Bull, mon., XV, p
La chasuble de Sens est prise dans une étoffe de soie nommée samit; en effet, le xne siècle est l’époque où la soie prit en Europe une grande extension, grâce aux ateliers de Sicile, que favorisaient alors sous ce rapport les rois normands. Le cadeau le plus agréable qu’on pût faire à un ecclésiastique était une pièce de soie. En 1170, le cardinal Theodwin annonce, dans une lettre au saint archevêque, l’envoi d’un samit de couleur verte, lequel était particulièrement estimé1.
Les vêtements de saint Thomas, conservés à Sens2, sont les plus connus et les plus souvent reproduits ; nous avons été, malgré cela, à cause de leur importance, les étudier nous-même dans le trésor de la cathédrale. (PL DXC.)
Cette chasuble de soie pourpre foncé est tout ornée de rinceaux serrés; la chaîne est rouge et la trame bleue; elle a im66 dans sa grande largeur et 1 m3 3 de hauteur par derrière, où elle est plus longue qu’en avant ; elle est traversée par plusieurs orfrois d’or quadrillés, n’ayant que omoq de large. Les orfrois multipliés sont une caractéristique nouvelle des chasubles à la fin du xne siècle. Si nous remontons jusqu’à l’origine nous verrons, en effet, que les chasubles, d’abord simples et sans galon, commencèrent, au xe siècle, à se parer d’orfrois qui cachaient la couture des lés. Ces bandes firent ensuite le tour du col, dessinèrent par derrière l’ancienne place du capuchon ; on eut l’idée, audessus de la bande verticale antérieure, d’en placer une horizontale qui rappelât leT. — Ici cette bande traverse toute la poitrine et, de plus, des bandes obliques à travers le vêtement entier viennent former majestueusement le monogramme antique du Christ; je ne puis m’empêcher de voir dans cette disposition la pensée de figurer la croix.
Une autre caractéristique est la coupe inférieure, laquelle, au lieu d’un demi-cercle, présente quatre segments de cercle se coupant en tiers-point, ce qui produit une ogive surbaissée. Je ne crois pas que cette chasuble ait été remaniée; il faut donc