‹ La messe (volume 5)Chapitre 76 sur 303 · Du Mystère sacré de l’autel , trad. Couren, p · texte numérisé non relu

Du Mystère sacré de l’autel , trad. Couren, p

MANUTERGES.

Selon Durand de Mende', « le manipule qui sert « à essuyer la sueur de l’âme, à secouer son som- « meil, désigne les bonnes œuvres et la vigilance, « la pénitence avec laquelle on se relève des fautes « de chaque jour, et qu’on sort de l’ennui que « cause la vie de ce monde. Il est encore le svm- « bole de la récompense et des biens à venir.

« Les ministres de l’autel le portent au bras « gauche pour marquer qu’ils doivent être resser- « rés pour les choses de la terre, mais libres pour « acquérir les biens célestes.

« Il représente les palmes qu’on mettait sur le « passage du Christ, car le manipule désigne la « récompense et le prix du travail, selon ce qu’on « lit : Et ils viendront pleins d’allégresse portant « leurs gerbes (manipulos suos).

« Le manipule figure aussi la corde de chanvre « dont Jésus fut lié après avoir été pris par les « Juifs. »

Telle est, figurée par les principaux monuments que nous avons pu réunir, l’histoire des manipules. Nous en avons cherché l’origine dans les usages et les peintures antiques, dans les linges sacrés que saint Silvestre et Zosime imposèrent à la main gauche des diacres; nous avons dit que la 1 mappula devait être primitivement une marque d’honneur accordée aux choses saintes, un signe de vénération.

Après avoir été une marque de respect, il devint un attribut de dignité, un privilège que nous avons vu, sous Grégoire le Grand, les prêtres de Ravenne rechercher avec ardeur, un insigne que l’Ordo romain met solennellement au bras gauche du pontife.

Au vme siècle parait pour la première fois le nom de manipule ; au ixe on l’appelle mappula, 1 mantile, sudarium , et vulgairement fanon ; on le porte dans la main ouverte entre l’index et le pouce, dans la main gauche, quoique sur la peinture de Charles le Chauve les chanoines de Tours l’aient aussi sur la main droite et au poignet. La caractéristique carlovingienne consiste dans le manipule tenu à la main; le mot de manipule, qui paraît alors, rappelle peut-être ce souvenir. Les

i. Rat., III. ch. vi, trad. de Barthélémy.

manipules se couvrent de perles, d’or, de cabochons, se garnissent dans le bas de clochettes.

Au xe et surtout au xie siècle, ils se parent de riches broderies, de franges, ils grandissent à mesure que disparaît l'usage de les tenir entre les doigts; terminés d’abord par un carré qu’on ornait de pierreries, ils s’élargissent dans le bas et prennent une forme de potence, de palette trapézoïde, ou ils s’évasent en doucine.

Ils demeurent aussi quelquefois droits, comme l’ornement de saint Bernulphe, et finissent par une frange de glands élégants.

Au xiic siècle, les manipules restent avec de riches garnitures : celui de Sens est orné de perles et le trapèze du bas garni d’une frise et de clochettes d’argent.

La richesse se cherche encore plus tard dans le travail de la broderie, comme au trésor de Namur, ou dans le prix des étoffes orientales sur lesquelles on les découpe. A défaut de tissus neufs, on les prend dans les rognures de chasubles qu’on retaille au xme siècle, et nous avons été étonné des défauts de symétrie que cette circonstance a sans doute occasionnés.

Signe de vénération, signe d’honneur, le manipule est devenu le symbole de la vigilance, du labeur et de la récompense qui les attend.

MANUTERGES

Nous avons vu dans le précédent article que des autorités très anciennes nous montraient un mouchoir ou manuterge dans le manipule liturgique. Lebrun et d’autres auteurs, en les acceptant, ont dit que le manipule cessa d’avoir cette fonction lorsqu’il devint trop orné, et ils attribuent cette transformation au xue siècle, entre Ives de Chartres, qui nous dit qu’il servait de mouchoir, et Hugues de Saint-Victor et Honorius d’Autun, qui

MANIPULES

rappellent cet usage comme aboli en fait, mais comme subsistant dans le symbolisme. — Nous avons dit que cette attribution nous semblait peu convenable, et d’ailleurs qu’il était difficile de l’accepter devant les ornements d’orfèvrerie des manipules du temps de Charlemagne, devant les tissus d’or et de pourpre dont on les fabriquait et qui me paraissent incompatibles avec un tel usage. Quoi qu’il en soit, le manuterge est en lui-même un des instruments du saint sacrifice, et nous ne pouvons négliger d’en dire quelques mots dans ces études.

Des serviettes liturgiques ont toujours existé dans l’Eglise. Dans les mosaïques de Ravenne, à Saint-Vital, on voit Abraham laver les pieds des anges et porter autour de ses reins une serviette frangée avec une petite croix. Les manuterges primitifs devaient être de cette nature et ainsi marqués du signe de la rédemption. (PL DXXI I.)

Dans le premier Ordo romain ', il est question du lavabo du pontife, et dès lors implicitement du manuterge.

On peut voir aussi un manuterge dans une miniature de la Bibliothèque nationale, xue siècle, qui représente dans une initiale un fidèle lavant les pieds; le manuterge est suspendu à côté, c’est une longue écharpe blanche avec lisérés et franges 2.

En Orient, le manuterge, rappelait la

charité du Sauveur lavant les pieds de ses apôtres. Saint Germain nous dit qu’il était porté par les diacres et attaché à leur ceinture.

Les coutumes de Cluny (xxxix) exigent que près de chaque autel il y ait une crédence sur laquelle soient placés les vêtements, une tablette de bois pour les ampoules, et tout près un manuterge auquel le prêtre devait s’essuyer les mains avant de toucher aux choses saintes, « pendet quoque in « promptu manutergiolum, ad quod sacerdos, « postquam se induerit, lavatas tergit summitates « digitorum , quibus necessario tangit res sait cratas. »

Eudes, évêque de Paris vers i 200, fit un règlement analogue en plaçant près du livre un manu-

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