Ann. archèol., III, p. 225-26. t
3. Paul Foisset, L’autel de la duchesse Mathilde à N.-D. de Beaune. Beaune , 1878, in-8°.
XIIe SIÈCLE. — AUTELS MASSIFS OU FERMÉS (FRANCE).
Vierge dans un dessin fait au trait. Elle est assise sur un trône élevé, à ses pieds est proternée une femme de proportions beaucoup moindres près de laquelle on lit Maihildis ducissa, et au-dessous, en plus gros caractères, le mot altare, échappé à la mutilation du reste de 1 inscription. — Les figures des personnages sont effacées, mais les plis apparaissent encore vigoureusement dessinés.
Le fragment qui nous reste devait appartenir à la pierre principale de l’autel ; ses bords présentent un contour ondulé et supposent à droite et à gauche des pilastres tors, tels qu’il s’en trouve dans la galerie de l’église, notamment au transept de gauche, au-dessus de l’autel de la Sainte-Vierge.
D’après cela il faut supposer quatre pilastres ceignant trois panneaux intermédiaires, et celui que nous avons formant le milieu.
Quant à l’inscription qui devait régner d’un bout à l’autre sous la corniche de l’autel, et dont il ne nous reste que le mot ( ge ) nuisti, son texte paraît emprunté à l’antienne Alma ‘. La légende commençant sur le flanc gauche où on lirait : Alma Redemptoris, suivrait sur la face antérieure: Mater quœ genuisti luum sanclum genitorem et se terminerait en retour peccatorum miserere. Dans le bas le mot altare appartenait probablement à la dédicace. D’après ces données, que nous empruntons à M. Foisset, nous avons restauré l’autel tel qu’on le voit sur notre pl. LXXXIV ; nous en devons les estampages à l’obligeance de M. l’abbé Pernin.
La date doit se chercher dans le nom de Mathilde inscrit sur ce marbre. Il y a trois duchesses Mathilde dans les annales des ducs capétiens; c’est d’abord la veuve d’Eudes Ier, prince qui périt en 1102 ; c’est ensuite l’épouse de Hugues II, morte après lui, en 1 147; c est enfin la femme qu’Eudes III répudia en 1199. M. Foisset discute le choix de ces dates, et penche pour le milieu du xne siècle auquel l’église appartient. En tous cas, et en supposant ce marbre travaillé à la fin du siècle, il doit être le fruit d’un legs fait en 1147 par Mathilde, veuve de Hugues II, duc de Bourgogne.
La Major, à Marseille, a le privilège de conserver un des plus beaux et des plus riches autels proven-
1 . Cette antienne est attribuée à Hermann le Contract ; elle fut universalisée au xuie siècle.
Maynard, La Sainte-Vierge, p. 422.
çaux. Il a été gravé avec soin dans les Annales archéologiques et de plus dessiné avec grand talent et sur une large échelle par M. Jolly, inspecteur de la cathédrale de Marseille, ce qui nous dispense de le reproduire à notre tour. Nous nous contenterons d’emprunter à M. Ramée une partie de l’excellente description qu’il nous en fournit 1 : « Sur la face antérieure de l’autel, les archivoltes chargées de grosses perles dessinent trois profondes arcades, entre les retombées desquelles sont sculptés les symboles des quatre évangélistes. Elles reposent sur des chapiteaux parfaitement travaillés au centre ; assise sur un trône, la tête couronnée d’un diadème orné de perles et de pierreries, la Sainte-Vierge présente son divin Fils à l’adoration de deux personnages qui se tiennent sous les arcades latérales. Le Christ bénit de la main droite à la manière latine ; de la gauche il tient une banderole déroulée où se lisent les mots : Ego sum lux mundi. La tète est entourée du nimbe crucifère ; les pieds sont nus ; le corps est enveloppé d’une longue robe sur laquelle est jetée une tunique, recouverte elle-même d’un manteau ; c’est aussi le costume que porte sa mère.
« A droite et à gauche de la Sainte- Vierge se tiennent debout deux saints en costume d’évèques ; on peut voir dans ces personnages saint Lazare, l’apôtre de Marseille qui est partout représenté dans cette ville, et saint Cannat, l’un de ses successeurs dans l’épiscopat. Leur costume mérite une attention spéciale, il fournit de précieux renseignements pour l’étude des vêtements ecclésiastiques...
« L’autel de la Major, quelques efforts qu’on fasse pour le reporter au xie siècle,, sera toujours attribué au xne, par tous ceux qui puisent dans le simple examen de l’ornementation un élément de conviction presque aussi fort qu’un texte positif ; le chapiteau qui est à droite de la Sainte-Vierge, en particulier, est très-caractéristique du second quart du xne siècle dans l’architecture provençale. D’ailleurs un texte curieux nous révèle, avec la date précise de l’exécution de l’autel, le nom du donateur et peut-être même celui de l’artiste qui l’a sculpté : « Raimond, par la « grâce de Dieu, évêque de Marseille, homme pieux « et rigoureux observateur pendant toute sa vie de la « règle monastique, dont il portait le costume, conte sacra au service de Dieu, jusqu’à sa dernière heure,
« une existence pure, passée dans le chant des hym-