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I. VlOLLET- LE-DUC, IV

On en trouvera aussi des exemples dans le Bull, monumental.

marquer que nous devons porter la croix dans le cœur par la méditation, dans la bouche par la confession, dans le corps par la mortification, sur le front par l’impression assidue de son signe. La croix faite au milieu de l’autel signifie la Passion que le Christ a subie au milieu de la terre, et par laquelle il a opéré le salut au milieu de la terre, c’est-à-dire dans Jérusalem.

a Le pontife tourne sept fois autour de l’autel pour marquer sa vigilance, les sept degrés de l’humilité, les sept voyages du Christ.

« On asperge sept fois l’autel d’eau, pour marquer que dans le Baptême les sept dons de l’Esprit- Saint nous sont accordés, les sept effusions du sang de Jésus-Christ. Ces aspersions se font avec l’hysope, plante qui croît dans la terre et qui désigne convenablement l’humilité de Jésus-Christ. Le sépulcre, ou le trou dans lequel on doit enfermer les reliques, représente l’urne d’or pleine de manne qui avait été placée dans l’arche du témoignage. Or, ce genre de sépulcre, que quelques-uns appellent confession (confessio), c est notre cœur, et on le consacre avec quatre croix faites de chrême.

« Assurément la consécration d’un autel stable, mais encore d’un autel de voyage ou portatif, n’a pas lieu sans qu’on y mette les reliques des saints ou, lorsqu’on ne peut en avoir dans l’endroit où l’on se trouve, sans le corps du Christ. Car les reliques, ce sont les exemples des deux Testaments, les auteurs qui traitent de la passion des martyrs et de la vie des confesseurs, nous les ont laissés pour que nous les imitions. Nous les enfermons dans un coffre (capsa) lorsque nous les retenons dans notre cœur pour les imiter.

« On les renferme avec trois grains d’encens, parce que nous devons retenir dans notre mémoire les exemples des saints avec la foi de la Trinité. La tablette est munie du signe de la croix, car par le saint-chrême on entend le don du Saint-Esprit, par lequel on oint sur la surface sa tablette, c’est-à-dire la charité.

« Et cette tablette ou pierre contient ou est appelée le sceau du sépulcre, comme dit le pape Alexandre III. Ensuite on pose sur l’autel la pierre qu’on appelle la table de l’autel, et par elle nous pouvons entendre la perfection et la solidité de la connaissance de Dieu. Cette pierre symbolise aussi le Christ. C’est pour cela qu’on ne oint que les autels de pierre. Cependant on lit dans l’exode que le Seigneur

AUTELS

commanda de faire des autels de bois de sethiti, qui ne peut pas se pourrir, voilà pourquoi les autels latéraux de l’église sont de bois. Salomon fit aussi un autel d’or, mais ces autels sont des figures. Et dans le comté de Provence, au village de Sainte-Mariela-Mer (Sancta-Maria-de-Mari) il y a un autel de terre que firent en ce lieu Marie-Madeleine et Marthe et Marie Jacobi et Marie Salomé.

« L’évêque fait d’abord sur l’autel cinq croix avec l’huile des infirmes, selon l’ordre romain; mais selon certaines autres églises, il fait de l’une et de l’autre huile une croix au milieu de l’autel et quatre aux quatre coins.

« Après l’onction on brûle l’encens en cinq endroits, aux quatre angles et au milieu de l’autel, parce que nous devons exercer les cinq sens du corps de telle manière que la renommée de notre bonne œuvre s’étende jusqu’à notre prochain.

« Ensuite on essuie l’autel avec un linge blanc pour marquer que nous devons purifier notre cœur par une vie chaste. Puis on bénit les vases, les habits sacrés et les linges consacrés au culte divin; car Moïse apprit du Seigneur, pendant quarante jours, comment il fallait faire les linges et les ornements nécessaires au temple. Or, bénir les ustensiles de l’Église, c’est rapporter nos œuvres à Dieu, après cela, on revêt l'autel de linges blancs et propres. Enfin on orne l’église et on allume les lampes et les cierges, parce qu’alors les œuvres des justes resplendiront. Et puis l’autel étant consacré de cette manière on célèbre la messe et on offre un sacrifice au Très- Haut.

« Les linges blancs dont on couvre l’autel représentent la chair ou l’humanité du Sauveur ; on les blanchit avec une grande peine et un grand travail : de même la chair du Christ sortie de la terre, c’est-à-dire de Marie, est parvenue immortelle, à travers un grand nombre de souffrances, à la résurrection, à la splendeur et à l’allégresse. Cette chair du Christ est la figure des Sacrements de l’Église dont il est dit: « Tes autels, Seigneur, Dieu des vertus, sont ma demeure. »

« L’autel, c’est encore la mortification de nousmème, ou notre cœur, dans lequel les mouvements de la chair sont consumés par l’ardeur de l’Esprit- Saint. En second lieu, l’autel signifie aussi l’Église

spirituelle, et . les parties du monde sur

lesquelles l’Église étend son empire. Troisièmement, il est l’image du Christ, sans lequel aucun

don ne peut être offert d’une manière agréable au Père. C’est pourquoi l’Église a coutume d’adresser au Père ses prières par l’entremise du Christ. Quatrièmement, il est la figure du corps du Seigneur, il représente la table sur laquelle Jésus-Christ but et mangea avec ses disciples...

« Jacob vit cette échelle dont le haut touchait les cieux. Par ces degrés sont entendus, d’une manière convenable et claire, les degrés des vertus par lesquelles on monte à l’autel, c’est-à-dire au Christ selon cette parole du Psalmiste : « Et ils marcheront et s’élèveront de vertu en vertu, » et Job : « J’annoncerai le Seigneur dans quelque rang que Dieu me place et à quelque degré qu’il me fasse asseoir. »

RÉSUMÉ

Il nous paraît inutile de prolonger notre étude sur l’histoire des autels; plus loin nous verrions l’abandon presque général et définitif des antiques formes liturgiques. Les Carlovingiens et presque toute l’époque romane avaient maintenu le principe de l’orientation primitive de l’autel ; que l’évêque alors fût assis sur son trône, ou debout devant la table sacrée, il faisait toujours face aux assistants, il pouvait sans se retourner les exhorter à la prière et leur, adresser ses homélies ; le chœur alors était tout entier visible et, sauf pendant l’élévation, où l’autel s’enveloppait sous les voiles du ciborium, les fidèles pouvaient suivre

RÉSUMÉ

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des yeux toutes les phases du saint sacrifice. Au xme siècle l’autel fut changé de front. On comprend les conséquences de cette révolution monumentale dans l’architecture religieuse ; désormais il dut être relégué au fond de l’abside et céder la place aux nouveaux chœurs garnis en avant du trône épiscopal et de nombreuses stalles ; dans cet éloignement, disparaissant presque aux yeux, il perdait toute importance; on comprit le vice de cette nouveauté, et pour y remédier, pour lui rendre sa grandeur, on se mit à exhausser le rétable qui lui servait de dossier, on le couronna de clochetons ; des fleurons gothiques s’élancèrent avec une sève impétueuse dans l’abside comme pour abriter l’autel et le désigner de loin aux regards. Leurs tiges s’entrelacèrent bientôt dans un fouillis inextricable; des multitudes de personnages, des villes entières surgirent sous leur ombre. — Quand cette végétation sculpturale eut été flétrie sous le souffle d’un mauvais goût excessif, elle fut remplacée par la peinture. A la renaissance, en Italie surtout, chaque autel eut son tableau qu’on encadra de plus en plus richement, jusqu’au jour où l’ornementation délirante des xvne et xvme siècles inonda l’abside de rayons d’or, de nuages peuplés d’anges, de transparents lumineux, appareil décoratif plus digne d’un théâtre que d’une église et qui reçut le nom trop usurpé de « gloire ».

Au milieu de tels bouleversements les traditions monumentales primitives s’effacent de plus en plus et n’offrent aucun aliment aux études que nous leur consacrons ; nous devons donc clore cet article, mais avant, il nous faut encore jeter un coup-d'œil rétrospectif sur les autels que nous avons présentés isolément, afin de saisir l’ensemble de leur histoire et de distinguer leurs types généraux.

Pour ce résumé, il suffira de reprendre le fil chronologique qui nous a guidés et de nous arrêter quelques instants encore devant les groupes de monuments successivement construits par les siècles.

Rappelons les autels hébreux, image plutôt dogmatique que matérielle des autels chrétiens, les prescriptions de Jéhovah défendant à Moïse de tailler leurs pierres, — le culte dans le désert, — la table des pains de proposition, figure de la table eucharistique, — enfin le fameux autel des holocaustes érigé dans le temple de Jérusalem et qui formait à lui seul un vaste édifice.

Les ombres et les figures de l’ancienne loi se retirent devant le Sauveur, la lumière du monde, qui

renouvelle les sacrifices en s’offrant lui-même comme victime. Les montagnes en Judée étaient souvent des lieux consacrés, entourés d'un respect liturgique ; Notre-Seigneur choisit une colline pour son sacrifice et le Calvaire ensanglanté devient l’autel de la première messe.

Après le Calvaire, les apôtres, d’abord cachés dans le Cénacle, puis dispersés dans le monde par le souffle de l’Esprit-Saint, conservèrent pieusement les souvenirs de la liturgie juive, mais il est évident qu’en arrivant dans leurs missions ils ne purent appliquer les idées symboliques qu’ils rapportaient de leur pays aux meubles sacrés dont ils usèrent d’abord.

On dit que saint Pierre débarqua sur la côte de Toscane aux environs de Pise, et qu’il célébra le saint sacrifice sur le lieu même que nous désigne l’emplacement de San-Pietro-a-Grado. — Dans ce débarquement il n’apportait sans doute pas d’autel et une pierre du rivage fut peut-être la table de la première célébration. — A Rome, en arrivant dans la maison des nouveaux chrétiens, il demanda une table pour célébrer les saints mystères, on dut lui offrir celle d’un des triclinia du palais, la mensa tripes sculptée de têtes de lions. Le bon sens a suffi pour nous montrer cette scène dans toute sa simplicité, et les peintures des catacombes sont venues confirmer nos conjectures. Nous avons dit que les premiers autels de bois conservés longtemps comme de précieuses reliques n’étaient autre chose que ces meubles domestiques.

Bientôt la propagande des chrétiens, que l’administration romaine avait d’abord méprisés et confondus avec les Juifs, prit un essor qui effraya les empereurs ; les édits persécuteurs parurent et les chapelles domestiques d'abord fréquentées par de rares fidèles n’offraient plus de sécurité, en même temps qu’elles étaient devenues trop étroites. On se réfugia alors dans les demeures des morts que la loi et l’usage considérèrent toujours comme sacrés, et que la police impériale n’osait pas violer. Les prêtres établirent là près des cendres des martyrs leurs autels cachés.

Nous avons vu qu’au me siècle les arcosolia d’abord creusés pour les morts commencèrent à servir d’autels et ménageaient dans les hypogées une place précieuse pour les fidèles qui s’y pressaient. — Ces niches reçurent en peinture les premiers essais de la symbolique chrétienne; images, souvent empruntées à l’an-

AUTELS

cienne loi et qui expriment surtout des mystères de miséricorde, la roche du désert ouverte, Jonas, le paralytique, la Samaritaine, les cerfs devant les sources divines et surtout des banquets. On respire, pour ainsi dire, dans ces cimetières un parfum eucharistique qui émane des peintures qu’on y voit multipliées, pour représenter la nourriture divine. Les chrétiens venaient là devant leurs autels, devant ces images de pain vivant, retremper leurs forces et leurs espérances. Longtemps après la paix ils aimaient se rappeler les luttes de leurs pères en creusant des niches au-dessus des autels, réminiscence des arcosolia, comme on peut le voir à Sainte-Praxéde, à San-Urbano de Rome, à Noie, etc.

Les flots de sang qui devaient arroser les premières assises de l’Église s’arrêtèrent enfin ; au-dessus des hypogées on vit tout à coup surgir les vastes basiliques constantiniennes dont les autels, comme il a été dit, furent érigés au-dessus des tombeaux les plus illustres. — L’or, l'argent, l’ivoire ornèrent leurs parements.

Nous n’avons pu malheureusement offrir aucun monument authentique qui puisse nous donner l’idée exacte de ces antiques autels; les chants de Prudence, de saint Paulin, les descriptions de saint Jérôme, de saint Optât, d’Eusèbe, de saint Chrysostôme, de saint Augustin, sont tout ce qui nous reste.

On peut en conclure toutefois qu’ils étaient souvent en pierre et supportés par des colonnes ; l’idée de table prévalut, l’autel ne fut plus seulement Valtare, mais la mensa sacra , myslica , tremenda, spiritiialis, divina , régla, etc. La table implique l’existence des pieds, des colonnes sous lesquels les fugitifs venaient chercher asile. D’après le marbre de Baccano on a pu voir que ces pieds étaient ornés de pampres et de raisins.

Pendant le ive siècle le christianisme et le paganisme vécurent à peu près sur le pied d’égalité. La religion chrétienne ne devint souveraine qu’après les édits de Théodose, qui lui livra les richesses des temples ; elle s’empara alors des temples pour les transformer en églises et des cippes pour en» faire ses autels. De tels marbres convenaient à la nouvelle fonction ; ils étaient ornés de guirlandes de fleurs et. les chrétiens se plaisaient déjà à en parer leurs tables sacrées; le foculus destiné aux libations paraissait tout préparé pour recevoir les reliques qu’ils y déposèrent ; leurs inscriptions funéraires ne devaient pas effrayer les chrétiens lorsqu’ils célébraient déjà eux-

mêmes sur des tombeaux. Les formules païennes pouvaient quelquefois s’interpréter dans le sens de la vérité : le sigle D. M. (Diis manibus) pouvait être lu Deo maximo. — Pour sanctifier un marbre profane il leur suffisait quelquefois d’y graver une croix, comme au cippe du Capitole, d’y effacer l’inscription comme à Loja, ou, ce qui était le plus simple, comme à Saint- Zacharie de retourner vers le mur la face qui la contenait.

Le souvenir des idoles, à titre de trophées, n’était pas déplacé dans les églises ; pendant longtemps le narthex du Latran conserva une idole indienne qu’avaient envoyée les missionnaires. — On a vu d’après le nombre de monuments échappés à tant de siècles et à tant de ruines combien celui des cippes christianisés a dû être considérable. L’usage de leur emploi fut si fréquent, que les ouvriers, quand les marbres antiques firent défaut, copièrent leur forme sur les autels ; ils imitèrent les portes feintes pour en faire la fenestella confessionis, les colonnes d’angles, les cartouches dédicatoires, les ornements. Cette circonstance paraît avoir peu frappé les écrivains qui ont disserté sur les autels, et cependant, devant des marbres comme ceux de Saint-Marcel de Careiret, ouSainte-Marie-du-Prieuré à Rome, il est impossible de nier cette influence et de méconnaître cette imitation.

On ne saurait prétendre que tous les constructeurs d’autels du v° ou vic siècle aient adopté ce facile usage ; ce serait refuser injustement à l’Église un art qui lui soit propre; et nous avons montré au contraire des marbres du plus beau style, produits par un art nouveau, indépendant, original, inspiré par le symbolisme le plus suave. Les tables ornées de colombes, d’agneaux, de pampres, semblent sortir des catacombes. Les autels de Saint-Victor de Marseille, d’Auriol, de Saint-Marcel de l’Ardèche, de Vaison ont montré au lecteur de précieux monuments d’un art qui emprunte au christianisme la délicatesse de ses pensées et conserve la science etTampleur de touche des écoles antiques.

Cet art ravissant , qui avait la fraîcheur et la pureté matinales, se serait maintenu et développé sous la civilisation romaine; on l’a vu malheureusement périr sous le règne des Barbares. Les rudes coups de ciseau du vme siècle nous laissent mal reconnaître les modèles qu’il se proposait ; devant les oiseaux grossiers de Cavaillon, comment retrouver l’inspiration qui a fourni les gracieuses colombes de Saint-Victor?

RÉSUMÉ

Dans le déluge où sombra l’empire romain, tout semble avoir péri, excepté la foi qu’abritait une arche providentielle ; aussi, lorsque les artistes deviennent maladroits, les fidèles n’en sont pas moins croyants, ni moins zélés ; nous avons montré les signatures des pèlerins s’accumuler sur les tables sacrées ; Auriol, Minerve, Montpellier, Vouneuil, Saint-Feliù d’Amont, gardent encore ces actes de visites, et les chrétiens s agenouillent avec autant de ferveur devant des autels grossièrement maçonnés que les contemporains de saint Jérôme devant les parements d’ivoire dont il accuse le luxe d’être excessif. — Cette ferveur oblige même d’accroître le nombre des autels qui se multiplient de plus en plus.

Dieu s’est réservé le privilège et le secret des résurrections ; il ne l’a abandonné ni aux plus grands princes, ni aux savants, ni aux artistes les plus illustres.

Charlemagne en relevant l’empire conçut le projet grandiose de rendre à l’art sa vie antique, il réussit de sa main puissante à le réveiller, mais l’action qu’il lui communiqua fut plutôt celle de mouvements galvaniques qu’une véritable vie. On vit briller sous son règne une sorte de renaissance; les chrismes reparurent, les moulures, les chapiteaux répétèrent le style d’autrefois.

Devant certains monuments carlovingiens on se croit transporté dans la Rome de Constantin ; cependant après cet éclair, la lumière s’éteignit de nouveau et l’art sembla s’ensevelir dans le tombeau du grand Empereur.

Nous avons constaté cet effort remarquable ; nous avons signalé aussi à cette époque l’excessive richesse que l’orfèvrerie déploya alors sur les autels, nous avons montré, comme souvenir de ces pieuses libéralités, le paliotto de Milan et la munificence des papes rappelée par le livre pontifical.

Les lobes, dont l’introduction dans l’ornement monumental est certainement antérieure au moyen-âge, se répandirent de plus en plus.

La renaissance romane, plus durable que celle de Charlemagne, ne parut que par degrés et moins brusquement ; elle dura surtout parce qu’elle sortit, non du génie d’un grand homme, mais d’une école lentement formée ; nous observons l’influence de Cluny qui vivifie le xi° et le xne siècle. — Les autels s’agrandissent, affectent une décoration quelquefois lourde mais qui n’est pas sans majesté ; la donnée carlovingienne du Christ dans l’auréole, entre les attributs

évangéliques, subsiste encore ; Asti, Avenas, nous en ont fourni des spécimens. A défaut de figures, les faces de 1 autel sont décorées d'arcatures comme à Gerresheim, Saint-Germer, Ségovie.

A Rome commence bientôt le style des Cosmati qui est mesquin, mais qui rachète son manque d’ampleur par sa finesse et l’éclat de ses mosaïques.

Voici le moment où nous avons signalé une révolution importante dans la disposition des autels. Les restes des saints, d’abord ensevelis dans les cryptes, commencent à sortir du sol et à soulever leurs tombeaux jusqu’au-dessus de l’autel ; les rétables les cachent sous dé riches bas-reliefs, et dérobent aux fidèles la vue de l’abside. — Dans cette nouvelle manière l’orientation est modifiée, l’autel doit être retourné et reporté au fond de l’abside où il disparaît presque anéanti sous les longues perspectives des basiliques ogivales ; pour lui rendre de la grandeur on élève le rétable auquel il est adossé et on le couvre de folles ornementations.

Dans cette vaste collection- d’autels que les siècles nous ont successivement offerts, nous avons vu, poub en résumer les phases en quelques mots, l’art liturgique prendre son berceau dans les catacombes, sortir des tombeaux des martyrs, s’épanouir au grand air de la liberté, et graver sur les marbres de Provence

ou d’Italie de mystiques et suaves compositions,

arracher, comme des trophées, les marbres antiques aux temples convertis, s’oublier souvent lui-même dans la copie des marbres antiques, tomber dans l’ignorance barbare du vme siècle, se relever un instant à la voix de Charlemagne, retomber encore, et se ranimer enfin tout à fait sous l’influence monastique qui précéda la grande révolution du xme siècle.

Parmi ces vicissitudes n’est-on pas frappé de trouver une idée fixe à laquelle se soumettent les monuments de tous les temps ? L’autel chrétien est une table et un tombeau, double réminiscence du Cénacle et du Calvaire qui forme sa grande signification, double destination devant laquelle s’inclinent tous les caprices de la mode. Les fossoyeurs des catacombes en creusant les arcosolia pour les sarcophages, ou les architectes de Louis XV en imitant les cuves funéraires sous leurs autels, obéissent à cette pensée constante. Depuis l’autel de Sainte-Sophie jusqu’à l’autel du Jésus à Rome, on trouve toujours aussi des autels en forme de table. La pensée dogmatique de l’Église

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Cathédrale de S -Pol de Léon. (Dessin de M. Goldie) (Autel du transept.)

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