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On peut, pour ce codex, consulter les ouvrages sui

Nous avons donné une des faces de cette belle reliure d’ivoire qui concerne intégralement nos études. Le revers, où nous trouvons représentées diverses bénédictions, présente aussi des sujets que nous ne pouvons négliger.

Un petit panneau que nous avons gravé (PL V, fig. 2) représente la lecture du bénédictionnaire sur l’autel. Un des diacres, les mains voilées, tient le livre ouvert ; le second diacre et l’enfant de chœur paraissent enveloppés dans des écharpes ; le prêtre soutient le livre de sa main gauche. Un ciborium à quatre colonnes et frontons s’élève au-dessus.

Le bas-relief que nous retraçons (fig. 3) paraît représenter la bénédiction du pain ; les deux acolytes le portent sur un brancard, derrière eux un diacre, après avoir trempé une branche de buis dans le bénitier que tient l’enfant de chœur, en asperge le brancard. Le célébrant se recueille dans l’oraison avant de se retourner et de prononcer la formule de bénédiction.

Ouvrons maintenant cet incomparable manuscrit, dont la couverture annonce dignement les merveilles intérieures.

(Fig. 1) au f° 15, v°. Dans la grande lettre T, nous voyons au centre Melchisédech consacrant devant l’autel, miniature de om. 045 que nous avons grossie dans notre reproduction 1 . Le prêtre a les cheveux blancs, le nimbe d’or, la tunique violette, le manteau gris, le fond est vert. L’autel élevé sur deux degrés porte une nappe blanche, un calice d’or avec anses, les pains eucharistiques ; au-dessus une couronne avec pendeloques est suspendue à la trabe ; la main divine sort d’un nuage. Dans les bras du T, à droite et à gauche, Abel et Abraham offrent des agneaux.

(Fig. 4) au f° 14, v°, un V d’une grande dimension avec tige et ornements d’or, porte au sommet d'une de ses branches un prêtre prononçant les paroles de la liturgie ; il est placé devant l'autel, où l’on voit un pain et un calice à anses. Au-dessus un ciborium, terminé par une double pyramide, est garni de rideaux

vants :

Lenormant, Trésor de numismatique et de glyptique, pl. XVIII et XIX, p. 13. (Reproduction des ivoires par le procédé Colas.)

Labarte, 2e édit., Les arts industriels , t. II, p. 107. Curmer, Imitation de Jésus-Christ, p. 178-182.

Weswood, Fictile ivories in the South Kensington muséum.

M. Bordier en a fait un dessin dans sa belle collection de manuscrits.

1. M. de Bastard l’a copiée en chromo. — P. Cahier, Nouveaux mélanges , 1874, p. 1 15. 125.

et du regnum d’or. Cette miniature n’a, dans l’original, que om. 025 ; nous l'avons grossie.

Sur l’autre branche du V est figuré dans un tabernacle l’agneau du saint sacrifice.

(Fig. 5) au f° 83, dans la panse d’un P, l’apparition de l’ange à Zacharie nous offre encore de curieux détails, l’autel avec arcades, la couronne qui la surmonte, le ciborium et son tabernacle, l’encensement, etc.

Le P 46, sur le verso, mérite notre attention ; dans un V très-élégant, enrichi de feuillages d'or, le miniaturiste a représenté une scène de la messe ; le prêtre porte la chasuble et le pallium, qu’on voit sur son dos. Le diacre, debout près de l’autel, tient le missel ouvert sous les yeux du prêtre. L’autel porte une corniche et des pilastres d’or, le ciborium avec des colonnes de porphyre et un fastigium, nous montre des rideaux d’azur, relevés le long des colonnes. Deux clercs, le visage tourné en arrière, s’avancent vers le chœur.

C’est au folio 87, v°, que nous devons spécialement nous arrêter ; nous y trouvons une image de la messe qui occupe tout l’intérieur d’une grande majuscule D, et qui retrace avec perfection la cérémonie du saint sacrifice au ix° siècle. Le prêtre, comme dans les premiers temps, est encore tourné vers le peuple ; tonsuré, vêtu d’une chasuble pourpre, d’une tunique verte, il étend les mains au-dessus du calice. L’autel composé d’une table d’or, d’arcades et de moulures de base aussi en or, est érigé sous un ciborium. Ce ciborium est très-remarquable, il a deux étages, ses frontons sont soutenus par quatre colonnes d’or le long desquelles sont nouées les courtines; elles portent un tabernacle avec arcades et coupole, dans lequel on devait exposer les reliques. Une couronne d’or est suspendue au-dessus de l’autel. (Pl. VI.)

Le presbyterium, dans lequel le prêtre se trouve seul, est dallé en marbre éclatant et séparé de la nef par un chancel à hauteur d’appui.

Derrière ce chancel, et c’est le point le plus intéressant de ce petit tableau si expressif, on voit s’empresser la foule recueillie des fidèles. Devant cette nombreuse assemblée, dont chaque individu porte une physionomie qui lui est propre, dans l’attitude générale que l’usage lui impose, il semble qu’on assiste à une messe antique. Les premiers assistants, peut-être les chantres, comme leur costume, longues manches, chasuble, semble l’indiquer, sont debout mais peu inclinés; ils ont les mains étendues et ouvertes. Derrière ce premier groupe, les simples fidèles ne sont

IXe SIÈCLE. — SAGRAM ENTAI RES. — AUTEL DE MILAN.

pas agenouillés comme plus tard, ils s’inclinent en ouvrant les mains. Vêtus de simples tuniques vertes, bleues, rouges, etc., ils ont tous la tête découverte, les cheveux bruns et courts. Tous ont le visage tourné vers le sanctuaire, un seul regarde un de ses compagnons. Ce chef-d’œuvre mérite d’être étudié dans les moindres détails, où perçent les traditions antiques et où nous saisissons le lien qui les rattache aux usages modernes '.

On trouvera sur la planche (VII) les miniatures de deux sacramentaires carlovingiens que l’on conserve dans les bibliothèques de Tours et d’Autun. La première représente un prêtre élevant les mains et croisant les doigts. Il est vêtu d’une chasuble rouge ponceau, avec bordures d’or et orfrois, d’une tunique violette (deux bandes frangées passent sous les plis de la chasuble), enfin de chaussures noires. L’autel maçonné parait posé sur trois degrés, le calice est d’or, la patène d’argent. Nous avons gravé près de cette miniature le fragment d’un V majuscule qu’on voit en tête du livre, à ces mots : Verè dignum et :ustum, et qui donne une intéressante image de la main du prêtre tenant l’hostie dans ses doigts au moment de la Préface. Le recto du folio 2 est presqu’entièrement occupé par cette initiale richement décorée d’or et de pourpre.

Cette planche est complétée par une miniature du sacramentaire de l’abbaye d’Elnon que l’on conserve à Autun ; notre ami, M. de Ferry, a eu l’obligeance de la copier pour cet ouvrage ; elle concerne très-spécialement la célébration de la messe en nous montrant les ministres secondaires qui y prennent part et les caractéristiques de leurs attributions. On voit d’abord au centre le sous-diacre chargé du soin du calice et de la burette, qui tient un de ces vases dans chaque main ; il est monté sur l’ambon, parce qu’il avait depuis quelque temps alors (D. Martène dit depuis le vme siècle) la charge de lire l’Épître.

A sa droite sont rangés le lecteur qui lui présente un livre, le portier avec ses clefs, à sa gauche l’exorciste avec un livre, enfin l’acolyte avec son flambeau, qui rappelle l’antique fonction qu’il possédait d’allumer les cierges dans les églises ; nous reviendrons sur cette curieuse miniature à propos des vêtements sacerdotaux.

1. Cette miniature a été reproduite en chromo par M. de Bastard.

La face postérieure du célèbre autel d’or de Milan nous présente deux célébrations de la messe datées du ixc siècle. La première nous montre saint Ambroise devant l’autel et le visage tourné vers le peuple, pendant que le diacre lui présente le calice ; à la droite il guérit un malade en mettant son pied sur le sien. Nous ferons remarquer dans ce tableau que le saint a le pallium, le diacre l’étole; l’autel, comme cela se rencontre souvent à l’époque carlovingienne, est cubique, orné de croix dessinées par des perles et soutenu sur une large base. Sous cette scène on lit l’inscription : « Ubi pede Abrosius calcat dolenti. » (PI. VIII.)

Le second sujet de la messe est figuré à propos du miracle que rapporte la légende, d’après lequel on suppose que saint Ambroise, au milieu du saint sacrifice, se serait endormi et, ravi par sa vision, aurait assisté à Tours aux obsèques de saint Martin ; le saint docteur est debout devant l’autel, il a les yeux fermés ; le diacre le prévient que la lecture de l’Évangile commence et il lui touche l’épaule pour le réveiller. On lit au-dessous : Ubi sup., altare dormiens Turoniam petit. Diverses observations sont à faire sur ce bas-relief : L’autel est comme le précédent, mais on y voit le livre sous les mains du célébrant; au-dessus est suspendue une couronne ornée de perles et de cabochons à laquelle sont attachées trois croix ; sur sa chasuble le saint porte encore le pallium dont on voit une des bandes sur le dos. Le diacre chargé de lire l’Évangile est simplement monté sur un escabeau ; faut-il voir dans cette disposition un artifice du sculpteur ne possédant qu’un étroit espace pour développer sa pensée, ou le souvenir d’une coutume antique et la figure d’un ambon primitif ? les deux hypothèses sont admissibles, elles le sont même simultanément, et nous pensons que les premiers lecteurs de l’Église, aussi à l’étroit dans les sombres chapelles des catacombes que les personnages de ce tableau dans le cadre qui les circonscrit, n’avaient d’autre tribune qu’un escabeau qui les élévait un peu au-dessus des fidèles. Dans la miniature à peu près contemporaine du manuscrit d'Elnon qu’on a précédemment décrite, la forme de l’ambon est exprimée de la même manière.

La bibliothèque de Francfort-sur-Mein possède un ivoire fort curieux représentant la célébration du saint sacrifice de la messe et attaché à la couverture d’un lectionnaire du xme siècle. La plaque est trèsallongée et n’a pas dû être faite pour cet usage. Dans le fond, en haut, on voit une coupole soutenue par

des colonnes corinthiennes et dominée par des anges, d’un style tout à fait antique, aux ailes étendues, les mains en orantes.

Au-dessous, les diacres assistent l’évêque; saint Évariste avait prescrit que sept diacres entoureraient l’évêque lorsqu’il prêcherait. Benoit XIII rétablit cet usage et n’y manquait jamais dans sa cathédrale de Bénévent. Quand l’évêque officie, son chapitre se divise ainsi en prêtres, diacres et sous-diacres. Pour la bénédiction des saintes huiles, le Lundi-Saint, il faut encore douze prêtres, sept diacres et sept sousdiacres. Sur notre ivoire c’est bien un évêque qui célèbre, nous sommes au moment qui précède la consécration, à l’imposition des mains ; il est tourné vers les fidèles selon l’ancien rit i.

Passavant, en la rapportant, a mis un p à la place du b dans habeas, et penedicas au lieu de benedicas.

Les hosties réservées dans la patène étaient vraisemblablement destinées à la communion du clergé, dont il reste un souvenir dans la communion générale du Jeudi-Saint et celle des diacres, comme le pratique le Pape aux pontificaux. La nappe est trèscourte et roide, ce qui n’est pas ordinaire. Elle est ornée de dessins damassés ou brodés que l’ivoire indique à peine. Les rosaces sculptées dont l’autel est orné représentent sans doute un parement d’orfèvrerie, ce qu’Anastase et l’inventaire de Clermont désignent sous le nom de tabula.

En avant, dans la schola, cinq chantres s’associent à la fonction sainte.

Les chandeliers ne sont pas posés sur l’autel, mais sur le sol, comme à l’émail de 'la Pala d’Oro de Venise ; il est fort probable qu’il y avait un troisième cierge par derrière. Sur l’autel on voit un calice à anses, une patène contenant sans doute des hosties, deux livres, l’évangéliaire et le missel. L’évangéliaire est fermé, mais sur les deux pages du missel on lit ces inscriptions :

f Te igi t(ur) cleme

NT1SSIM

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