Bull, d’arch. chrét
existe une fresque de la première moitié du ive ou ve siècle qui représente Notre-Seigneur suivi de deux apôtres, et à ses pieds une femme agenouillée et désignée par le nom de Marcia. Cette femme, vêtue d’une tunique rouge, lève les bras vers le Sauveur et porte à son poignet gauche un manipule blanc, orné à ses extrémités de deux petits disques pourpres. Or M. de Rossi considère cet objet comme la palla linostina, pallium linostinum, qu’elle porte par respect devant le Seigneur, ainsi qu’on le faisait au saint sacrifice. Dans une conversation que j’ai eu l’honneur d’avoir avec lui sur ce sujet, comme je lui objectais l’aspect de ruban qu’avait la chose, il me répondit que la serviette était figurée pliée et par conséquent devait paraître fort étroite. Dans la mosaïque du chœur de Saint-Vital, à Ravenne, la femme qui tient dans sa main droite un manipule plié en deux et terminé par une frange, rappelle évidemment encore cette tradition de l’usage antique qui se perpétue jusqu’au vie siècle.
Employé d’abord comme marque de respect, le manipule devint, à une époque qu’il serait difficile de déterminer, un attribut de dignité. De là naquirent aux temps de saint Grégoire le Grand et de Conon, les contestations entre le clergé romain et celui d’autres Eglises pour l’usage et le privilège de la mappula1. Si bien que l’on a été jusqu’à supposer que la prétention exclusive de ce privilège fut la cause principale de la fabrication du fameux acte de donation de Constantin 2. Saint Grégoire eut peine à accorder aux premiers diacres de l’église de Ravenne de se servir de manipules en assistant leur évêque au service de l’autel; il protesta que cela avait été contre la volonté et nonobstant les oppositions du clergé de Rome, qu’on lui avait accordé un pri-
Ravenne répondit qu’ils en avaient usé en vue de tout le clergé de Rome, et que les moindres églises des environs de Rome en usaient de même3. Voici un passage de cette lettre curieuse : « Quant à ce