans ce testament de deux croix d’argent doré, ornées de quelques pierreries, mais il n’est point parlé en aucune manière de la châsse de saint Hydulphe;
9° Que Milon, qui a gouverné cette abbaie depuis 1 1 1 5 jusqu’en 1 147, transféra le corps de saint Hydulphe de son ancienne châsse dans une nouvelle : « Anno 1 1 3g « (Jean de Baion) beatus Hydulphus potitus fuit in scrinio « novo. » Les vers qu’on lit à présent autour de sa châsse pourraient bien être de ce temps-là :
Quorum munere sum tali vestitus honore Digni reddantur divino semper amore
. me tunica quisqua nudaverit ultra
Conquerar hoc justis in dextra parte futur is.
Ce que l’abbé Alemannus fît pour racheter Berckeim est assez bien exprimé par le troisième vers. Ces vers en rimes sont semblables à ceux que Jean Baion rapporte de l’abbé Milon :
Abbas ipse stilo studuit me scribere milo Copia cunctorum quo nobis multa librorum Junxit enim plenos hujus artis... senos Cujus delictis patris . parafa mitis.
Ainsi les pères de la réforme qui ont fait faire la châsse ont laissé les anciens vers, ne changeant peut-être que le singulier en pluriel parce que c’était la communauté qui faisait la dépense de l’ouvrage :
Cujus munere...
Dignus reddatur...
11 faut aussi remarquer qu’il n’y a que quatre feuilles d’argent sur la dicte châsse, divisées chacune en deux panneaux. Que le fond est d’argent et les ligures de vermeille. La difficulté consiste à savoir si ces feuilles sont d’entre
nus est obligé de vendre les lames d’argent qui recouvraient la châsse. En 1 139 l’abbé Milon lui restitue les richesses perdues et commande les bas-reliefs d’argent que représentent nos planches,
l’an 780-792, temps auquel Malduinus en lit mettre sur le tombeau; l’abbé Adalbert se servit des mêmes feuilles pour les poser en 950 sur la châsse de saint Hydulphe. Si Alemannus enleva toutes ces feuilles pour racheter Berckeim, ou si, peut-être, l’abbé Milon n’en trouva pas encore quelques-unes en 1 1 3g pour en couvrir la châsse qu’il fit faire. Ce qui est constant, c’est que, depuis Milon jusqu’en 1618, on n’a rien fait à la châsse de saint Hydulphe; c’est aux antiquaires à discerner par la manière d’habillements et le goût de chaque siècle le temps où ont été faits ces bas-reliefs.
I,i. — Voici quelques conjectures que je crois que l’on peut taire sur les bas-reliefs qui restent sur notre châsse. Le premier panneau de la première feuille qui ne paraît pas entier (les feuilles sur notre planche sont indiquées en chiffres romains, les panneaux en chiffres arabes,) contient trois figures et une partie de bras avec une grande manche, et un arbre qui la termine à l’autre extrémité; la figure A est couverte d’une robe qui descend un peu audessous du genou; cette robe est retenue par une ceinture, et par-dessus tous ces habits on voit un manteau qui couvre le côté droit; la tête est couverte d’une espèce de calotte; il porte la main sur son visage qui est couvert d’une assez longue barbe. La figure B est une fille couverte d’une assez longue robe à grandes manches, aiant un voile pardessus la tête; elle paraît être une religieuse. Le pallium qui est sur une espèce de chasuble fait connaître que la figure C est un archevêque, revêtu d’un surplis ou rochet sur une robe ou peut-être une aube, aiant la mitre en tête et la crosse à la main gauche sans manipule, donnant la bénédiction de la main droite. Cette figure est posée sur une estrade. D est un bras avec une grande manche rentrée d’une figure qui était à genoux devant l’archevêque. Le bras est semblable à celui de la figure B.
On peut penser que le sujet est le duc Attig, venu à Moien-Moutier pour obtenir de saint Hydulphe la guérison de sa fille. Le bras serait celui de sa mère Bersuvinde ou de la nourrice. On peut faire à cela l’objection que les nobles francs ne portaient pas de barbe, et sainte Ôthilde n’a été religieuse que longtemps après son baptême.
Les figures de ce panneau semblent aussi représenter des personnes affligées, énergumènes, aveugles, etc., qui viennent demander leur guérison à saint Hydulphe. A serait un aveugle, D une personne affligée de quelque manière. B serait une vierge qui viendrait demander d’être reclue dans quelqu’une des habitations que le saint avait destinées aux étrangers.
I, 2. — Le deuxième panneau de la première planche représente une église de figure ronde ou une rotonde avec un dôme semblable à celui qui est à Senone, à l’abbaie de Honcourt ou au prieuré de Lieure. Le portail était soutenu de deux tours. L’autel paraît être au fond de l’église, sous le dôme. La figure A porte un pallium chargé de croix sur une chappe ou manteau, tient la crosse des deux mains (?) aiant les doigts de la main droite comme s’il bénissait. Il porte son manipule au bras gauche. La figure B est ornée d’une espèce de pallium sans croix, sur une chasuble qui en est parsemée; il tient la crosse dans la main gauche, et de la droite il donne sa bénédiction; il porte le manipule.
La figure A est saint Hydulphe, la figure B, saint Erard. Les saints bénissent ensemble une église et en consacrent l’autel; mais, si la figure B a le pallium, comment peutelle représenter saint Erard qui n’a pas été archevêque, et qui ne paraît pas avoir obtenu aucun privilège particulier pour le porter. On ne peut savoir quelle est l’église, car saint Hydulphe en a consacré plusieurs : i° une en l’hon-
CHASUBLES
en faisant dorer les figures et laisser le fond en argent. En 1600, Jean de Bayon la voit encore dans cet état qui fut altéré dix-huit ans plus tard. A cette dernière époque ,on remanie la châsse, je
neur de la sainte Vierge, 2° en l’honneur de saint Pierre, 3° de saint Grégoire, 40 de saint Jean-Baptiste, 5° bâtie par saint Erard en l’honneur de saint Pierre, etc. Il est vraisemblable que cette église est celle de Hombourg, bâtie dans le château du duc Attig pour sa fille Othilde, quoiqu’il ne soit pas dit par quel évêque elle fut consacrée; la liaison qui existait entre cette famille et notre saint le donne à croire. De plus on dit que l’Erard nommé dans ce titre que Théoderic III donna à l’abbaie d’Aprimoutier est notre saint Erard, celui qui baptisa sainte Othilde, et l’abbaie, depuis qu’il en fut abbé, s’appela Eberardi monasterium. L’an passé à Sainte-Othilde, chez les Pères Prémontrés, on a découvert dans les ruines devant l’église les fondements de deux tours comme elles sont icy représentées.
II, 1. — II manque presque la moitié du premier panneau de la deuxième feuille. La figure A représente un moine malade, couché sur son lit, la tête appuyée sur son bras et qui paraît parler à la figure B qui porte le pallium, la chasuble, la crosse, et qui bénit de la droite. B serait saint Hydulphe qui va voir saint Dié (A) malade, lequel recommande la conduite de son abbaye (citation latine).
II, 2. — Le deuxième panneau de la deuxième feuille représente le sépulcre d’un moine. La figure A représente un moine revêtu d’une aube, aiant une ceinture par-dessus sans capuchon; il porte de la main droite une croix, et de la gauche un encensoir. B est un moine habillé comme le précédent, aiant par-dessus une stole. Il soutient la tête de la figure C, et porte dans le tombeau celui qu’elle représente. D est un autre moine, vêtu comme B, tenant une branche de la main droite et un bénitier de la gauche. E est encore un moine, mais vêtu à la monastique, avec un capuchon. Il soutient avec ses deux mains le poids de la figure C pour- aider à la mettre dans le tombeau. F est un moine habillé en aube sans qu’il paraisse de ceinture. Il porte à la main droite une croix. Tout cela représente sans doute la sépulture de saint Dié et les moines qui lui rendent ces pieux offices.
III, 1. — Le premier panneau paraît entier; il est terminé par deux pilastres. La figure A , vêtue d’une robe sans ceinture, est un moine qui tient une crosse de la main droite. B est un archevêque vêtu d’une robe qui paraît de drap d’or, une chappe ou manteau et un pallium par-dessus. Il porte un manipule au bras gauche et tient du même côté le bras d’une fille qui est dans un bassin plein d’eau. Il donne la bénédiction de la main droite; il semble à sa posture qu’il vient de parler. D est un autre prélat qui impose la main droite sur la tête de la figure C, de la main gauche il tient une espèce de burette. E est un moine vêtu comme A, qui porte une crosse. Tout cela représente le baptême de sainte Othilde. B est saint Erard qui impose le nom à sainte Othile et luy soutient sa main. C est sainte Othilde, D saint Hydulphe.
III, 2. — Le deuxième panneau de la feuille ne paraît être que la moitié d’une plus longue. On y voit des prélats qui s’embrassent, dont l’un, B, porte le pallium, l’autre, A, n’en porte point. Les visites que saint Dié et saint Hydulphe se rendaient une fois l’année et la coutume qui s’est perpétuée ont pu donner lieu à ce qui paraît dans ce panneau. Tous les ans, pour perpétuer ce souvenir, les religieux de Saint-Dié et de Moyen-Moutier vont â la rencontre les uns des autres dans un petit bois qui est à mi-chemin des abbayes où il y a une chapelle, lieu nommé Belchamp. Ils portaient d’abord les robes des deux saints et ensuite on porta leurs corps, coutume qui s’est perpétuée même au temps des chanoines. Le curé d’Hurbache, sur la paroisse duquel est Belchamp, célébrait la grand’messe, et
ne sais pour quel motif; on supprime plus de la moitié du revêtement d’argent, on rogne ces beaux bas-reliefs; c’est sous cette triste mutilation que la voient et la décrivent Ruinart 1 en 1696, Mabillon
les moines et chanoines allaient à l’offrande. Ce fut en 1 635 que l’on interrompit cette procession.
L’abbé de Moyen-Moutier la rétablit et ordonna aux curés et au peuple qui dépendaient de lui de se rendre processionnellement à Belchamp en portant la châsse de saint Hydulphe et un bras d’argent qui renferme un os du bras de saint Dié, ce qui continue jusqu’à aujourd’huy.
Les arbres qu’on voit représentés peuvent faire croire qu’il s’agit du bois de Belchamp ; cependant rien ne prouve que ce lieu fût celui de la rencontre des deux saints. Ils passaient dans les monastères les uns des autres toujours accompagnés d’un de leurs religieux.
Cela ne représente-t-il pas plutôt saint Hydulphe et saint Erard lorsque ce dernier dit adieu à son frère pour s’en retourner dans son pays ?
IV, 1. — Le premier panneau n’est pas entier. La figure A, derrière laquelle il y en aurait eu une autre, représente le roy des Francs assis sur un espèce de fauteuil. Il a une espèce de couronne fermée et un manteau attaché sur l’épaule droite qui retombe sur le bras gauche, laissant à découvert le bras droit, duquel il donne une crosse à son prélat, retient son sceptre à la main gauche, et il est ceint d’une ceinture fort large. La figure B est saint Hydulphe, qui reçoit par la crosse l’investiture du territoire où est situé Moien-Moutier et la confirmation du bien que le duc Attig donna à Moien-Moutier. C’est un moine qui tient la charte de confirmation de ce que le prieur donne à l’abbaye. Après le baptême de sainte Othilde, on sait qu’il donna de très grands biens dans Lobrectale qui s’appelle maintenant Val-de-Ville ; on croit même que Enheim, maintenant Falkirick, appartenait à l’abbaye de Moien- Moutier, et l’on voit encore des lieux souterrains, des fondements des anciennes murailles de plus de huit pieds de profondeur, c’était une maison de plaisance que le duc donna à Moien-Moutier. Childéric et le duc dotèrent richement l’abbaye. Pour cette hypothèse, il faudrait supposer que saint Hydulphe entra dans les Vosges en 667-73 (citation latine). — D’après les termes de l’histoire, il est prouvé : i° qu’après le baptême de sainte Othilde, l’on a conservé de grands biens à l’abbaye ; 2° que le Roy a donné à saint Hydulphe des privilèges confirmatifs des donations à lui faites, mais ces termes ne prouvent pas que ces donations aient été faites au temps de Childéric; 3° ni que ce soit ce Roy qui lui ait donné ni la crosse ni la charte de confirmation; au contraire, par les termes rapportés par Jean de Baion, il semble que saint Hydulphe n’a reçu ce s privilèges qu’après avoir demeuré longtemps dans le désert, l’avoir défriché et y avoir assemblé plusieurs moines. Aussy l’on pourrait peut-être plutôt dire que ce qui est représenté dans ce premier panneau est le roi Théodoric, frère de Childéric, qui donne les chartes et la crosse à saint Hydulphe en présence du duc Attig, comme il fit dans la treizième année de son règne étant à Aprimoutier, où il donna un privilège à l’abbé Ebérard, comme il est parlé dans le manuscrit de l’abbaye d’Aprimoutier.
IV, 2. — Le deuxième panneau de la quatrième feuille n’est pas entier, on y voit un moine dans le cercueil soutenu par deux moines dont celui qui tient la tête semble être un archevêque. On voit deux séculiers qui sont sous le cercueil. Ce pourrait être une suite de ce qui est représenté touchant la mort de saint Dié : là on l’ensevelit, icy on l’expose dans l’église. A, saint Hydulphe, B, saint Dié dans le cercueil, D, un moine de saint Dié ou saint Erard qui était déjà à Moien-Moutier, puisque saint Dié n’est mort qu’en 679.