‹ La messeChapitre 287 sur 346 · XI« SIÈCLE. — AUTELS LOBÉS (TOULOUSE · texte numérisé non relu

XI« SIÈCLE. — AUTELS LOBÉS (TOULOUSE

cration ne se fasse pas seulement par le chrême mais aussi par la bénédiction sacerdotale.

Dans cette consécration, l’évêque fait sur chaque angle le signe de la croix en disant chaque fois : conse-\-cretur el seine ti-\-ficetur hocsepulcrum in nomine P a -f- Iris et Fi lii et Spirilûs -f- sancti. Pax huic domui.

L’abbé Vandon (f 720) parle ainsi de l’autel de saint Wulfran, archevêque de Sens : « Altare conseil crandum in quatuor angulorum locis et in medio « reliquias continens sanctorum, in modum clypei, « quod secum, dum iter ageret vehere solitus erat. »

L’usage des tables lobées que nous avons constaté dan-s les siècles précédents ne fut pas abandonné au xi* siècle, surtout dans le midi de la France. — L’autel de Saint-Sern in de Toulouse, que nous nousproposons d’étudier ici, en est un exemple. Cette table est monolithe, de forme rectangulaire, et a dû être portée sur un massif de maçonnerie ; elle n’a aucune entaille qui rappelle l’existence de colonnes ou de pieds-droits. Elle consiste en une grande dalle de marbre blanc des Pyrénées, longue de 2m 27 et large de im 14; quoique brisée et dégradée dans un de ses angles, elle peut être rétablie dans les proportions primitives. Elle est creuse sur sa surface. (PI. LXXIV.)

Une bordure, divisée en deux parties égales par un tore autour duquel s’enroule un ruban en spirale, règne autour de la partie creuse et forme un encadrement saillant. Entre le tore et l’intérieur du plateau, la bande est découpée en une série de lobes dont les entre-deux sont ornés d’un bouquet formé de trois feuilles diversement agencées. Des boutons en saillie sont symétriquement disposés dans quelques-uns de ces lobes, puis vient une large gorge, d'où ressortent, de distance en distance, de petites rosaces; enfin sur le listel on lit l'inscription suivante que nous transcrivons d’après M. Caussé 1 :

in : nom.... nrî : ihv : hoc : altare : fecervnt :

CONSTITVI : CONFRATRES : BEAT1 : MARTYRIS : SATVRnini : in : qvo : divinv : celebretvr : officiv : ad : SALVTË : ANIMARV I SVARV I ET I OMIVM : DI : FIDE- LIVM : AM : -J- SATVRNINE : DEI : CONFESSOR : ET :

inclite : martir : nomine : pro : xpi : qvi : tavro :

1. Nous lirons la description de cet autel du mémoire si intéressant que M. Caussé, conseiller à la cour de Toulouse, a inséré dans les Mémoires de la Société archèol. du Midi, 1872, p. 287.

TRACTVS : OBIISTI : VRBE : TOLOSANA : DV I CORRIPIS, ACTA : PFANA : VOTA I TVÆ : PLEBIS : FER I AD : AVRES !

DMPTIS : VS . : gratvs : QVOD : IN : HAC : ARA :

CELEBRATVR : -f- BERNARDVS : GELDVINVS : ME FEC.

L ornementation qui régnait autour de cette table a été détruite en partie sur l’un des côtés pour y faire une entaille destinée évidemment à recevoir un tabernacle. Un champ vertical de om 06 de largeur, formé de larges écailles et un biseau sculpté, faisaient, sur les quatre côtés, saillie sur la maçonnerie. Cette décoration, qu’on ne retrouve dans aucun autre autel, donne à ce débris d’un ancien monument un caractère particulier et présente un spécimen de sculpture précieux pour l’histoire et l’art. Lé côté principal de ce biseau, c’est-à-dire sa face antérieure, est orné au centre d’un médaillon circulaire, formé de gemmes figurées, entouré d’un câble et inscrit dans un carré de perles. Dans ce médaillon est représenté en buste le Christ, la tète entourée d’un nimbe crucifère, bénissant de la main droite à la manière latine, c’està-dire avec deux doigts. De chaque côté un ange volant soutient le médaillon, et semble, la tète tournée vers deux autres anges également volants qui le suivent, vouloir attirer leur attention vers la figure centrale. Le second ange de droite porte une croix pattée et, se tournant vers celui qui vient après, désigne le Christ du doigt; le troisième semble avoir compris cet appel, car au lieu de regarder en arrière, il porte ses regards en avant. Cette scène n’est complète que d’un côté; mais quoique le côté opposé ait été détruit pour donner sans doute à la pierre une forme qui permît, à une époque où elle fut déplacée, de l'incruster dans un massif de maçonnerie, il est évident que la gauche n’était qu’une répétition de la droite.

Le biseau opposé à la face antérieure est rempli par une série d'oiseaux affrontés, ayant leurs becs entrelacés et se jouant deux à deux dans des rinceaux réguliers. Il est le seul sur lequel l’imagination de l’artiste se soit exercée en adoptant un thème profane.

Sur les deux petits côtés, les anges disparaissent pour faire place à des créatures humaines. Dans des médaillons circulaires, séparés par un rinceau de feuilles attachées par le milieu et se développant uniformément de haut en bas, sont répartis des personnages en buste. Au centre de l’un des côtés, on reconnaît le Christ avec son nimbe en croix, et les mains ouvertes; il est de chaque côté entouré de trois

AUTELS

1 église présente dans son style une certaine avec la décoration de la table.

i. Catel , Hist. des comtes , p . 177.

Daydé, Hist. de saint Sernin, p. ] 10.

Cet autel nous révélé le nom d’un artiste toulousain vivant à une époque où un silence presque complet règne sur les hommes qui cultivaient les arts. Était-il religieux ou laïque ? On l’ignore, mais son nom ne nous est pas inconnu; Gelduinus doit être désormais mis à côté de Gilabertus, autre artiste toulousain, probablement son contemporain, auteur de deux statues du xie ou xne siècle provenant de la chapelle du chapitre de Saint-Étienne, et représentant, l’une saint Thomas et l’autre saint André. Sur l’une de ces statues que l’on voit dans le cloître du musée de la ville, on lit : Vir non incertus me celavit Gilabertus.

M.Caussé, auquel nous empruntons tous ces détails, a eu l’insigne obligeance de faire prendre pour nous des moulages de cet autel, lesquels nous ont permis d’en étudier le style à loisir. Ces sculptures appartiennent au meilleur roman. La tête du Christ qu’on trouvera gravée sur notre planche est surtout remarquable; la pureté du galbe, la correction du dessin ne laissent rien à désirer; le relief en est vigoureux et produit un effet d’une richesse remarquable.

A la catégorie des autels lobés appartient aussi celui de Sauvian que M. Noguier 1 a signalé dans la cour du château où il gisait comme une pierre de rebut. Il est aujourd’hui à Montpellier chez M. d’Astanière qui nous en a fourni undessin. (PI. LXXIII.) La table est en marbre blanc et encadrée par une série de lobes et un chapelet de perles. Dans les tympans des lobes on voit des signes, la plupart variés. Il n’y a pas de moulures, mais des retraites successives et peu accentuées. Sous le marbre on observe un cercle de om 30 à om 3 5 de diamètre qui servait probablement à l’encastrement de l’ancien pied d'autel.

Il existe, m’a-t-on dit, une table de ce genre avec moulure sur le champ et une série de lobes, au musée de la ville de Cluny; cette pierre est de grande dimension et semble avoir été façonnée dans le midi de la France où ce genre d’autel est si commun 2. Ne serait-ce pas un de ceux dont il est question dans les Voyages liturgiques) « C’est saint Hugues, abbé « (f 1 109) de Cluny, qui l’a fait bâtir. Son tombeau est « derrière le grand autel et contigu à un petit autel. Le

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