XII' SIÈCLE. — SAINT-AMBROISE DE MILAN. — PISE, ETC
La mosaïque de l’abside de Saint-Ambroise contient une représentation de la messe de saint Ambroise pendant laquelle il s’endormit et fut miraculeusement transporté à Tours aux obsèques de saint Martin. Couvert de la chasuble, du pallium et d’une tunique à bandes rouges, il a le coude appuyé sur l’autel, dans l’attitude d’un homme endormi; il porte un nimbe bleu et au-dessus de sa tête cette inscription : S. AN- BROSIVS ; le livre est encore ouvert auprès de la patène et du calice. L’autel est octogonal; une riche bordure d’or resserre les plis de la nappe qui tombe tout autour. Le ciborium avec quatre colonnes, quatre arcs, est surmonté d’une coupole ; son socle enrichi de dessins. On voit par derrière le martyrium désigné par une croix, le voile relevé et une couronne votive suspendue au-dessus. (PI. XVII.)
Le diacre est monté dansl’ambon, il va commencer la lecture de l’Évangile, lorsque s’apercevant du sommeil d’Ambroise, il fait signe à un autre diacre plus rapproché de le réveiller. Celui-ci est vêtu d’un large surplis à raies rouges qui laisse entrevoir dans le bas une tunique bleue. L’ambon porté sur cinq degrés est composé, comme l’ambon actuel, de trois arcades ; il est surmonté d’un lectorium pour soutenir le livre. Enfin, à droite, apparaissent les fidèles qui témoignent de leur étonnement et qui parlent entr’eux du retard inattendu apporté à la lecture de l’Évangile. Le fond de la mosaïque est entièrement bleu. Nous observerons que ce tableau nous offre entre les deux diacres une grande distance que les exigences de notre cadre ne nous ont pas permis de maintenir. Au-dessus de cette scène, qui se passe dans la nef, on voit figurés les sommets de l’église.
On a ordinairement jusqu’ici attribué au ixe siècle l'âge de cette mosaïque. J’ai peine à admettre ce classement et la principale objection me semble être sa dissemblance de style avec le Paliotto. Le même sujet, représenté sur les bas-reliefs d’argent de l’autel et sur notre peinture, n’a aucunement rapproché le sculpteur et le mosaïste. Le costume de saint Ambroise et des diacres esttout différent ; la chasuble, le pallium ne peuvent se comparer; dans la mosaïque, les diacres portent le nimbe et non pas l’étole, ce qui est le contraire du Paliotto; ici le lecteur est sur un escabeau, là dans un ambon; ici l’autel ressemble au Paliotto lui-même, là sa forme est tout autre et rappelle le genre bysantin que nous verrons reproduit dans les miniatures du moine J ac-r ques. Enfin le calice, auquel dans le bas-relief on a supposé des anses comme dans la plupart des représenta¬
tions de la messe au ixc siècle, n’en a plus dans la mosaïque. Ces différences son trop notables pour supposer les deux œuvr.es simultanées.
Observons enfin que le prêtre ne regarde plus l’assemblée des fidèles, circonstance qui nous ramène de même au xne siècle ’, au temps où ce rit diparut souvent.
Si nous abandonnons l’époque de l’évêque Gaudentius, il est naturel de descendre jusqu’à la restauration complète de l’église qui eut lieu en 1 169.
L’exultetde Pisenousrappelledesencensementsqui ont lieu pendant la messe du Samedi-Saint, et la bénédiction du cierge pascal, que le diacre, du haut de l’ambon, tient dans sa main droite, au-dessus du candélabre. Après qu’on a béni le feu nouveau, le célébrant, le diacre et le sous-diacre vont à l’autel. Le diacre, vêtu d’une tunique en rouge, commence la bénédiction du cierge en chantant le Prœconium paschale y ce soin lui est décerné en présence du prêtre et même de l’évêque. Le célébrant placé devant l’autel regarde le peuple; il a un pallium bleu crucifère et impose les mains, pendant que les diacres lui présentent le calice et la patène. Ceux-ci portent l’étole sur l’épaule gauche. Ils sont accompagnés de deux thuriféraires tenant l’encensoir à courte chaîne, qui ressemble à une simple coupe. Le thuriféraire de droite est vêtu d’une tunique verte, il tient une navette en forme de petite tour avec un couvercle émaillé de bleu. Cette miniature, d’un dessin barbare, n’offre que des traits et quelques teintes plates, mais elle nous est curieuse pour l’histoire liturgique. (PL XV.)
On voit exposé dans la galerie d’Apollon, au Louvre, plusieurs plaques d’émail champlevé d’un travail rhénan; sur l'une d’elles est représentée la communion d’ Abraham, sujet fort répété au moyen-âge; nous en donnons sur notre planche une copie un peu réduite. Abraham, sous la forme d’un guerrier, avec casque et cotte de maille, suivi de deux serviteurs, s’avance vers Melchisédech qui lui présente les saintes espèces, le pain sous la forme d’une grande hostie crucifère et le vin dans le calice. Melchisédech tient l’hostie et le calice dans ses mains voilées, tandis qu’ Abraham a les
1 . Cette attribution chronologique est adoptée par Mgr de Montault : Mosaïques de Milan, Revue de l'art chrét., 1881.
Nous avons dessiné à Saint-Denis, sur une grande échelle, le bas-relief qui orne le tympan du portail de gauche et qui figure la messe du saint apôtre dans sa prison. Il est assisté par ses compagnons Rustique et Éleuthère et Notre-Seigneur, entouré d’anges qui replient les nuages ou qui l’encensent, vient le communier lui-même. Ce bas-relief, encadré dans un pleincintre, remonte certainement à l’époque de Suger (i 137), qui remplaça la façade carlovingienne par un portail roman *. (PI. XIV.)
Sur la façade de l’église Sainte-Marthe àTarascon, un bas-relief de 1197 représente à gauche l’invention des reliques de sainte Marthe et, à droite, la consécration de l’autel; dans ce dernier, deux évêques s’appuyant sur leurs crosses ont devant eux des vases remplis d’huile sainte. L’autel est soutenu par quatre colonnettes ; on voit par derrière la croix processionnelle. (PI. XV I .) Les évêques portent de petites mitres fort basses, selon l’usage alors usité dans plusieurs diocèses de Provence. Voici l’inscription complète dont nous n’avons pu donner la totalité sur notre planche :
VlGINTI NOVIES SEPTEM CUM MILLE RE-
LAPSIS ANNO POSTREMO NOBIS PA-
tet ospita XPI. Mille ducentis
TrANSACTIS MINUS AT TRIBUS AN-
nis Imbertus presul Rostag-