M. Paul Durand l’a dessinée
L’ancien autel de la cathédrale de Cologne était d’un goût irréprochable ; il se composait d’une simple table en marbre noir élevée sur des degrés, ornée tout autour de statues du plus beau marbre blanc sortant chacune d’un tabernacle. Cette table fut employée dans la maçonnerie et ne laisse plus paraître que sa partie antérieure. Jadis les chandeliers placés au milieu de l’autel en formaient le principal ornement, avec une grande croix dorée et les statuettes des douze apôtres revêtues d’or et placées entre les chandeliers. Aux quatre angles de cet autel s’élevaient quatre colonnes surmontées de figures de chérubins. On voit combien nous sommes loin des anciens usages qui défendaient de placer autre chose que le calice sur l’autel.
N’oublions pas le charmant autel d’un genre bien différent mais aussi orné de statues qu’on admire dans l’église Saint- Antoine de Padoue. On y monte par un perron dont les rampes sont ornées de statues.
Le xiiic siècle éleva encore des autels dans les cimetières auprès des croix ou des lanternes des morts. La destination, l’emplacement du monument
1. Voy. aussi Bull, monum. 1877, 681, article de M. de Laurière.
XIIIe SIÈCLE. — SYMBOLISME.
ont fourni aux constructeurs de ce temps le programme le plus pittoresque et le mieux compris1.
Les monuments que nous venons de réunir donneront une idée générale des autels du xme siècle dans 1 étude desquels nous ne devons pas entrer plus avant ; ce que nous recueillons surtout à cette époque se sont les traditions du symbolisme dont Guillaume Durand s’est fait alors l’écho en parlant de leur consécration. Ces traditions sont certainement très-antérieures et nous devons à ce titre les saisir avec empressement. Nous rapporterons quelques passages du pieux liturgiste d’après la traduction que nous devons à M. Ch. Barthélemy : « Voici la manière et l’ordre dont a lieu la consécration de l’autel : premièrement, le Pontife commence en ces termes : « Seigneur, viens à mon aide; » après, il bénit l'eau, puis il fait quatre croix avec l’eau bénite aux quatre cornes de l’autel. Ensuite, il fait sept- fois le tour de l’autel et asperge en même, temps (sept fois) la table de l’autel, avec l’hysope en guise de goupillon et avec l’eau bénite. Il asperge encore de nouveau l’église et répand le reste de l’eau au pied de l’autel ; ensuite on fait quatre croix avec le chrême aux quatre angles du tombeau dans lequel les reliques doivent être renfermées, et ont les met dans un petit coffre ou une petite châsse (capsella) avec trois grains d’encens et on les enferme en cet état dans le sépulcre. Ensuite, on met dessus ce tombeau la tablette revêtue du signe de la croix, qu’on a tracé dessus; après cela on adapte à l’autel la pierre (qu’on appelle sa table) et quand cela est fait, on l’arrose d’huile en cinq endroits et on l’oint ensuite du saint-chrême de la même manière qu’on a dit pour l’autel. On confirme aussi l’autel sur le devant où est la croix avec le saintchrême et on l’encense en cinq endroits, après cela on couvre l’autel et on le revêt de linges blancs et enfin on célèbre dessus le sacrifice de la messe.
« Pour la bénédiction de l’autel, ajoute Durand de Mende, l’eau représente le peuple, le vin la divinité, le sel la doctrine divine, la cendre la Passion du Seigneur.
« Les croix qu’on fait avec l’eau bénite aux angles de l’autel représentent les quatre genres de charité envers Dieu, soi-même, ses amis, ses ennemis; pour