‹ La messeChapitre 71 sur 346 · Labarte, Arts industriels · texte numérisé non relu

Labarte, Arts industriels

2. Dolor lateris graviter beatum invasit Maurum, qui languore ingravescente, quadragesimo primo ad vent us sui ad eumdem locum anno decimo octavo kalendarum fe-

le saint viatique au mourant qui s’était fait transporter dans l’église de Saint-Martin. Le prêtre tient d'une main une hostie crucifère qu’il présente au malade et de l’autre le calice contenant le précieux sang. La tige au-dessus du calice est peut-être le chalumeau pour y puiser. Le malade, habillé d’une tunique bleue agrémentée de rouge, est couché sur un lit dont les quadrillés sont verts avec pointes rouges aux intersections. En avant, on procède à l’ensevelissement ; il est étendu mort dans un tombeau, on lui impose un linceul de couleur rouge, deux moines tiennent le drap mortuaire enrichi de quadrillés de couleurs variées. L’abbé, tenant la crosse dans sa main gauche, vêtu d’une tunique violette, dit l’absoute, regardant le livre qu’un religieux lui présente appuyé sur sa tête. On remarquera à droite un thuriféraire qui porte de l’index un encensoir attaché à de courtes chaînes ; le rit romain conserve quelque souvenir de cet usage.

Dans le fond de l’abside on voit l’autel avec le calice et, sur le gradin couvert comme l’autel d’une nappe verte maintenue par de petites boules, on observe deux croix qui sont des croix de procession. L’usage, nous dit Mgr Barbier de Montault, de deux ou trois croix aux processions se retrouve dans les cérémoniaux d’Angers et du Puy du siècle dernier ; Saint-Jean de Latran porte encore deux croix. Audessus de l’autel brûle une lampe comme le prescrit le rit romain pour chaque autel, mais surtout pour le maître-autel. La miniature que nous avons gravée au-dessous, et qui est tirée du fo 45, v°, nous présente la cérémonie d’une prise d’habit. On remarquera l’autel monté sur plusieurs marches, étroit, orné d’un quadrillé de raies vertes et recouvert d’une nappe blanche, — le calice d’or et, derrière, une sorte de rétable encadré de points bleus et de deux lignes rouges. A gauche, un clerc semble tenir un flabellum; il porte sur son aube une ceinture dont les deux bouts marqués de traits rouges retombent en avant, usage qu’on retrouve jusqu’au xvic siècle rappelé dans les fresques de Raphaël au Vatican. L’abbé a

bruarium die, ante altare B. Martini super cilicium stratus sui decubans, cum exitum suum vivificorum munisset perceptione sacramentorum, adstantibus qui relicti erant discipulis, féliciter inigravit ad Dominum, sepultusque est in eadem basilica ad dexteram partem altaris : in quo loco meritis et orationibus ejus multa et magnifica et admiranda operatur Deus ad laudem et gloriam sui nominis. ( Acta ord. S. Bened., I, 297, Vie de saint Maur , écrite par Faustus sous Boniface, III. — Boll., I, 1050.)

aussi cette ceinture, mais décorée de croix et de franges rouges.

Notons aussi à l’absidiole les galeries à jour comme à Saint-Jean et Saint-Paul de Rome, à Pise, etc.; — les deux absides en regard qui semblent indiquer un transept à double abside comme aux églises rhénanes, et au-dessus des fenêtres avec les dalles percées de trous comme à Rome. Le fond des tableaux est blanc avec semis rouge.

Nous continuons sur la planche XI la publication des miniatures de ce curieux manuscrit qui ont trait à la messe. Au f° 52, v°, on voit l’abbé assis sur un trône à coussins rouges, il tient un livre de la main gauche et fait de l’autre un geste d’accueil à un personnage prosterné à ses pieds,

Au fond de l’autre arcade, se dresse un autel sur trois marches, son parement est quadrillé en losanges à la façon de l’autel de Paray-le-Monial, sa nappe blanche; devant le rétable qui le surmonte, on distingue un reliquaire en forme d’église, avec cabochons verts sur le devant; une lampe de couleur verte est suspendue au-dessus du sanctuaire.

A côté de cette miniature nous en reproduisons une autre du même manuscrit, représentant le saint sacrifice. Le prêtre étend les mains, il porte une chasuble verte, dont les plis sont indiqués en rouge, une aube blanche, des brodequins verts, une ceinture rouge avec nœuds et franges blanches. L’autel est maçonné comme l’indiquent les assises qu’on y voit tracées et appuyé contre un petit rétable sur lequel parait fixée une croix de procession. La nappe est blanche; le calice encore couvert est placé devant une petite hostie crucifère et au-dessus d’un disque avec quatre lobes intérieurs qui figurent la patène, mais que le peintre a tracé trop bas par ignorance de la perspective. Une lampe brûle au-dessus du sanctuaire. La seconde arcade à gauche de celle où s’élève l’autel, nous montre le servant à genoux, les mains étendues comme celles des prêtres, vêtu d’une large tunique bleue avec traits rouges.

Les colonnes sont rayées de bandes vertes et blanches; on remarquera que l’abside de l’église est surmontée d’une croix.

Au f° 69, v°, nous avons dessiné une miniature ayant trait au miracle de saint Maur qui désaltère soixante personnes avec quelques gouttes de vin qu’il multiplie en y faisant le signe de la croix. On y voit l’autel revêtu d’une nappe brodée, surmonté d’un grand calice recouvert ; le carré que l’on observe par

derrière, et que j’avais pris d’abord pour un rétable, n’est peut-être que le corporal.

Dans un évangéliaire de l’abbaye de Luxeuil exposé en 1878 au Trocadéro, nous avons remarqué deux feuillets couverts de miniatures intéressantes : sur un des côtés, le Sauveur dans sa gloire; sur l’autel, l’offrande du sacrifice; dans ce dernier, on voit un temple à trois arcades et un autel avec ses ornements que nous avons gravé. La nappe blanche retombe seulement en avant; au-dessous paraît la vestis, étoffe ornée et divisée par zones de différentes couleurs ; les deux premières zones sont jaunâtres, la dernière verte; la bordure en petits losanges, la nappe soutenue par une sorte de petite traverse; le livre ouvert. Le fond de l’arcade est en or, les archivoltes bleues. (PI. XV.)

Le British Muséum possède une représentation de la messe qui doit être citée ici *. L'autel ressemble à celui du missel de Saint-Denis ; il porte le calice, la patène, une lampe est suspendue sous le ciborium entre les rideaux. Le prêtre est en avant, soulève des bras les plis de sa chasuble, et adresse au peuple l’invitation de la prière; il est coiffé d’une sorte de mître 2.

La Bibliothèque vaticane, dans le fonds Urbain n° 275, possède une miniature représentant une célébration de la messe. On y voit le prêtre suivi de plusieurs acolytes; devant 1 autel il tient la sainte hostie entre ses mains voilées et levées. L’autel supporte un calice de grande dimension. Parmi les personnages figurés dans ce manuscrit et désignés par des légendes est un nommé Baudoin. Le dernier et le plus célèbre de ce nom, Baudoin IX, qui était comte de Flandre en 1194, nous donnerait pour date du manuscrit la fin du xne siècle 3.

Le xnc siècle va nous offrir des images de plus' en plus nombreuses, dont l’abondance deviendra bientôt une sorte d’embarras pour le choix.

Page 1