TEXTE DE
Le prêtre commence en silence le Canon par ces paroles : Te igitur. De tout temps ce silence était observé. (Lebrun.) L’autel lui-même était voilé de rideaux pour dérober les actions du prêtre aux regards. En prononçant ces paroles, le célébrant élève les mains et les yeux au ciel, afin de mettre son geste et ses paroles en harmonie. Ce cérémonial est d’une haute antiquité.
Il s’incline aux mots Jesum Chrislum : ce qu’il doit toujours faire en prononçant ce nom adorable, puis se baisse au mot supplices, et aussitôt il baise l’autel en signe de respect et d’amour.
Aux mots Benedica hæc dona, il fait trois signes de croix sur les dons, ce sont les plus anciens qui soient indiqués pour le Canon.
Hæc dona, hæc munera. Dona, dons, exprime ce qu’un supérieur donne à un inférieur, le Créateur à la créature. Munera, présents, ce que l’inférieur présente à son supérieur. Le pain et le vin qui sont sur l’autel sont ainsi nommés dona par rapport à Dieu de qui nous viennent tous les biens; ils sont nommés présents par rapport aux hommes qui les présentent à Dieu.
Le reste de la prière Te igitur se récite en tenant les mains élevées et étendues jusqu’à la hauteur des épaules, et c’est en général la posture du prêtre dans les oraisons, à moins qu’il n’en soit marqué autrement. (P. Lebrun, p. 407.)
Le premier Memento est celui où l’on prie pour les vivants.
Pro quïbus tibi offerimus, vel qui tibi ojjerunt.
Quand les assistants portaient leurs offrandes au prêtre, qui présentait à Dieu ces dons qu’il recevait de leurs mains pour être changés au corps et au sang de Jésus-Christ, on ne disait pas dans le Canon pour lesquels nous vous offrons, mais seulement ces dernières paroles : lesquels vous offrent ; parce qu’en
ce temps-là, outre les offrandes des cierges et d’autres choses qu’on faisait avant et après la messe pour les besoins de l’Église, les fidèles offraient pendant la messe le pain et le vin qui devaient servir pour l’Eucharistie et pour les eulogies, c’est-à-dire le pain bénit.
Mais depuis le xc siècle, plusieurs ne firent plus ces offrandes, soit par négligence, soit qu’ils se reposassent sur les fondations que des particuliers faisaient pour ce sujet, ou sur les clercs qui étaient bien aises de faire les oblations eux-mêmes; soit qu’au lieu du pain et du vin, ils offrissent de l’argent, comme Pierre de Damien le marque assez, lorsqu’il dit que pendant qu’il célébrait les saints mystères, des princesses offrirent des pièces d’or qu’on appelait des bysantins. Mais il y eut aussi des fidèles qui continuèrent encore longtemps à offrir du pain et du vin. Ainsi, il était naturel que les prêtres disent à l’égard de tous les assistants, pour qui nous vous offrons, ou qui vous offrent eux-mêmes.
La mémoire pour le souverain est recommandée par l’apôtre saint Paul écrivant à Timothée ; mais dans les quatre premiers siècles, cette prière n’était pas nominative; elle ne l’a été certainement qu’après le xme siècle. Le deuxième concile de Vaison (529) fit une règle de prier pour le Pape et pour l’évêque.
La commémoration pour les vivants, Memento est une suite du Te igitur qui n’a point de conclusion. Le célébrant élève et joint les mains pour se mettre dans l’attitude convenable à la prière mentale à laquelle il vaque pendant quelques instants, son attention se fixe en particulier sur les personnes pour lesquelles il veut prier d’une manière spéciale; mais, comme avant la messe, il a pu bien diriger son intention, un repos de quelques secondes suffit pour en faire revivre le souvenir général.