Dict. d'orfèvrerie, p
IXe SIÈCLE. — MILAN. SAINT-AMBROISE.
Le panneau central n'est pas orné d’une croix comme sur le devant, mais il contient quatre médaillons; on voit dans les deux du haut les archanges Michel et Gabriel vêtus de la longue tunique et de la chlamyde agrafée sur l’épaule droite et tenant à la main la longue verge des anges bysantins. Les deux inférieurs renferment des scènes très-intéressantes; dans l’un, saint Ambroise est représenté au moment où il reçoit l’autel que lui offre l’évêque Angilbert; dans l’autre saint Ambroise donne sa bénédiction à l’artiste qui a exécuté ce monument. L’inscription V. Volvinius magister phaber nous a transmis le nom de l’auteur de cette magnifique pièce d’orfèvrerie.
Une inscription en lettres capitales romaines noires sur fond d’argent, pourtourne les panneaux. Nous remarquerons que les lignes verticales empruntent leurs premières lettres à la ligne horizontale du haut qui deviennent communes à l’une et à l’autre. Voici les dix vers et la traduction qu’en donne M. Labarte :
EMICAT ALMA FORIS RUTILOQUE DECORE VENUSTA ARCA METALLORUM, GEMMISQUE COMPTA, CORUSCAT. THESAURO TAMEN HÆC CUNCTO POTIORE METALLO. OSSIBUS INTERIUS POLLET DONATA SACRATIS.
EGREGIUS QUOD PRÆSUL OPUS SUB HONORE BEATI INCLYTUS AMBROSII TEMPLO RECUBANTIS IN ISTO OPTULIT ANGILBERTUS OVANS, DOMINOQUE DICAVIT TEMPORE QUOD NITIDA SERVABAT CULMINA SEDIS. ASPICE, SUMME PATER, FAMULO MISERERE BENIGNO,
TE MISERANTE, DEUS, DONUM SUBLIME REPORTET.
« Ce saint autel brille à l’extérieur par le charme « de l’ornementation éclatante des métaux, et étin- « celle par la parure des pierres précieuses. Mais à « l’intérieur il est riche d’un trésor plus précieux que « tout métal, grâce au don des ossements sacrés.
« Angilbert, ce prélat distingué, a offert cet œuvre « au temple dédié à saint Ambroise, qui y repose, et « il l’a consacré lui-même à l’époque où il occupait ce « siège éclatant. Grand saint, jetez sur votre' servi- « teur un regard de bienveillance et de pitié, et que « Dieu accorde à vos prières la récompense du don « qu’il vous a fait. »
Angilbert II était archevêque de Milan en 835 ; on raconte que cette libéralité lui fut inspirée par le désir d’expier l’indiscrétion qu’il avait commise en dérobant une relique de saint Ambroise.
Le panneau de la face postérieure qui contient les quatre médaillons ci-dessus décrits forme les volets de la confession, ces volets sont encore doublés intérieurement d une riche étoffe à dessins où sont figurées des chasses dans des médaillons ; les personnages, les animaux, les plantes sont jaunes, quelquefois rouges, sur fond gros bleu. Les traits qui en accusent le dessin sont du même bleu. J'ai examiné cette curieuse étoffe avec Mgr Barbier de Montault et plusieurs savants; je n’ose d’après son style lui donner la date carlovingienne de l’autel; un cavalier portant une croix rouge sur la poitrine semble l’indication du temps des croisades.
Étoffe couvrant l'intérieur des volets de la confession de S. -Ambroise.
Les bâtis qui soutiennent l’autel sont très-légers. Le sol de la confession est formé d’une vaste dalle de porphyre percée de plusieurs trous de om 05 de largeur sur autant de profondeur; c’est dans le loculus du dessous que repose le corps du saint Docteur. On peut voir dans l’ouvrage de M. de Dartein la coupe de ce caveau soigneusement relevée. On pourra lire aussi avec grand intérêt la dissertation
(PI. XXVI.) Ne quittons pas Saint-Ambroise sans donner un coup-d’œil à un marbre antique scellé dans l’atrium et qui me parait avoir servi de table sacrée; on y distingue quatre entailles circulaires pratiquées à travers l’inscription romaine et ayant servi probablement à l’encastrement des colonnes de support. Au milieu des changements notables que reçut la basilique au ixe siècle, ce marbre dut être alors mis en œuvre.
(PI. XCVIII.) Parmi les autels pédiculés que l’Italie nous offre à cette époque, nous citerons 1 autel de San-Prospero de Pérouse que j’ai mesuré dans le nouveau musée chrétien; c’est une simple table, épaisse de om 14, portée sur un pied carré. On observe, au milieu, à om 10 du bord, une cavité de °m 44 sur om 32, profonde de om 06, dans laquelle reposaient les reliques ou la pierre consacrée. Le style du ciborium, qui recouvre un autel, authentique d une façon certaine le classement que nous faisons de ce monument au ixc siècle.
(PI. CLXXXV.) Sous l’ambon de Toscanella, qui est de la même époque, on voit un autel analogue; le pied de la table est plus large et fut orné plus tard d’armoiries; nous aurons, à l’article des ambons, occasion de revenir sur ce sujet.
PI. LXX.) L’autel de Notre-Dame-des-Doms, à Avignon, peut encore prendre place parmi les autels pédiculés carlovingiens ; il est soutenu par cinq colonnes \ quatre aux angles et une centrale en