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La messe

Les manuscrits relatifs à « l’Iconographie de la Sainte-Vierge » qui ont été publiés, il y a peu d’années, n’étaient pas les seuls que m’ont père m’ait laissés ; il avait encore réuni un nombre considérable de notes et de documents sur les monuments de la Messe, il méditait un ouvrage sur ce grand sujet, et en traçait déjà le cadre dont les vastes dimensions n’effrayaient pas son courage. A son étude des Instruments de la Passion ne semblet-il pas naturel qu’il ait fait succéder celle des instruments du saint sacrifice qui en est la mémoire et le renouvellement? Dieu, en rappelant à lui d’une manière inattendue son laborieux serviteur et lui donnant un repos si bien mérité, ne permit pas qu’il y dépensât les dernières ardeurs de sa vie. Cette tâche, aujourd’hui, retombe dans mes faibles mains, et je ne puis la repousser malgré sa lourdeur; j’y suis engagé pour l’honneur de cette sainte mémoire, que ma plus douce consolation est de servir pieusement; j’y suis engagé surtout pour suivre sa pensée de glorifier l’Église dans mon humble sphère, en offrant, devant les monuments de son histoire, quelques arguments à ses apologistes. Rarement l’Église catholique, entourée de tant de haines, a vu, comme aujourd’hui, ses ennemis atteindre un*tel degré d’audace et d’acharnement contre elle. Mon père pensait que dans cette mêlée le devoir de fils dévoués était de se ranger autour d’elle, et d’user ses forces à combattre pour sa défense. Je désire obéir à cette vaillante idée en acceptant la tâche qu’elle m’impose.

Nos adversaires ont imprudemment dirigé leurs attaques sur le terrain de l’histoire où chaque jour la science leur inflige de nouveaux échecs; il faut s’empresser de les y suivre et de les acculer au pied des monuments qui sortent maintenant du sol comme des auxiliaires imprévus de la vérité. L’archéologie devient de plus en plus une science religieuse, elle fait de l’histoire de l’Église un bloc unique où dix-neuf siècles sont reliés par un ciment invincible. En compulsant, pour cet ouvrage, les immenses travaux réunis

depuis cinquante ans dans des monographies séparées ou dans la multitude de revues qui se sont, depuis lors, fondées dans toute l’Europe, j’ai été frappé de l’unanimité de convictions religieuses qui s’y manifeste et que je me suis expliquée par ce mot d’un savant architecte : « J’étais incrédule, mon art m’a converti. »

Dans ces recherches les plus modestes efforts peuvent réussir ; dans ces fouilles sacrées, au fond desquelles on retrouve toujours l’image incorruptible du Christ, les plus humbles ouvriers sont admis et utiles. C’est avec cet espoir et dans ces rangs que nous nous présentons.

Au reste, pour un ouvrage tel que celui-ci, l’auteur n’est rien, et les monuments sont tout; ils composent à eux seuls leur propre histoire. Nous n’avons fait que les disposer dans une sorte de musée, évitant le mieux possible le domaine de la liturgie proprement dite que tant de grands hommes ont cultivé et où il ne reste rien à glaner, pour nous borner â la liturgie monumentale, encore trop peu étudiée.

Nous avons évité aussi, comme inutile ici, toute polémique religieuse; pendant que les incrédules et nos frères séparés gardent le triste privilège de nier ou de protester, la vérité s’affirme, et l’une des meilleures apologies est de l’exposer dans sa simplicité. Les faits portent en eux-mêmes une éloquence qui ne permet pas de réplique; lorsque nous montrerons des autels, non-seulement antérieurs au xvi' siècle, mais d’autres fort nombreux dans tout le moyen-âge et jusque dans l’antiquité, nous aurons prouvé en même temps qu’on a toujours dit la messe depuis les apôtres, et que, pour justifier Calvin de l’avoir abolie, il faut effacer l’histoire. Lorsque dans l’autel de Rimini nous retrouverons sous la table sacrée une cassette avec les reliques et même les trois grains d’encens qu’on a coutume de leur joindre encore maintenant, il ressort de cette découverte un témoignage admirable de la constance de nos traditions liturgiques, et il ne reste qu’à nous taire derrière de tels monuments. Nous n’avons pas besoin toutefois d ajouter que s’il nous échappe, dans nos études, même ainsi circonscrites, quelques erreurs contre le dogme catholique, nous les abdiquons de toute la force de notre amour filial pour l’Église, qui est aussi l’amour de la vérité.

En transcrivant d’abord le texte de la messe latine, ce monument glorieux de l’ antiquité chrétienne dont nous devons la conservation à l’Église romaine, nous avons voulu tracer une sorte de frontispice en tête du livre; mais, notre but unique je le répète, est le releve, la description et le classement des monuments dont notre époque, plus qu aucune autre, sait favoriser l’étude. Nous nous sommes fortement attaché à l’ordre chronologique, persuadé que, devant leur suite séculaire et leur rangement exact, le lien historique qui les réunit se saisit facilement sans qu’il soit presque besoin de le mettre entre les mains des lecteurs. Cette classification des monuments, plus laborieuse que leur recherche, a été, pour les objets de date incertaine, l’occasion d’étude spéciale et a dû être appuyée de justifications lorsqu’elle s’écartait des opinions admises.

Nos gravures ont été presque toujours faites d’après des dessins originaux ou des

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