Quas cernis nuper vario fulgere métallo
Perficiens cœptum decoravit munere magno Æcclesiam vocitans segnavit nomine XPI,
Congaudens operi sic felix vota peregit.
Hubsch rapporte qu'à om 80 du sol actuel un ancien pavage s’étend sous toute l’église ; il en conclut le relèvement de la nef et de ses colonnes ; il ajoute, d’après l’inscription qu’on vient de lire, que l’Eufrasius fondateur pourrait être celui dont parle Coleti, et qui vivait à la fin du vin® siècle.
Cette conclusion, qui donnerait une date si récente à Eufrasius et par suite à l’autel que nous étudions, ne nous parait pas admissible, parce que les colonnes portent des intrados ornés de stucs manifestement contemporains «de l’origine, comme Hubsch l’avoue lui-même, lesquels authentiquent leur immobilité depuis le vie siècle ; on peut relever des marbres, mais il me parait bien difficile d’épargner des stucs dans
été son successeur après 558-60, mais avant 579. Eufrasius est seul de son nom.
Voyez aussi Lohde, Recueil d’architecture. (Berlin, ix, 1. I-
II duomo di Parenzo atti délia società d'ingegneri ed archiletti in Trieste. Letturadel cav. Pulcher, 1881, p. 2.
M. de Rossi ne croit pas que le style de l’inscription puisse être descendu après la première moitié du vlie siècle.
x. Inscriptions relevées par M. de Laurière.
VIe SIÈCLE. — IMITATION DES CIPPES. — PARENZO.
un travail de reprise en sous-œuvre. Si l’on refuse de voir dans le dallage inférieur le sol d’un édifice antérieur, on peut expliquer l’exhaussement par le remblaiement des socles sous les bases. Ce raisonnement nous ramène au vic siècle pour l’église, pour la mosaïque et pour l’autel.
Si dans la mosaïque la forme du trône de la Madone, l’attitude des anges et divers détails nous éloignent d’une si haute antiquité, l’arc-doubleau, avec ses médaillons, le chrisme du sommet nous reportent à la chapelle de Saint-Pierre Chrysologue, le double ruban d’encadrement aux mosaïques de Sainte-Constance, l’ensemble de la composition, la Madone entre les anges aux mosaïques de Saint- Apollinaire de Ravenne, c’est-à-dire à des monuments des ve ou vie siècles. Il y a des restaurations évidentes, peut-être considérables, mais l’ensemble n’a pas changé, et le nom de l’évêque Eufrasius doit survivre avec son titre de fondateur.
Le mot calholece de l’inscription ne prouve pas que ce prélat ait été orthodoxe, ce qui, comme on l’a vu par son histoire, infirmerait notre thèse. Les hérétiques, nous pourrions le prouver par plusieurs exemples, ont souvent usurpé ce nom.
Episcopus, sacerdos, antisles sont les trois titres décernés aux évêques par l’antiquité chrétienne, de sorte qu’Eufrasius désigné par antisles sur l’autel, par episcopus et sacerdos sur la mosaïque, nous offre, dans cette triple appellation, une preuve d’identité. De plus, il reparaît ici trois fois et toujours avec le titre de fondateur; dans l’effigie de la tribune il tient la basilique entre ses mains, dans l’inscription de mosaïque, fundamenta locans erexit, et sur le marbre, locum a fundamenlis condidit. Ne faudrait-il pas imaginer une coïncidence de circonstances impossible pour supposer qu’il ne s’agit pas du même personnage ?
Nous revenons donc, avec le fondateur de l’église notoirement bâtie au vic siècle, à la tradition invoquée par Ughelli et à l’opinion de Gams, un des derniers et des plus savants chronologistes qui se soient occupés du classement des évêques.
Du reste, cette argumentation est inutile après l’examen du marbre lui-même qui offre des preuves de chronologie certaines i. M. Le Blant n’hésite pas sur la simple vue de l’inscription à l’attribuer au ve ou
i. Gravure et notice de Mgr Negri.
Heider, Monuments de l’empire d’Autriche , I, 109.
vie siècle. La croix entre les colombes, les moulures qui nous rappellent les ambons datés de Ravenne, et enfin les dauphins sont autant de caractéristiques évidentes. Il semble, sur les bords de l'Adriatique, qu’on ait spécialement affectionné ce symbole, nous le retrouvons à l’arc de Pola, aux bas-reliefs de Saint- Vital, sur les bancs du presbyterium de Classe et de Parenzo et sur plusieurs de nos autels. (PI. XXVII.)
On conserve dans le dôme de Parenzo un autre fragment d’autel fort semblable au précédent et qui, par son style, s’en rapproche tout-à-fait; on y voit encore l’arcade, les chapiteaux des colonnes, la croix, les dauphins et le haut de la porte de la confession. Il est plus grossier que celui d’Eufrasius, et sa coquille moins creusée n’a que om03 de profondeur.
Les coquilles qui ornent le tympan de l’arcade paraissent avoir été une décoration spéciale à ce genre d’autel et au règne gothique. Nous la retrouvons jusqu’en Espagne, au baptistère de Mérida 1 et sur un autre fragment de sculpture wisigothe conservé dans la même ville, qui présente dans une niche un chrisme très-orné 2.
Nous devons adresser tous nos remerciements, au sujet des autels de Parenzo, à M. le chanoine Giov. Cleva, curé du Dôme, pour la grâce parfaite qu’il a mise à nous transmettre les estampages et les renseignements dont nous avions besoin.
Nous avons relevé à Torcello un autel semblable à ceux-ci, qu’on a jusqu’ici peu remarqué et dont on ne parait pas avoir davantage compris l’usage qui n’était pas originairement celui d’une crédence. Ce marbre, certainement plus ancien que l’église, faisait sans doute partie des dépouilles d’Altinum dont les Vénitiens bénéficièrent au vne siècle : « Quand les Lombards ariens, écrivait Hubsch, eurent occupé le littoral septentrional de la mer Adriatique et détruit, en 641, la cité d’Altino avec d’autres villes encore, les habitants catholiques se réfugièrent dans les îles voisines, s’y établirent solidement, entre autres dans celle de Torcello (Turicellum), et y bâtirent des églises et des tours en grand nombre. Ils y employèrent, selon la chronique d’Altino, les colonnes de marbre et autres pièces sculptées qu’ils allèrent prendre dans les églises abandonnées du continent.... Il nous semble que le Dôme de Torcello porte, dans