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Labarte

AUTELS

du Thabor, de la purification, du crucifiement, dans lesquels il obéit aux manuels des peintres grecs ; il est plus libre dans les noces de Gana et surtout dans la nativité, où il se sépare de la mode grecque; au lieu de figurer la Mère de Dieu sur un lit de douleur, il la représente assise sur un trône, auprès de la crèche, et dans la plénitude de sa virginale santé. Les villes de Béthléem et de Jérusalem y sont figurées dans le lointain; la scène est belle, bien conçue, bien composée ; l’exécution est malheureusement inférieure et nous offre seulement un travail au repoussé, trop incomplet lorsque le ciseau n’en relève pas les arêtes et ne nous montre pas sur le métal l’action directe de la main du sculpteur. Tout est empâté, sans effet; la lumière tombant sur ces surfaces brillantes y jette mille reflets sous lesquels se confondent les formes molles des reliefs. Ces panneaux sont insaisissables par la photographie et même la chambre claire; ce chatoiement, que la dernière restauration a sans doute augmenté, détruit tout effet sérieux, et s’il ajoute à la richesse, il nuit à la véritable beauté de l’ouvrage.

Les champs couverts d’émaux variés et de nombreux cabochons échappent à cet inconvénient, ils possèdent deux qualités que l’art sait rarement unir, une grande richesse et un goût exquis. Les fonds plats de l’émail rehaussés de distance en distance par d’énormes pierres entourées de perles, de bagues et de filigranes forment un contraste charmant.

« Les deux faces latérales sont en argent, leur ornementation est semblable. Elle consiste en un losange inscrit dans un quadrilatère; un filet, qui part du milieu de chacune des faces du losange, va joindre l’angle opposé du quadrilatère, ce qui produit, autour du losange, huit triangles. Les filets qui tracent ces figures géométriques sont exécutés en petites plaques d’émail qui alternent avec des pierres fines, comme dans la face principale ; chacun des triangles est rempli par une figure ailée. Deux des mages, vêtus de la longue tunique et de la chlamyde grecque, portent ce long sceptre qu’on voit toujours dans la main des anges bysantins; les quatorze autres, revêtus de tuniques talaires et de grands manteaux, tiennent des fioles, par allusion, sans doute, à ce passage de l’Écriture : Te ne rites phialas in manibus plenas odoramenlorum, quce sunt oraliones sanctorum.

« Une croix pattée, rendue par des émaux et des pierres fines, occupe le centre des losanges dont les angles sont remplis par des médaillons renfermant

des bustes de saints. Des figures nimbées, dans l’attitude de l’adoration, sont placées au-dessus et au-dessous des branches des deux croix; le centre est enrichi, dans l’une d’une grosse agate onyx, dans l’autre d’une topaze volumineuse1. »

La face postérieure de l’autel, également en argent, est divisée comme la face principale en trois panneaux tracés par des filets d’émail, accompagnés de pierres fines. Les deux latéraux sont occupés par douze sujets de la vie de saint Ambroise expliqués par autant de légendes inscrites sous les bas-reliefs. Voici celles de gauche 2.

1 — VBI PEDE ABROSIVS CALCAT DOLENTI.

2 — VBI IHVM AD SE VIDET VENIENTE

3 — VBI OCTAVO DIE ORDINATVR EPS

4 — VBI SVP ALTARE DORMIENS TVRONIAM PETIT.

3 — VBI EXAM APV HVERI OS COPLEVIT ABROSI

6 — VBI ABROSIS EMILIA PETIT AC LIGVRIA.

Celles de droite :

7 — VBI AMONIT HONORAT EPS DNI OFF COR

8 — VBI ANIMA IN CELVM DVCITVR CORPORE IN LEC-

TO POSITO

5 — VBI SEPELIVIT CORPS BEATI MARTINI

10 — VBI PREDICAT AGLO LOQVNTE ABROSIV

11 — VBI FVGIENS SPV SCO FLANTE REVERTITVR

12 — VBI A CATHOLICO BAPTIZATVR EPO.

Ces reliefs nous paraissent d’une meilleure exécution que les premiers; la touche est moins empâtée, ils offrent plus de simplicité dans leur composition, plus d’ordre dans la mise en scène des personnages. L’idée de faire pour ainsi dire de la vie de saint Ambroise la contre-partie de celle de Notre-Seigneur, est très-belle; comme l’observe l’abbé Texier 3, la vie du Maître et celle du disciple se correspondent trait pour trait, l’argent est opposé à l’or; par exemple l’ Annonciation est opposée à un relief représentant l’essaim qui alla se loger dans la bouche de saint Ambroise, fait mervéilleux qui annonçait ses hautes destinées. L’Ascension a pour pendant la réception de l’âme de saint Ambroise au ciel.

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