Ann. archêol.,Xl
AUTELS
« nés et des psaumes ; il enrichit par ses achats l’é- « glise de Notre-Dame-de-la-Seds de Marseille, « de livres nombreux, de nombreux ornements « d’or et d’argent et de vêtements précieux. « Enfin, l’an 1122 de l’incarnation du Seigneur, il « fit ce coffre sous l’invocation du Christ, en l’hon- « neur de Marie, mère de Dieu, patronne « de l’antique siège de Marseille . Le jour « même de l’Assomption de la Sainte-Vierge « il y déposa de ses propres mains, en pré- « sence de son clergé, les reliques de plusieurs « saints ; le corps de saint Cannat, évêque de Mar- « seille et confesseur ; de saint Antonin, confesseur, « de saint Victor, martyr, etc. » Telle est la note qui fut découverte et déposée aux archives du chapitre lorsqu’en 1277 on ouvrit le coffre donné par l’évêque Raimond, afin de transporter les reliques dans une nouvelle' châsse en fer munie de quatre serrures. Il suffit donc de montrer que ce coffre (area) était en même temps le maltre-autel de la cathédrale pour avoir l’histoire du monument. »
Nous donnons (PI. LXIX) trois autels situés à Maguelone, très-simples, mais d’une forme bien romane et bien authentiquement des xie et xn° siècles. Nous en devons communication à M. Fabrege, le savant possesseur de la cathédrale, qui l’a fait restaurer.
Maguelone est une île sur le golfe de Lion entre Aigues-Mortes et Cette. Elle n’a conservé de son ancienne splendeur que sa cathédrale qui se dessine encore fièrement sur les horizons bleuâtres des Cévennes. Ce sanctuaire, il y a quelques années, servait de cellier et d’étable , mais grâce aux libéralités de M. Fabrege, il a pu être rendu au culte, et Mgr de Cabrières est venu en 1875 le réconcilier.
On voit encore dans cette église plusieurs autels anciens dont les trois reproduits sur notre planche sont romans. Ils se composent de grandes dalles rectangulaires posées sur des massifs de maçonnerie. Le maître-autel en marbre blanc est d’une dimension considérable (2 m 46 sur 1 m 18, et 1 m 06 de hauteur). La table est creusée avec un champ réservé tout autour. — L’autel delà Sainte-Vierge, dans la chapelle à droite, a 1 mètre de hauteur, 1 ra 60 de long, sur une largeur de om 86. — Le socle et la table sont en marbre noir. — L’autel de saint Nicolas est identique.
Le troisième, dont nous donnons seulement un fragment, est plus creusé mais il porte sur le dessus une sorte de profil affleurant presque le fond et qui ressemble à une suite de légères cannelures. — M. Fabrege nous écrit que les autels de la Sainte-Vierge et de saint Nicolas remontent au moins au xie siècle et le maître-autel fut consacré le 17 avril 1163 par le pape Alexandre III.
Le jour de la réconciliation de la cathédrale, M. Fabrege a voulu que cet autel fut décoré selon les statuts de 1331, orné simplement d’une croix, de quatre chandeliers, de deux en bois reposant à terre et de deux plumes de paon l.
L’église abbatiale que les Cisterciens firent construire au Thoronet (arrondissement de Draguignan) possède un autel dont il a été question plus haut. M. Revoil, à la fin de l’été 1878, en démolissant dans la même église le maître-autel formé de plâtras a découvert l’autel primitif dont il nous a communiqué le dessin. (PI. LXXIX.) Il est en grès dur du pays, flanqué aux angles de colonnettes inclinées, orné de tables rentrantes en forme d’arcades et muni, sur le dessus, d’un loculus pour reliques.
L’abbaye de Sénanque garde encore six de ses autels primitifs du xne siècle, simples cubes décorés haut et bas d’une doucine ; un sépulcre pour les reliques est établi sous la table consacrée et fermé par une petite pierre de om 20 sur om 10 2.
M. l’abbé Pougnet attire notre attention dans la cathédrale d’Arles sur un beau devant d’autel dont les ornements ont quelque chose du style antique, bordures avec palmettes et autres fines arabesques. Chaque angle a trois colonnes. Ce monument a été complété dans les derniers temps 3.
Un bas-relief d’albâtre conservé dans le musée de
1. Debet habere et tenere sacrista, ad altare S. Pétri super magna candelabra duos cereos magnos... debet habere duos cereos qui debent accendi ad elevationem corporis Christi, et postea accensi poni in candelabris fusteis que sunt ab utraque parte altaris S. Pétri et ardere usque post communionem.... Tenetur facere super altaribus pulvinaria.... habere moscallos de plumis pavonum in altari beati Pétri . (Statuts de 1331, de sacrista, xv, xiv, xxxv, lxxix.)
A Ricard, Réconciliation de l'église de Maguelone, Montpellier, 1876.
Bull, monutn. 1871.