‹ La messe (volume 5)Chapitre 247 sur 303 · Barbier de Montault, Bull, mon., 1877. Tirage à part · texte numérisé non relu

Barbier de Montault, Bull, mon., 1877. Tirage à part

XIIe SIÈCLE.

saint Fortunat porte une chasuble rouge avec l’orfroi qui semble une croix sans tête dont la hampe verticale se relie à une courbe qui va d’une épaule à l’autre.

On voit, au Musée de Cluny, un fragment d’étoffe du monastère de Vergy, large de om26 et haut de om98, partagé en trois compartiments: le premier renferme une madone accompagnée de saint Pierre, de saint Vivence avec les noms inscrits; le second, un religieux qui offre surl’autel un vêtement sacerdotal : « Frater Petrus offerens « super altare hoc vestimentum integrum sacer- « dotale. » Enfin, le troisième, les deux donateurs Manassès et sa femme Hermengarde, agenouillés et soutenant le sanctuaire.

Cornes Manassès et Ermengardis comitissa hujus monasterii fondatores quod

Vergeium dicitur illud Deo afferentes sanctoque Viventio et Beatæ Mariœ atque sancto Petro.

Le fond de l’étoffe est en lin blanc; tous les vêtements, en or avec traits rouges qui en dessinent les plis. Le moine qui fait l’offrande, les manteaux des donateurs sont brodés en pointes de fougère. Le catalogue semble indiquer que cette pièce est un débris de chasuble; je suis plutôt disposé à y voir un parement d’autel; elle est trop large pour avoir fait fonction d’orfroi, d’autant plus que les amorces de deux petits pilastres indiquent les parties qui l’agrandissent encore. Aux xae et au xme siècles1, des sujets de ce genre n’intervenaient pas dans l’ornementation de la chasuble; quoi qu’il en soit, l’offrande du vêtement sacerdotal sur l’autel est un détail intéressant pour notre étude, et cette étoffe mérite, à cause de cela, d’y être comprise.

Si la Révolution n’avait englouti tant de trésors, nous aurions entre les mains de nombreuses chasubles provenant de l’époque romane. Du temps de Le Brun (1727), on conservait de vieilles chasubles à Notre-Dame de Paris, à Saint-Denys, à Saint-Martin des Champs, aux Chartreux, et les prêtres qui ne craignaient pas de s’embarrasser s’en servaient quelquefois; on en voyait avec ca-

1. M«r Barbier de Montault, avec lequel j’examinais dernièrement cette pièce, l’attribue avec beaucoup de raison au xiii* siècle.

puchon. Il y en avait aussi qu’on employait à Metz, Narbonne, Toul, Cambrai, Arras h

Claude de Vert signale le capuchon de la chasuble de saint Gilbert, de la forme des cucules des chartreux, étant au surplus garni d’un galon de deux doigts.

Une des plus regrettables chasubles détruites par la Révolution est celle que l’on conservait à Braine, près de Soissons. On l’appelait la chasuble du miracle parce qu’elle avait servi à la messe où l’on dit que Notre-Seigneur apparut sous la forme d’un enfant ( 1 1 5 3) . Elle fut donnée par Henri de France, évêque de Beauvais, et son souvenir nous est conservé dans la description qu’en fit, sur un plan géométral de l’église de Saint-Yved de Braine, Fresson, géographe au commencement du xviii0 siècle : « A la chapelle de Saint-Denys, dit-il, « il est une grande caisse faite en forme de quart de « cercle, dans laquelle est une très riche chasuble « antique de soye croisée, semée de figures de « lions affrontés par couples brochez en or. Sur « ladite étoffe, sur le devant de l’ouverture par « où le prêtre passe la tête, et le long du derrière « de ladite chasuble, est une large bande engrellée « et semée de perles en plein et d’autres très « grosses et rondes en espaces des unes des autres. « En bordure, il reste quelques pierreries en petit « nombre. Sur le devant du col, il y a la figure « d’unséraphin brodée en perles et un AgnusDei 2, « àl’opposite du miracle dont voicy l’abrégé . »

A la Révolution, ces richesses furent vendues, les perles du collet, l’Agneau du pectoral, l’orfroi et la croix, toutes les perles et pierreries furent évaluées 10.000 livres3.

On conservait aussi à Clairvaux les chasubles de saint Bernard et de saint Malachie; voici les descriptions que nous en lisons dans les inventaires : « Une chasuble que l’on dit avoir été à l’usage de « notre père, saint Bernard, longue, fermée de « tout côté, sinon le haut pour passer la tête. Elle « est en crêpe blanc, fin; galon de tafetas rouge « au milieu du devant et à côté, la bande du mi-

2. Nous verrons ces mêmes ornements sur une chasuble de Dreux au xin» siècle.

’i. Stanislas Prioux, Monographie de Saint-Yved de Braine, p. 9.

De Farcy.

Mémoires de la Sorbonne, 1864, p. 90.

CHASUBLES

« lieu de derrière est un galon d’or de broderie L »

Pour celle de saint Malachie (-J- 1148) : « Un « grand sac de toile de coton, piqué d’un côté en « compartiments, y est attaché un petit écrit en « parchemin : « In hoc sacculo reconduntur veste timenta pontificalia beati Malachie. » Il rente ferme i° la chasuble de saint Malachie, qui au « bas porte cet écrit en parchemin : Casula sancti a Malachie episcopi. C’est une gaze ou crespe « blanc, doublé de tafetas rouge; croix derrière « par bandes de fil d’or usé; la bande de devant « au milieu, de même; un galon d’or autour de « l’ouverture pour passer la tête; elle est fermée « de haut en bas de tout côté. »

Les deux bénédictins1 2, dans leur Voyage littéraire, signalent, à Beauvais, six anciennes chasubles longues qui servaient seulement le jeudi et le vendredi saint. Je me suis informé de leur sort et j’ai appris qu’elles avaient disparu comme tant d’autres. Ils mentionnent encore, à Saint-Vincent de Metz, la chasuble de Théodoric ou Thierry, avec laquelle il fut enterré et qui avait été retrouvée tout entière; elle était violette et toute ronde, comme les anciennes chasubles3.

Dans un inventaire de la cathédrale de Lyon de 1448, il est question d’une chasuble d’or sur laquelle on voyait des médaillons circulaires avec des lions et des léopards; la désignation d’une telle étoffe semble indiquer son ancienneté 4.

Nous avons parlé déjà plusieurs fois de la curieuse effigie de l’évêque d’Angers, Ulger (f 1 149), peinte en émail sur son tombeau. En 1737, lorsqu’on ouvrit la pierre tombale, on trouva cet évêque couvert de scs ornements pontificaux : ses souliers carrés par les extrémités et sans talon, le dessus découpé à la façon des anciens, le rochet de toile fine, la chasuble d’une étoffe de soie à fleurs rouges sur fond violet, la crosse en bois dans toute sa longueur. La populace, informée de cette découverte et poussée par une curiosité funeste, accourut en foule à ce tombeau. On l’ouvrit par l’endroit que l’on avait inutilement refermé dès le matin. Chacun s’empressa d’enlever quelque

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