Le Lalvan au moyen-âge
donne se rapporte assez bien avec notre autel de Besançon. (Pl. LI.)
Nous parlerons maintenant d’un autre autel lobé qu’on conserve à Vienne. Autant qu’on peut le juger dans l’état fruste et mutilé auquel il est réduit, il nous parait mérovingien; il estdemi-circulaire, monolithe et soutenu par trois colonnes octogones prises dans le même bloc. Ces colonnes d’une proportion lourde sont reliées à leur base par une plinthe de om 10 de hauteur, sous laquelle on remarque des pieds ou plutôt des tenons destinés à fixer l'autel sur le sol. Les chapiteaux présentent des dessins d’une simplicité barbare, des volutes seulement épannelées, des feuilles de fougère, des rosaces tracées au compas, un T renversé. Sur le dessus une double table rentrante est entourée dans la partie circulaire de six lobes de om 18 de diamètre. Un fragment assez notable que nous avons teinté sur le dessin fait aujourd’hui défaut; la colonne postérieure est aussi brisée. (Pl. LU.)
Nous n’avons que des données historiques fort incertaines sur ce marbre; l’abbé Bourassé 1 nous dit qu’il provient d’une église circulaire du xne siècle, mais sans indiquer la source de ce renseignement; M. de Caumont 2 l’a dessiné dans la maison de M.Johannot, et M. Leblanc, conservateur du musée de Vienne où il est aujourd’hui déposé, a eu l’obligeance de nous en donner le dessin que nous offrons dans nos planches. — Ce savant n’hésite pas à lui donner une origine mérovingienne.
O11 doit avouer qu’il est difficile devant un monument dont le style est aussi effacé par les mutilations de se prononcer sur son âge ; cependant les rosaces hexagonales tracées avec le rayon du cercle où elles sont inscrites, les feuilles de fougère sont très-caractéristiques et communes dans les monuments du vie ou viic siècle 3. On peut de plus chercher dans l’ensemble, mieux que dans ses détails, des éléments de classement chronologique.
J e crois reconnaître une des formes les plus anciennes qu’on ait données aux tables sacrées dans celle de sigma qu'offrent presque toutes les premières images de la cène. Nous fondant sur l’idée qu’avaient certainement les peintres primitifs d’imiter les autels pour
représenter les tables du festin eucharistique, nous pouvons facilement de ces images remonter aux autels et en conclure qu’ils affectaient souvent une telle forme eux-mêmes. L’iconographie nous en fournit d’abondants exemples; nous citerons quatre tables en sigma dans les peintures du cimetière de S. Calixte ', d’autres dans les bas-reliefs des ive et ve siècles au musée Kircher 2, au Latran 3, au Palais Corsetti 4, dans l’ivoire du Dôme de Milan (ve siècle), dans la chaire de Saint-Maximien et la mosaïque de Saint- Apollinaire, à Ravenne (vie siècle), dans le manuscrit de Cambridge, la bible de Rossano, etc., et plus tard sur les colonnes historiées du ciborium de Saint-Marc.
Nous attirons surtout l’attention sur l’ivoire de Milan et la miniatqre de Cambridge qui nous montrent le repas sacré s’accomplissant autour d’un meuble exactement semblable à celui que nous étudions, et portant six pains, nombre égal à celui de nos lobes. Ces rapprochements nous paraissent bien déterminer l’usage qu’avait le marbre de Vienne et l’époque où il fut taillé.
Le seul autel encore existant que je puisse citer ayant la forme semicirculaire m’a été signalé au musée de Clermont par M. Noguier; c'est un bloc de om 64 qui devait, à cause de son peu de hauteur, être monté sur un socle, et qui possède encore le petit loculus des reliques dans sa partie droite.
Dans les différentes images que nous avons citées il est à remarquer que les convives sont toujours placés du côté de la. partie circulaire de la table. Nous avons, à- propos du triclinium de Léon III au Latran, montré ailleurs 5 que cet usage antique avait survécu pendant le moyen-âge dans le rituel pontifical et que les absides où le Pape et les cardinaux rappelaient à Pâques la cène eucharistique étaient garnies de lits et de tables de ce genre. Je crois que l’autel de Vienne avait aussi été façonné pour être placé dans une tribune dont
il occupait le centre et dont la partie courbe suivait le contour de 1 hémicycle. Le célébrant regardait les fidèles, il avait le dos tourné au fond de la tribune et les mains appuyées sur le bord circulaire de l’autel; le bas-relief du ciborium de Saint-Marc 1 (xe siècle) représente assez fidèlement cette situation, un autel dans la forme de celui de Vienne et, derrière, le célébrant avec ses deux acolytes.
Nous sommes encore éloignés au vne siècle des magnificences carlovingiennes dont le livre pontifical nous donnera bientôt à Rome la description détaillée. Cependant, sous la direction de saint Éloi, l’orfèvrerie atteignait un degré élevé de luxe et d’art. Il est question dans la vie de saint Remacle, qui fonda le monastère de Stavelot, en 661, de plaques d argent sur lesquelles il fit ciseler diverses images qu on dora et dont on forma un parement pour l’autel de la Sainte-Vierge 2.
D. Pitra, dans la Vie de saint Léger (f 678), donne une description du monastère où nous voyons que la richesse n’était pas toujours épargnée pour la décoration des autels : « L’église placée au nord s’étend de l’occident à l’orient; une croix en dessine les grandes lignes; le tau sacré porte les autels, les tombeaux, les prières, les sacrifices, et s’élève sur une tour qui annonce au loin la maison de Dieu. L’autel éclatant d’or, d’argent et de pierreries 3 représente le cœur du Christ; il est à l’orient, vis-à-vis du point précis où le soleil se lève; un ciborium soutenu par quatre colonnes le couronne, quatre voiles cachent les mystères, des chancels l’environnent ettroisdegrésyconduisent ; au-dessous est la crypte où repose un martyr, un saint fondateur : trois, sept ou douze autels sont placés dans l’abside et le long des parois de l’édifice 4. »
Le vieux Caire possède des monuments chrétiens d’une grande ancienneté. La forteresse romaine de Musr-el-Ateekah ne renferme pas moins de cinq églises coptes. On voit des autels construits en pierre, de forme carrée et présentant dans la partie inférieure une cavité sans doute destinée à contenir des reliques, sur le dessus un creux où les saintes espèces