‹ La mesure de la valeur et la monnaieChapitre 11 sur 29 · DE J. A MICSIKE DE I.A VALEUR · texte numérisé non relu

DE J. A MICSIKE DE I.A VALEUR

avec lanl d’activité, que les canaux de la circulation se trouvent relativement plus nombreux et plus larges que dans l’étal d’équilibre supposé comme point de départ.

Bien que la masse totale de la monnaie métallique existant dans le monde soit relativement faible, en présence de la masse colossale des ricbesses accumulées, et du cliiflre des afîaires négociées dans l’espace d’une année sur notre planète, la quantité du numértiire est encore le facteur le [)lus important à considérer dans les variations de sa valeur'. Il est très vrai que la rapidité delacirculation du numéraire joue un rôle important dans la cause ; mais c’est justement parce que la irionnaie, ilans son cours, sert à réaliser, pendant une période tlonnée, un chilîre d’affaires beaucoup plus considérable (jue son chiffre monétaire, que l’introduction de nouveaux contingents dans la circulation est si importante pour maintenir l’équilibre des prix, dans le cas où les échanges prennent de l’extension, l'ne quantité relativement faible de monnaie nouvelle peut suffire, grâce à la rapidité de son cours, pour maintenir le niveau général des prix, malgré la disproportion entre son cbilfre et celid du supplément de transactions à exécuter ; mais au moins faut-il que ce nouvel appoint vienne s’ajouter au stock existant. L’importance des espèces nouvellement frappées, au point de vue de la valeur de la monnaie, doit donc s’apprécier en multipliant leur quantité par le nombre de tours qu’elles accomplissent dans la circulation.

Bour la même raison, la présence ou l’absence, dans un pays en particulier, de sommes de monnaie relativement minimes, peut exercer sur son état économique une inlluence qui semble, à première vue, hors de proportion avec l’importance de ces sommes, comparée à celle de la richesse et des affaires. Ainsi une exportation do numéraire, un accroissement des éclianges au delà de la proportion jusque là existante avec le stock métallique, peuvent occasionner dans un pays une crise violente, en produisant une raréfaction monétaire q\u détruit l’équilibre antérieur, au détriment des producteurs et commerçants atteints par la baisse des prix et la contraction du crédit. Sans doute, la monnaie fiduciaire et les

^ M. Iliiupt évalue la monnaie existant clans le monde en 1892, h 18 milliards d’or, 19 milliards d'arg’ent, GOO millions de billon, et 8 milliards de billets à découvert, au total près de 4G luilliards de francs. La circulation métalliciue aurait augmenté de 8 à 10 milliards dans les trente dernières années. {ArbUrages eL Introd.,

p. GO et s.)

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compensations permettent, en temps normal, de réaliser une économie considérable sur la somme de numéraire nécessaire au mouvement des échanges; mais il y a une limite au développement de ces procédés, et M. Goschen estime que tous les moyens d’économie mis en pratique par les J^anquiers anglais « ne contrebalancent pas la dépense d’or imposée par l’accroissement des besoins de la population en fait d’argent de poche, et par la liquidation de la balance, toujours grossissante, des transactions opérées tant en Angleterre que dans les autres pays » b L’édifice fragile du crédit repose tout entier sur une base métallique, qui est le numéraire existant dans l’encaisse des banques et dans la circulation du pays ; et les atteintes portées à ce stock sont d'autant plus sensibles au crédit, que la l)ase en est plus étroite. L’Angleterre, qui a su réduire au minimum la monnaie métallique dont elle se sert, en perfectionnant et développant les divers procédés de circulation fiduciaire et les compensations, soufire souvent de cette extrême économie de métal, qui oblige la J3anque à faire varier constamment le taux de son escompte, et qui rend les crises commerciales plus fréquentes et plus graves

Délcnninalion des variations de valeur de la monnaie. Index Numhers — J.,es historiens économistes, en recherchant les prix de marchandises importantes telles que le blé, le travail humain, la terre, le logement, etc., ont pu établir les variations du pouvoir de la monnaie dans les siècles passés. .le me borne à reproduire ici l’échelle |)roport'.onnelle de M. le \ d’Avenel, le pouvoir de la monnaie à notre é|)oque y étant représenté par 1

xiii® siècle, 1®*' quart : 4 1/2 xvio siècle, l®*' qn.-irt : 5

xjve siècle, 1

xvu® siècle, 1

XV® siècle, 1

xviu® siècle, 1

* Mémoire lu en 1883 devanl la Banhers Instilule de Londres.

- De Laveleyc, Le marché monétaire et ses ct'ises, cli. III-

3 V.sur celte inalière rarUcle de M. de Foville dans le Nouveau dictionnaire d'économie poli tique, Prix.

^ Histoire économique de la pi'opriété, etc., t. I, p. 27 et 32, en note.

On voit par ce tableau que la valeur de la monnaie était en moyenne quatre fois plus considérable qu’aujourd’iiui du xni° au xv'' siècle. Ce dernier siècle est marqué par une extrême pénurie de moyens d’échange, le stock métallique répandu dans le monde étant alors à peine de 1 milliard (Ilaupl); la monnaie possè<le alors un pouvoir six fois plus grand qu’aujourd’liui. f\iis elle se déprécie au xvC siècle, sous rintUicnce des afllux d’or et d’argent du Nouveau-Monde, et n’a plus, depuis cette époque jusqu’au xix® siècle, qu’v\ne valeur deux à trois fois plus forte que de nos jours.

Pour l'époque contemporaine, on a pu arriver à une précision plus rigoureuse, en relevant chaque année les prix des marchandises les plus imj)ortanles, cotés dans les mercuriales, et en calculant le pourcentage de leurs variations annuelles. C’est le procédé des Index Nvmbers. On prend comme base du calcid une certaine année ou une certaine période d’années choisie arbitrairement, et l'on représente par 100 le prix moyen, quel qu’il soit, de chaque marchandise dans cette période. Les Index Nunibcvs, en elfet, n’expriment pas les prix des marchandises, mais le tant pour cent de leurs lluctuations annuelles, de sorte que le chiffre 100 de la première année signifie simplement le point de départ des variations proportionnelles des piâx dans les années suivantes. Le tant pour cent des variations du prix de la marchandise dans les années suivantes vient donc s’ajouter au clntfre initial 100, ou s’en retrancher, suivant (pi’il y a hausse ou baisse. Le chiffre indicateur de l’année étant ainsi fixé pour chaque marchandise, il suffit d’en tirer la moyenne [)0ur avoir le tolal Index Nwnbcr qui indique, pour l’année, la variation moyenne du pouvoir de la monnaie par rapport à l’année initiale, dans un pays déterminé.

Si par exemple le blé coulait 30 fr. l’hectolitre en 1870, année initiale du calcul, on figure ce prix par 100. Si, l’année suivante, le prix de l’hectolitre de l)lé est monté à 33 fr., on inscrit comme nombre indicateur 110, la hausse étant de 10 "/o- 1872 le

prix est tombé à 28 fr. .70, V Index Numbev doit être 95, [tarce qvie la baisse, |>ar rapport à 1870, est de 5 "/o- Lorsqu’on a, comme .M. Saiierl)eck, des nombres ainsi calculés pour 15 marchaudises différentes, il suffit de diviser leur total par 45 pour avoir le lotat Index Number de l’année. J’aurai l’occasion de m’en servir dans la section suivante.*

Les résultats ainsi olkenus sont très approximatifs, puisqu’ils sont

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basés sur quelques prix seulement; on se contente en effet d'opérer sur ceux qui peuvent être constatés avec le plus de facilité et de certitude, c'est-à-dire sur les prix en gros d’un certain nombre de produits bruts. (Juant aux prix de détail, quant à ceux des objets fabriqués, des services personnels, des logemenls; etc., ils n'y figurent pas, à cause de leur variété, et de la diftîculté d’en établir le taux. Ces tables ne peuvent donc avoir la prétention de nous donner la véritable mesure des variations de valeur de la monnaie étalon.

Elles ont encore ce défaut, que toutes les marchandises y figurent sur le même pied, et exercent une influence égale sur le calcul du total Index Number, quelle que soit leur importance réelle pour les besoins de l’homme. 11 est vrai que, si l’on veut établir des coefficients au i)rofit des marchandises les plus usuelles et les plus essentielles, comme le blé ou la houille, on tombe dans l’arbitraire, et l’on arrive, parait-il, à des résultats qui ne s’écartent pas sensiblement des autres. 11 est impossible de dresser avec une exactitude mathématique une échelle proportionnelle de nos besoins, qui varient d’ailleurs suivant les époques, les pays, les classes de la population et les individus. Le meilleur procédé pour apprécier les variations du pouvoir de la monnaie, en tenant compte de l’importance relative des besoins, est celui des moyennes budgétaires, inti’oduit par M. de Foville : les éléments en nature du budget d’une famille, étant considérés comme fixes, on recherche le coût de la vie pour cette famille aux différentes époques.

Enfin les laux d’évaluation. des marchandises, fixés cliaque année par l’Administration, suivant les cours, pour le recouvrement des droits de douane, permettent aussi des comparaisons de prix d’une époque à l’autre. Mais, quel que soit le procédé, il est toujours et nécessairement imparfait, non seulement parce qu’il est impossible de faire le relevé complet des prix, mais aussi parce que les marchandises sont d’importance inégale-. Le pouv'oir de la monnaie n’est qu’un mot; il ne désigne pas une qualité, une valeur intrinsèque, mais un ensetnble de rapports qui n’ont rien de commun entre, eux, n’étant pas des équations entre grandeurs de même espèce.

Première conséquence des variations de valeur de l’étalon monétaire : son insu ffisance j)our la comparaison des valeurs sur deux marchés différents . Rectifications de l’étcdon. — La mesure des valeurs par l’étalon monétaire repose sur une base essen-

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tiellement variable, et ne permet pas de comparer avec exactitude les valeurs d’une même marchandise à deux épocpies diflërentes. La diflërence du prix en or (ou en argent) de cette marchandise aux deux époques ne nous renseigne que très imparfaitement sur la différence de sa puissance d’acquisition en général. Ce n’est pas, comme on le dit couramment, parce que la valeur intrinsèque de la monnaie est variable, mais pai’ce que ses valeurs sont variables (ce qui revient d’ailleurs au même). Il s’agit de comparer, d’une époque à l'auti'e, non pas la valeur intrinsèque et al)Solue d'une marchandise, telle que 1 hectolitre de blé, en la mesurant j>ar la valeur intrinsèque de l’unité d’or ou d'argent, mais les innombrables valeurs de cette marchandise relativement à toutes les autres, en se servant, comme intermédiaire, des innombrables valeurs de la monnaie vis-à-vis des diverses marchandises. Or, si l’étalon monétaire, en qualité d’intermédiaire général, permet d’établir indirectement les ra[»[)orls de valeur tlu blé avec toutes les autres marchandises sur un même marché, il ne peut plus être pris comme terme intermédiaire commun des l’appoils de valeur entre le blé et toutes les autres raarcliandises d’une époque à l’autre, parce que ses propres valeurs ont changé, et que les prix ont varié. Si, aujourd’hui, l’hectolitre de l)lé vaut 15 francs ou 4 gr. 35 d’or fin, et que ce prix soit aussi celui de 2 hectolitres de seigle, de 5 mètres de toile d'une certaine es[)èce, de 3 journées d’un certain travail, etc., il ne faut pas en conclure, l)ien entendu, que l’hect. de blé, pai'ce qu’il valait 2 gi'. 20 d’or, ou 7 fr. 50 au xviu° siècle, avait seulement le |)ouvoir d’acheter 1 hect. de seigle, 2 mètres 1/2 de loile, 1 journée 1/2 de travail, etc.; la cote générale <les prix était alors entièrement différente, et l’on ne peut, par conséqueni, tirer du prix du blé au xv;!!” siècle aucune conclusion quant à sa puissance générale d'ac([uisition à celte époque, si l'on se contente de confronter ce prix avec les |)rix actuels des autres marchandises.

L’étalon monétaire présente la meme insuffisance, si l’on veut comparer les valeurs d’une même inarchatidise dans deux pays différents à une même épocjue. Il ne suffit pas, pour apprécier la puissance d’accpiisition du blé aux Etats-Unis, par exemple, de conna’tre son pi’ix en dollars, de le transformer en francs, et de le comparer au prix du blé en France, car la monnaie peut avoir aux Etats-Unis un pouvoir d’achat, à l’égard des marcliandises en génè-

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rai, très difVérent de celui qu’elle a dans notre pays. Il est vrai que, do nos jours, le développement des moyens de transport a nivelé dans le monde les prix des marchandises transportables, et le marché est devenu à peu près universel. Cependant, il subsiste encore, entre les diverses contrées, même reliées par des voies de communication, des dilïércnces de prix, surtout pour les marchandises immobilisées ou pour les denrées fraîches ; et ces différences attestent une certaine inég-alilé dans le pouvoir des métaux monétaires. On a vu en Californie, à l’époque de la fièvre de l’or, les prix des marchandises les plus communes cinq ou dix fois plus élevés sur les placers qu’en Europe.

Malgré cette insuffisance, la monnaie métallique, comme intermédiaire général pour la mesure des valeurs, est encore préférable, à toute autre marchandise. Le sujet est classique, et je n’ai pas l’intention de m'y arrêter. Personne n’ignore pourquoi la valeur de ces deux métaux est plus stable que celle de toute autre marchandise, telle que le blé ou le travail commun.

Si l’on voulait comparer avec une exactitude rigoureuse la valeur d’une marchandise, comme le blé, sur deux marchés dilférents par le temps ou ]>ar le lieu, il faudrait recourir à l’un des deux procédés suivants : 1" Dresser la liste complète de tous les prix sur les deux marchés; comparer sur l’un et sur l’autre la valeur particulière du blé par rapport à chaque marchandise, en se servant du prix comme intermédiaire ; établir le tant pour cent de la ililTérence, et calculer finalement le taux moyen, qui est celui de la différence du pouvoir général d’acquisition du blé sur les deux marchés. On procédera, par exemple, pour la valeur du blé, en France, à l’égard de chacune des autres marchandises, de la manière suivante :

Au XVIII c siècle :

1 hect. de blé = 2 gr. 17 d’or fin ou 7 fr. 50. or 10 kilog. de bœuf' = 2 gr. 17 d’or ou 7 fr. 50. donc 1 bect. de blé = 10 kilog. de bœuf.

AujourcVhui :

1 bect. de blé = 4 gr. 35 d’or ou 15 fr. or 8 kilog. de bœuf = 15 fr.

donc 1 bect. de blé — 8 kilog. de baaif.

La valeur du blé à l'égard de la viande de bœuf a diminué ainsi de 10 à 8, ou de 25 "/o- Si l’on poursuit cette enquête pour toutes les autres marchandises, on peut calculer finalement le taux

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moyen de la variation que le blé a éprouvée eti France, depuis le xviii® siècle, dans son pouvoir d'échange. !1 est donc théoriquement possible, par des comparaisons tirées indirectement des deux séries de prix, de constater d’un marché à l’autre, sinon une hausse ou une baisse de la valeur intrinsèque du blé, du moins une liausse ou une baisse générale des valeurs innombrables de cette marchandise par rapport aux autres.

2” Un autre j)rocédé consiste à comparer la puissance d’achat de la marchandise aux deux époques, au moyen de l’étalon monétaire préalablement rectifié. C’est ainsi qu’on corrige les A-ariations du mètre dues à la température, et celles du kilogramme dues à la situation géographique, en ramonant, par le calcul, la longueur ou le poids de rinstrument de mesure dont on fait usage, à la longueur ou au poids de l’étalon type fixé à une certaine température ou considéré dans un certain lieu; quant aux variations hypothétiques qui peuvent pi’ovenir de causes ignorées, elles sont tellement insignifiantes, si elles existent, qu’il n’y a pas lieu d’en tenir compte.

Mais les corrections sont autrement difficiles quand il s’agit de l’étalon des prix; non seulement parce que les lluctuations des valeurs de la monnaie ont une amplitude beaucoup plus considérable que celles dont les étalons de longueur ou de poids sont susceptibles, mais surtout parce qu’elles portent sur un nombre indéfini de rapports de valeur, au lieu de se produire sur une grandeur simple.

Four faire une correction rigoureusement exacte des variations de valeur de la monnaie, il faudrait encore posséder la liste complète lies |.)rix sur les deux marchés; établir la dillérence en tant pour cent de tous les prix comparés deux j)ar deux, et en tirer le taux moyen de la difiérence des j^rix entre les deux listes.

Si l’on parvenait à établir ainsi le taux de la dillérence du pouvoir de la monnaie sur les deux marchés, on pourrait corriger la variation, et faire alors la comparaison îles valeurs du blé sur les deux places ou aux deux époques, en se référant seulement à ses deux prix, et en se sei'vant de l’unité monétaire rectifiée. Supposons en effet que l’hoctolilre de blé vaille 20 fr. aujourd’hui, et cpi’il ait valu 12 fr. au xviiF siècle. Si l’on a eu soin, aux deux époques, de dresser la liste complète des prix de toutes choses, et s’il résulte de leur rapprochement que la valeur de l’argent a haussé en moyenne

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de 100 ‘Y O depuis le xviii® sidcle, il faut, pour comparer la. puissance d’achat actuelle du hlé à celle qu’il avait au siècle dernier, rectifier l’étalon monétaire du xvin® siècle en le doublant, et porter le prix du blé à cette époque de 12 à 24 fr. T..e prix du blé, estimé en francs de même pouvoir, a donc baissé de 24 à 20. On peut en conclure que les valeurs du Ijlé, considérées dans leur ensemble, ont diminué de 1/0, ou 10,00

Mien qu’il soit iirqjossible d’arriver à une correction parfaitement exacte, on peut cependant, pour la période contemporaine, obtenir des résultats approximatifs en se servant des Index Numhet's. Mais il ne faut pas oublier que les variations qu’ils révèlent sont calculées sur les pri.x en gros de quelques marebandises seulement, en attribuant même importance aux unes et aux autres indistinctement.

VARIATIONS DE VALEUR DE l’ÉTALON .MONÉTAIRE DANS LE .MONOMÉTAL- LISME ET DANS LE BIMÉTALLISME, LA BAISSE DES PRIX DEPUIS 1873.

Deuxième conséquence des vciricUlons de valeur de la monnaie : malaises économiques. — J’ai cherché à établir jusqu’ici qu’il est impossible d’avoir une mesui'e absolue de la valeur, et que la détermination des variations de valeur de l’étalon monétaire, reposant sur des bases nécessairement incomplètes, ne permet que des corrections d’une exactitude approximative. Il est également impossible, et pour les mêmes raisons, d’empêcher pratiquement ces variations, et d’obtenir un étalon de valeur fixe.

Cependant il serait d’un grand intérêt d’assurer cette fixité. Toute hausse, comme aussi toute baisse générale des prix, cause des perturliations profondes dans les relations économiques, surtout si elle se produit brusquement. Elle porte de graves préjudices aux uns ou aux autres, et cause parfois des soulTrances aiguës, comme on l’a vu au xvC siècle, lorsque la soudaine augmentation de la monnaie amena un renchérissement de toutes choses. Les relations des créanciers et des débiteurs, des propriétaires et des fermiers, de tous ceux qui sont engagés par des contrats à long terme, tlans lesquels les paiements sont stipulés en argeid, s’en trouvent afiéctées. La baisse générale des [u'ix, par exemple, aggrave la situation du débiteur ; et si ce débiteur a

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1 iO

donné une liy|joÜiéque sur sa propriété, il est exproprié quand le produit a\dli do sa lerro ne lui permet plus de faire face à ses engageinenls, tandis que le créanciej' sulût hii-inème une perte, si le fonds déprécié ne couvre plus sa créance. Les Etats, qui sont les gros débiteurs dans ce siècle, souffrent pareillement d’une élévation dans le i)ouvoir d’achat de -la monnaie; leur dette (dont une grande partie, le 3 notamment, reste longtemps à l’abri de toute conversion), devient |)lus loiu'de, alors que cei'taincs Ijrancbes de leurs revenus sont atteintes par la baisse des prix. D’autre part, la charge des impôts devient d’autant plus onéi'euse pour les conti’ibuables (pie la valeur de la monnaie augmente, et que leurs produits se vendent jilus difficilement.

Là ne sc bornent pas les maux causés par les nuctuations de valeur de la monnaie. La hausse ou la baisse, en effet, ne se produit Jamais d’une façon générale et régulière [)Our tous les prix. En cas <lo hausse des {»rix, il n’y a pas seulement, pour en souffrir, les créanciers, rentiers, bailleurs d’immeubles et [lensionnés ; il y a aussi tous ceux qui vivent de traitements ou d’ajiiiointements fixes, immobiles, ne suivant que de très loin la marclie ascendante des ])rix ; et, lâen ({ue les salaires des travailleurs manuels aient une mobilité beaucoup plus grande, ils l'estent aussi en arrière du inouvoment, si les intéressés ne savent pas, par une forte organisation corporative intelligemment conduite, prendre leur part des profits réalisés |)ar leurs employeurs. D’autre part, la baisse atteint directement les producteurs, agricidleurs, industriels, qui ne parviennent pas à i’(Mluire immédiatement certains éléments de leurs frais, tels qu’impôts, loyers, assurances, frais de transports, salaires, etc. La raréfaction monétaire est un obstacle au développement industriel, que stimule au contraire raflUixdu numéraire. La stagnation des affaires, ({uand elle est due à l’action lente et continue de la conti’action monétaire et de la baisse des jirix, produit l’inertie du co[)ital, la baisse de l’intérêt, et la réduction de tous les revenus.

Si donc on vient affirmer que la quantité des agents intermédiaires de la circulation est indifférente en elle-meme, et qu’elle n’a d’iidUience cpie sur les ebiffres absolus des prix, sans en exercer aucune sur leurs proportions, on énonce une proposition qui a peut-être une exactitude théorir|uo, en supposant des étals d’équilibre successifs; maison ne tient aucun compte des altérations de

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proporüon cpii se produisent dans les périodes de transition, quand 'équilibre est rompu. De fait, l'état d’équilibre u’est qu’un point de repère existant uniquement dans l’esprit de l’observateur, et choisi arbitrairement par lui comme un moment dans l’incessante instabilité des rapports de valeur. J’ajoute que, si la quantité de monnaie en circulation est indiffé rente, au moins à l’état statique, pour le monde ou pour un pays fermé, elle ne l’est pas pour un Etat en relations commerciales avec tous les autres; sa pinssance financière augmente, comme celle d’un individu, avec la quantité tle métal qu’il possède.

Si les variations de valeur de la mounaie causent de tels troubles et de telles soulfrances, i! est essentiel que l’Etat eberebe à donner la plus grande fixité possil)le à l’étalon monétaire. Mais est-il en son pouvoir d’empêcher que les variations des prix proviennent du fait de la monnaie? Dans certaines limites, assurément; mais là comme ailleurs, son action est restreinte. Nous rechercherons à ce sujet rinthience du régime monétaire étaldi par la loi. xNous nous demanderons si, à ce point de vue, le monométallisme est préférable au bimétallisme, et si, dans les conditions actuelles, le bimétallisme adopté par quelques grands Etats, en vertu d’un accord international, serait efficace pour soulager certains maux matériels de l’heure présente.

Comparaison du monomélallisme et du bimétallisme au oint de vue de la fixité de valeur de l’étalon. — Dans le bimétallisme complet, la frappe des deux monnaies étant libre, le stock en circulation peut augmenter par des afilux provenant de l’une ou l’autre source. L’une et l’autre concourent donc à maintenir la masse totale du numéraire au niveau des besoins, si ceux-ci augmentent; il y a double chance pour que l’équilibre soit conservé, et la baisse des prix prévenue ou ralentie. L’une et l’autre, il est vrai, contribuent aussi à élever cette masse au-dessus des besoins, si les échanges ne se développent pas aussi vit(! que les quantités monétaires; mais cette élévation, et la hausse des prix qui en résulte, est plus faible, plus lente et plus régulière que si elle se produisait pour une monnaie fournissant seule l’étalon des prix ; la monnaie nouvelle vient se perdre dans la masse totale des deux monnaies étalons, comme un aflluent dans un grand lleuve où les eaux de deux rivières coulent confondues. En pareil sujet, les images tirées du monde extéi'ieur ne manquent pas; W'oiowski a popularisé celle

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(lu peiulule compensateur formé (.le deux métaux; Michel Chevalier, celle du parachute; M. Samuel Smith a invoqué à son tour le cerf-volant pourvu d'une queue régulatrice, et M. Stanley devons a remporté la palme dans ce concours, en nous décrivant les variations du niveau d’eau dans deux réservoirs communiquants.

l’our apprécier rinlluence du bimélallisme sur les pu'ix, il ne faut pas se borner à considérer les pays soumis à ce régime. Les prix des produits de grande consommation, <à une époque comme la nôtre, où les facilités de transport nivellent paidout les conditions de la concurrence, ont une tendance générale à s’égaliser; ils sont, pour la pjluparl, internationaux. Si donc les Etats bimétallistes, disposant de réserves métalliques sufOsantes, parviennent à maintenir à peu près stable le rapport de valeur des deux métaux, il en résulte que, dans le monde entier, run et l’autre métal sont des étalons parallèles, pouvmnL servir en toute sécurité comme monnaie internationale. Idans ces conditions, la masse totale des agents de la circulation univei’selle augmente des deux côtés à la fois. En maintenant une certaine fixité dans la valeur réciproque des deux métaux, les Etats bimétallistes rendent un service général; ils assurent à toutes les nations une circulation monétaire large et facile, qui s’alimente à deux sources, et contribuent ù resti'eindre au minimum les lluctualions des prix internationaux qui pourraient être ducs à une cause monétaire.

Le monométallisme or, et le bimétallisme incomplet caractérisé ]>ar la suspension de la frappe d’argent, ne présentent pjas les mômes avantages au point de vue de la stabilité de valeur de l’étalon monétaire. iJans ces ilenx régimes, la monnaie d’argent n’est certes pas une quantité négligeable; beaucoup de pays en possèdent encore une quantité considérable, qui vient faciliter la circulation. .Mais cette monnaie ne joue un rôle que dans les limites de l’Elat qui l’a émise; elle n’est pas admise dans les échanges internationaux, et sa quantité n’augmente pas. Les prix dépendent donc d’une masse métallique qui ne peut se développer cpie d’un seul côté. Si le stock d’or ne s’accroît pas en rapport avec le chiffre des allaires négociées, et que les autres moyens de circulation ne s’étendent pas eux-mèmes assez vite, les prix s’abaissent, alors qu’ils auraieid été soutenus, si (le nouvelles quantités d’argent avaient }ju seconder l’or dans sou rôle monétaire.

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En revanche, les prix ne s’élèvent [>as par l’etTet d’une surproduction de l’argent ; à ce point de vue, pour le cas spécial où la production de l’argent dépasserait les besoins de la circulation, le régime de l’étalon d’or donne aux prix plus de fixité que celui du double étalon. Mais, en supposant un accroissement subit et considérable dans la production de l’or, le régime donnerait lieu à une hausse des prix, que le système du double étalon international aurait permis d’éviter en partie, en ollrant une surface métallique plus large, sur laquelle les aflbix d’or se seraient répandus sans modifier aussi sensiblement le niveau antérieur.

Si nous interrogeons maintenant les faits contemporains, pour vérifier les conséquences des systèmes monétaires sur les variations des prix, nous constatons que, pendant la durée du bimétallisme français, les prix des marchandises en gros ont sidji une baisse générale entre 1821 et 1850, momentanément interrompue en 1825, en 1835-1841, et en 1845-18 47 ; et une hausse de 20 7o environ dans la période de l’or, entre 1850 et 1873. Mais aucun mouvement des prix n’a été aussi prononcé, aussi persistant, aussi universel, que la baisse qui sévit et s’accentue tous les ans depuis 1873. Cette baisse, constatée par tous lesstatisticiens dans leurs Index Numbers, est continue depuis cette époque, sauf quelques relèvements passagers, et elle atteint en 1895, d’après les données de M. Sauerlîerck, la proportion formidable de -40 par rapport aux prix do 1867, et 46 "/o rapport à ceux de 1873. Ce qui, dans l’ensemble, valait 100 en 1867, et 111 en 1873, ne vaut plus que 60 aujourd’hui : soit une hausse, tlans le pouvoir de la monnaie, (le 66,66 7o rapport à 1867, et 85, 47 ®/o P^*’ rapport à 1873. 11 est vrai que les évaluations douanières accusent une baisse l)eaucoup plus limitée. .Mais les Index Ntmibers de .M. Sauerbeck ont cette supériorité sur tous ceux qui peuvent être calculés d’après les taux d’évaluation de la douane, qu’ils sont établis directement d’après les cours des marchandises '.

* Statistigues sur la baisse des p?'i.v, — M. Sauerbeck a opéré son calcul sur les prix, en Angleterre, de 45 marchandises usuelles depuis 1820, en prenant pour bas-e du pourcentage les pri.x moyens de la période 1867-1877. Je me borne à noter ici les Total Index Xujnbers qui marquent les points extrêmes en hausse et en baisse, au

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En même temps, Ja valeur de l’argent par rapport à l'or décroissait dans une proportion plus forte encore, puisque la perte de l’argent au-dessous du pair est à l’heure actuelle de 55 °/oE

* Etapes 'pvincijmles de la baisse de V argent depuis 187 S,

j DATES

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