ld., pl. CVIII
a. Archœolopical journal , ix, p. 21t.
XIIe SIÈCLE. — MINIATURES.
M. Louis Blancard, archiviste de Marseille, possède un rouleau mortuaire de Bertrand de Baux qui renferme une curieuse miniature. On y voit le Sauveur assis sur un trône au milieu d’une auréole étoilée, autour les quatre animaux évangéliques, à gauche et à droite la Sainte-Vierge et saint Martin avec la mitre et le costume sacerdotal. Au-dessous de ce grand sujet le peintre a représenté la célébration du saint sacrifice; le moment qu’il a choisi paraît être l’Offertoire, celui du second encensement; le célébrant, après avoir encensé les dons de l’autel, encense l’autel comme au commencement de la messe, en disant ces paroles : « Incensum istud a te benedictum « ascendat ad te, Domine, et descendat super nos « misericordia tua »; pendant qu’il encense l’autel et les reliques, il récite les paroles du psaume clx, ÿ. 2 : « Dirigatur, Domine, oratio mea sicut incen- « sum in conspectu tuo. » (PI. XV.)
Il est revêtu d’une ample chasuble sous laquelle apparaissent l’aube et les bouts frangés de l’étole. On remarque sur l’autel la croix processionnelle, le calice et lapatène. L’encensoir est garni d’un couvercle et d’une riche poignée où se réunissent les chaînes. La nappe de l’autel retombe en larges plis. Le prêtre, suivant l’usage moderne, tourne déjà le dos aux assistants ; il est placé au-dessous d’un ciborium, à l’arcade duquel sont attachés les rideaux. Devant le ciborium pend une double lampe attachée par trois chaînes qui passent dans leurs anneaux et garnie dans le bas d’un godet pour empêcher l’huile de se répandre.
Dans la nef on voit une femme agenouillée, les mains voilées, qui vient sans doute de présenter son offrande ; derrière elle, l’assemblée des fidèles qui se joint d’intention à l’acte du prêtre; des draperies sont suspendues sur leur tête selon l’antique usage des églises. Enfin, on aperçoit deux cloches munies de cordes, dont l’une est aux mains d’un jeune clerc.
Ce rouleau est daté par le fait de la mort de Bertrand de Baux, portée au 5 avril 1181 par les auteurs de Y Art de vérifier les dates. M. Louis Blancard avait projeté un ouvrage intitulé : Voyage d’un moine de Silvicane dans les diverses provinces de la Gaule ecclésiastique au xne siècle. Cette miniature avait été copiée à ce propos par Laugier, mais le livre est resté malheureusement inédit jusqu’ici. M. Delisle a publié quelques morceaux du manuscrit de
Bertrand dans les rouleaux des morts pour la Société de l’Histoire de France *.
Le savant P. Cahier a publié dans ses Nouveaux Mélanges 2 une miniature qui représente l'évêque de Ratisbonne, saint Erhard, célébrant la messe et paraissant dire au peuple : Dominus vobiscum. Il porte la chasuble et le pallium, sur la bande horizontale du pallium on lit le mot grec •: Hierarchia. Sur les bandes obliques : Sacer principatus, sur la verticale : Ordo sanctorum. Le saint a la tête couverte d’un bonnet singulier qui prouve que la mître n’était pas encore d’un usage universel. A gauche, un prêtre revêtu de l’aube et portant le manipule sur le bras gauche semble faire l’office de servant.
L’autel est surtout remarquable ; il porte un missel, un calice, une patène et un petit tabernacle en forme de ciborium, avec double étage et sous l’arcade une couronne votive. Au-dessus de l’autel pend une seconde couronne votive de plus grande dimension. L’autel lui-même est très-riche, il est paré d’un vêtement dans le genre décrit par le livre pontifical, orné de médaillons qui encadrent des hippogriffes.
Le xme siècle doit ouvrir pour notre iconographie de la messe des scènes un peu différentes; quelquefois le célébrant ne regardera plus les fidèles, et surtout la garniture de l’autel va se modifier et nous montrer sur la nappe, non plus seulement le livre, le calice et la patène, mai-s encore des chandeliers et même des croix.
Les peintures du portique de Saint- Laurent, à Rome, sont un des premiers monuments qui s’offrent à nous dès le début de ce siècle. Il est possible cependant, quoique le portique remonte à Honorius III (1216), que les peintures soient un peu plus modernes, car on y voit représenté le couronnement de Pierre de Courtenay qui eut lieu dans cette basilique en 1217.
1. Paris, 1865, 8°. p. 376, 398. M. Lacroix a publié une copie de cette miniature dans La vie militaire et religieuse , p. 303.
Muller l’a aussi publiée en Allemagne, dans son livre sur la liturgie.
Elle était déjà publiée en 1848 dans le septième volume de la Société agricole, littéraire et scientifique des Pyrénées- Orientales (pl. III) avec cette suscription : Inauguration d'une confrérie de saint Martin en