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Anlico ambone Modonese, p. 148, 1882, in

IXe SIÈCLE. — SAINT-MARCEL DE CARREIRET

quarrée et sur les quatre costés sont des lettres en émail sur or, les unes après les autres, en ces termes : Bertrada Deum venerans Christoque sacrata. — Puis . Pro Pippino Rege felicissimo quondam. » Il est probable que cette table d’autel était devant le caveau où reposait saint Denys. La partie d’en bas, et les deux côtés et le derrière étaient enrichis d’une multitude de pierreries et entre autres d’une agathe de la grandeur d’une assiette. Dans l’intérieur de cet autel étaient plusieurs coffres à reliques richement émaillés.

IXe SIÈCLE

En sortant du vme siècle nous voyons l’art se relever rapidement sous le regard puissant de Charlemagne et retrouver quelques instants sa vie antique. Depuis que saint Léon avait couvert ce grand homme de la pourpre impériale, il se plut à prendre les diadèmes byzantins, il quitta le manteau court des Francs pour le costume royal, sa lourde épée pour le sceptre gemmé ; les lanières dont il enveloppait ses jambes, lorsqu'il marchait à pied devant son armée, firent place aux brodequins de cour, il se coupa la barbe et prit la tenue dont les princes de Constantinople lui offraient la tradition et l’exemple. On aurait tort d’attribuer à cet admirable chef d'état de puérils motifs de vanité en cette circonstance, il faut chercher sous ces dehors une pensée plus haute et le désir de relever l’empire chrétien jusque dans ses pompes. Cette tâche n’était pas supérieure à son génie, il l’aurait sans doute accomplie s’il lui eût été permis de vivre plus longtemps. — On ferait un livre sur un tel sujet envisagé dans la politique, dans la littérature et dans les arts, divers aspects sous lesquels on retrouve les mêmes efforts et la même volonté. — Nous insistons spécialement sur le côté artistique de ce programme gigantesque parce que nous y trouverons l’explication du style de nos monuments. L’art fît comme le grand empereur, il s’habilla à l’antique, il chercha dans les ruines du ve et duvi® siècle une parure nouvelle sous laquelle on a peine souvent à le reconnaître. L’imitation fut si habile, que parfois devant un por tique carlovingien on hésite, et on se croit transporté devant un édifice des premiers Césars chrétiens.

Charlemagne voulait cette renaissance à laquelle il attachait une pensée politique, et il trouva dans ses voyages à Rome des inspirations et des matériaux splendides. Émerveillé du Latran, il en prit le nom pour son palais d Aix-la-Chapelle, et enlevait aux ruines de Ravenne les colonnes de marbre dont il avait besoin pour la construction. Mais les matériaux antiques, carrière trop exploitée déjà, devenaient de plus en plus rares et cette pénurie fut l’origine d’un progrès dans l’art qui dut travailler par lui-même et qui se mit, sinon à créer, du moins à copier au lieu de prendre dans les dépouilles romaines des œuvres toutes faites.

Voici comme exemple de cette renaissance un autel de pierre en forme de cippe que possède le village de Saint-Marcel de Carreiret, près de Lussan (Gard). Nous l’avons gravé. (PI. LXIII.) La décoration de la face principale se compose de deux colonnettes cannelées en spirales qui supportent une étroite archivolte avec ornements en épis. Deux croix surmontent les chapiteaux des colonnettes et s’élèvent dans les tympans; on observe aussi d’autres croix dans les socles; on voit au milieu de l’entrecolonnement un cartel avec inscription, au-dessus un chrisme avec banderole, au-dessous un calice d’où sortent des tiges de lierre. Ce petit ordre d’architecture est supporté par deux socles, l’un orné d’un entrelac de rubans qui s’enroule sur des rosaces à quatre-feuilles, l’autre plus haut est nu.

La face latérale nous offre un panneau qui renferme un double ornement avec cinq feuilles de lierre; un socle orné comme sur la face s’étend au-dessous. La corniche manque totalement sur la face et le côté droit de l’autel, il n’en reste que les deux tiers au côté gauche. On voit encore sur le dessus de l’autel la cavité qui contenait les reliques. Les reliefs des sculptures sont très-accentués, et, quoique d’une basse époque, remarquablement traités.

Voici le texte de l’inscription restaurée :

-j- hic habit(ur) reliquias

SANCTE MARIE ET SANCTE CRUCIS ET SANCTORUM. MARTU RUM MARCELII ET VALERIANI QUI PA (SSl)

SUNT IN TERRITURI UM CIVITATIS CABIION NENSIS.

AUTELS

Les deux martyrs mentionnés furent mis à mort sous Marc-Aurèle et, comme l’indique cette pierre, à Châlons-sur-Marne1.

Il est impossible de copier plus textuellement le cippe antique, les colonnettes en spirales, le cartouche légendaire, le chrisme sont autant de traits de l’art antique. M. Le Blant attribue ce monument à l’époque carlovingienne.

Charlemagne n’imita pas seulement les premiers siècles chrétiens pour la forme de leurs monuments ; il voulut aussi rivaliser de munificence avec Constantin dans ses largesses aux églises. Nous avons vu, par les citations déjà faites, que le v" siècle et les suivants, malgré leur appauvrissement, n’avaient pas oublié les libéralités primitives, mais on peut dire que le IXe les surpassa tous par les trésors dont il couvrit les autels. Si les monuments de cette générosité subsistent en petit nombre à cause des convoitises qu’ils ont excitées et qui nous les ont dérobés, 1 histoire nous en a conservé le souvenir d’un grand nombre.

Angélelme, qui occupait lesiége épiscopal d’Auxerre à-la fin du règne de Charlemagne et sous Louis le Débonnaire, fit entièrement entourer de bas-reliefs d’argent l’autel principal de la cathédrale Saint- Étienne; trois couronnes de lumières d’un poids considérable et six grands candélabres d'argent servaient à l’éclairage du sanctuaire. Les autels dédiés à la Sainte-Vierge et à saint Jean reçurent pour parement des bas-reliefs d’argent ainsi qu’un autre autel qu’ Angélelme fit élever devant une croix d’or et d’argent qui était décorée de la figure du Sauveur s.

Ansigise, abbé de Saint-Vandrille (825), donne un parement pour l’autel delà Sainte-Vierge sur lequel étaient fixées diverses figures d’argent : « Altare in « honore perpetuæ virginis Mariæ decoravit tabula « lignea, quam imaginibus argenteis diversis coope- « ruit 3 . »

Gisulfus, abbé du Mont-Cassin, élu en 797, décora les autels de parements d’argent; son successeur, Jean, donna un autel d’argent au monastère de Capoue qu’il venait de bâtir4.

L’ivoire de Francfort que nous avons gravé dans notre Iconographie de la messe semble représenter

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