‹ La mesure de la valeur et la monnaieChapitre 13 sur 29 · MARCHANDISES · texte numérisé non relu

MARCHANDISES

Bœuf

Mouton

Porc

Beurre frais. . . .

Peaux brutes., grdes Laines en masse éprées Soies grèges écrues Froment en grains.

Seigle, id..

Maïs, id .

Orge, id..

Avoine, id .

Riz en grs de l’Inde Sucre brut de l’étr.

Huile d’olive. . . .

Lin tcillé

Chanvre, id

Jute, id

Coton des Et. -Unis Huile de pét. brute.

Houille crue. . . .

Fer en barres . . .

Cui\'. pur de lu fus.

Plomb brut

Etain brut

Zinc de Ire fusion.

Vins ordin. en fût.

Bière

Fils de lin sim2:>les cc Fils de cot. simp. écr Fils de laine s. teints Toile de lin ou de chanvre unie, écrue 3'oile de cot.,éc etbl

Total Ijid ex N ?/;?? he?

Cacao

Café

i Tola l In dex ^umbet

DE LA MESURE DE LA VALEUR

il y a eu, non pas dépréciation de l’argent, mais, comme disent les Anglais (qui, même dans le camp des monométallistes, ont généralement adopté cette manière de voir) appréciation de l’or. L’or n’a pas augmenté en proportion des besoins croissants, depuis que l’argent a été déchu de cette fonction monétaire qu’il exerçait de temps immémorial concurremment avec l’or. Tous les peuples repoussent l’argent et cherchent l’or, de sorte que ce métal, malgré l’abondance de sa production — détournée, d’ailleurs, en grande partie, sur des emplois industriels, — est devenu insuffisant pour maintenir les prix à leur ancien nivmau. Le pouvoir d'achat de la monnaie a presque doublé depuis 1873, et la charge des dettes publiques et privées s’est alourdie dans cette proportion L

Malgré les apparences si favorables à l’opinion qui vient d’èlre exposée, je né crois pas la question aussi simple, aussi facile à résoudre d’un mot. Dans des phénomènes aussi compliqués que ceux du mouvement des prix, où tant de causes diverses viennent eidrecroiser leurs effets, il est prudent d’éviter les généralisations hâtives; ce qui est vrai de certaines marchandises ne l’est pas pour d’autres; ce qui se produit dans un j^ays ne se vérifie pas dans les autres.

Un point paraît cependant certain : tes prix notés dans les statistiques ont baissé dans de très fortes proportions depuis 1873, plus qu’à aucune autre époque en ce siècle. Mais si nous voidons apprécier, dans son ensemble le plus complet, le pouvoir d’acquisition de la monnaie, et si nous l’estreignons à notre pays l’étude des causes provenant de la monnaie elle-même qui peuvent influer sur sa valeur, nous ne conclurons pas d’une manière générale à une appréciation de l’or. Les Index Ninnhcrs sont basés exclusivement sur les prix du gros, pour des marchandises premières de grande consommation ; quant aux prix du détail, tpiant à ceux des articles fabriqués, quant aux loyers, aux salaires, gages et autres modes de rémunération des services personnels, qui tiennent une si grande place dans la vie économique, il en est fait abstraction.

Il est assez difficile de combler cette lacune, et de se faire une idée d’ensemble sur le niveau des prix, pour des marchandises

‘ Myr. Walsh, archevêque de Dublin, dans une brochure parue en 1893 {Dhnétcillisme ci monométallisme)^ a clialeureusement défendu Ja cause des tenanciers irlandais, engagés par des contrats à long* terme, qui leur imiîtosent des redevances en annuités fixes, ruineuses par suite de la baisse des produits agricoles.

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aussi variées. Si l’on considère d’abord les articles fabriqués, en se référant aux taux d’évaluation de la douane pour les marchandises exportées, on constate, de 1860 à 1803, une baisse de prix sur un très grand nombre de marchandises, et une hausse sur quelques-unes; d’une manière générale, les prix des articles de luxe ne sembleiU pas avoir lléchi sensiblement

D’autre part, les prix du commerce de détail ne suivent que de très loin ceux du gros, et si quelques denrées, comme le pain et le sucre, ont diminué d'une manière appréciable pour le consommateur, beaucoup d’autres prix sont restés stationnaires chez le débitant. Les loyers ont pu diminuer dans quelques localités, mais ils se sont élevés dans d’autres; et les salaires ont certainement augmenté depuis vingt ans. Quant aux choses qui constituent des capitaux, leurs prix dépendent du revenu qu’on en tire, et ne rellètent pas directement les variations intrinsèques du pouvoir de la monnaie; la terre a baissé de valeur à cause de la baisse de prix des produits agricoles, les titres de Bourse ont haussé à cause de la baisse de l’intérêt, causée elle-même par l’abondance des capitaux en quête d’emploi et par la stagnation des affaires, à laquelle la baisse des prix n’est certainement pas étrangère.

Il ressort de cet exposé que, malgré les difficultés d'appréciation inhérentes à la matière, nous ne pouvons pas conclure dans l’ensemble à une hausse sensible de la puissance de la monnaie en France. Nous ne sommes pas plus riches aiijoui’d’hui qu’à 30 ans en arrière avec un même chiffre (.le revenus, et si la monnaie a conquis un pouvoir plus étendu, nous ne nous en apercevons guère dans la vie courante ; une augmentation de 85 '’/o dans la puissance générale d’acquisition de la monnaie ne passerait cependant pas inaperçue.

Comment comprendrait-on qu’en France un pareil phénomène put se produire, alors que le stock métallique de notre pays ne cesse de s’accroître? Il doit être aujourd'hui de 7 à 8 milliards, plus riche que celui de n’importe quel pays; et les billets de Banque à découvert (environ 300 millions), les chèques, les compensations, viennent encore le seconder et le remplacer dans son rôle do moteur de la richesse. Qu’im])orte <pie la moitié de ce stock soit

* Il y eu baisse sur la parfumerie, la toile, les tissus de soie, de laine (sauf les ctofUîs mélangées pour ameublemenl), de coton (sauf les tulles), les gants et chaussures, la marocjuincrie, les ouvrages en fer et en cuivre, elc.; il y a eu hausse sur la bimbeloterie, la sellerie, la lingerie, les vêtemcnls confectionnés pour femmes, etc,

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immobilisée clans les caves de la Banc^ue de France, si les espèces sont représenlées dans la circulation par du papier CjLdelles servent à gager? Qu’importe cju’une grosse partie de cette masse (3 milliards 1/2 peut-être) soit composée de monnaie d’argent dont la valeur métallicjue est dépréciée, si cette monnaie, circulant au pair avec l’autre, remplit la même fonction? L’étalon d’or est sans nul doute le seul régulateur des prix, mais les prix sont aussi influencés indirectement par le stock de la monnaie d’argent, qui, collaborant à la circulation, vient peser de toute sa masse sur la valeur de la monnaie d’or. Fn Allemagne, en Angleterre, la monnaie métallicjue, pour être moins abondante, est cependant largement répandue, et chacun sait quel prodigieux développement la circulation fiduciaire et les paiements par -compensation ont pris en .Angleterre et aux Etats-Uids *.

Si notre pays, si les pays riches tels que l’Angleterre, l’Allemagne, les Etats-Lnis, la Hollande, la Belgique, la Suisse et quekjues autres, étaient seuls au monde, il me paraît certain cju’aucune cause parliculière à la monnaie ne viendrait déprimer les prix. Aussi les choses qui s’achètent et se vendent n’ont-elles pas baissé de prix dans ces divers pays, quand elles n’ont pas à subir une influence extérieure. La baisse se fait sentir sur Jes gros produits, sur les matières premières; il y a là un phénomène spécial, bien cjue très étendu. Gomment l’expliciuer? 11 semble bien difficile de lui assigner une cause unicjue, à l’exclusion de toute autre. La baisse est due en grande partie, cela ne paraît guère douteux, à la diminution du prix de revient, qui est résultée, dans ces dernières années, des perfectionnements techniques, de l’abaissement des frais de transport, de la réduction du taux de l’intérêt, du bas prix de la main d’œuvre clans des pays nouvellement ouverts au commerce international, etc.

Faut-il, à ces diverses causes, en ajouter une autre, la surproduction? 11 s’agit de s’entendre. \'eut-on parler de cet engorgement momentané qui résulte, clans les périodes de crises dues à

* En 1893, les compensations ont atteint les chiffres suivants, d'après le Bullelin de

statistique :

A Londres : 6.478 millions de livres — 163.375 millions de fr.

A New-York : 34.421 millions de dollars — 179.000 »>

A Paris ... 4.360 >♦

En 1894, à Paris : 5.527 »

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l’abus du crédit, de la difficulté do liquider les opérations engagées, et qui entraîne une baisse des prix passagère? Evidemment ce n’est pas le cas; une crise de surproduction ne dure pas 22 ans. Il y a eu, dans cette période, des alternatives de prospérité, de crise et de liquidation se succédant à intervalles périodiques, suivant des lois aujourd’hui l)ien observées, et se manifestant par des ondulations sur la surface mouvante des prix; mais ces ondulations sont semblables à celles de la mer descendante, elles sont emportées dans un courant irrésislilde à la baisse. Si maintenant on entend par surproduction un état de choses permanent, une ofi're de produits sur le marché universel beaucoup plus considérable que jadis, on constate un fait certain. Depuis 20 à 30 ans, des espaces immenses ont été mis en culture dans des contrées vierges; des pays jusque là inactifs au point de vue industriel sont entrés ilans la voie, de la production, et le développement .des moyens de trüns])ort, rabaissement du fret maritime, ont permis aux produits des pays neufs de pénétrer partout. Mais est-ce là une raison qui explic|ue la baisse universelle des prix? L’expérience et le raisonnement s’accordent pour nous dicter une réponse négative. l^es progrès dans les applications de la science à l’induslrie avaient été peut-èlre plus rapides encore,- les transformations dans les procédés tle fabrication et dans les îiioyens de communication plus profondes et plus brusques, dans la période j)récédente ambrassant vingt à trente années en arrière. 11 ressort des recherches de M. Sauerbeck que, de 1850 à 1873, l'essor de la production avait été jilus considérable encore que dans la période postérieure à 1873 (accroissement proportionnel par an, 2 3/i au lieu de 1,6 <*/o) ce qui n’a ))as em*pôché la haiisse des prix de se manifester à la suile d’un accroissement de monnaie.

Le raisonnement suffirait d’ailleurs |)Our démontrer qu’une baisse générale des prix ne j)ent être l’indice d’un excès de production. Lluand raccroisscmcnt de production porte sur quelques catégories de marchandises, notamment après des récoltes abondantes, la diminution de leur prix peut révéler une rupture de l’équilibre qui existait jusque là enli’e elles et toutes les autres, un abaissement réel de leur puissatice générale d’acquisilion. Mais quand cet accroissement, qualifié de surproduction, porte sur toutes les marchandises en gros à la fois, il n’y a pas — on le sait bien depuis ipie J.-D. Say a exposé la loi des débouchés — il n’y a pas (jeneral r/lut.

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siu'produclion absolue, encornbremenl universel. La surproduction n’esl jamais que relative, elle consiste dans une altération des proportions et des valeurs jusque là existantes entre les marchandises. Si donc, dans le cas d'un développement de la production portant sur toutes les mai'cbandises à la fois, un abaissement g'énéral des prix se manifeste, c’est que rancien équilibre est rompu, non pas entre les marchandises elles-mêmes, mais entre elles et la monnaie. Quand nous voulons expliquer par une augmentation générale de la production et des transactions la l)aisse universelle des prix, nous reconnaissons par là que les agents de la circulation ne se sont pas développés assez vite pour maintenir l’équilibre des anciens prix, et nous sommes ainsi ramenés à attribuer à la l)aisse une cause monétaire.

Il me parait difficile en elfet d’y échapper, et la conclusion semble d’autant plus plausible, que le point initial de la baisse des prix coïncide exactement avec celui où les nations ont commencé à proscrire l’argent, pour rechez’cher l’or exclusivement. Revenonsnous donc à la doctrine de l’appréciation de l’or? Oui, au moins partiellement. On ne saurait nier qu’il y a de par le monde, depuis 20 ans, une véritable chasse à l’or. Les grands pays industriels ne se lassent pas d’accumuler l’or dans les caisses de leurs Banques d’émission ou de leurs Trésors publics, soit qu’ils veuillent se ménager une réserve de guerre, soit qu’ils tiennent à garder une situation commereiale prépondérante. On semble revenir aux plus beaux jours du mercantilisme, aux époques oVi l’or était considéré comme la seule richesse. Cet or n’est sans doute pas retii’é de la circula tion, puisqu’il est représenté par des billets; mais la circulation du papier est-généraleyneut limitéé nnx ^ontières^ d’un Etat. Et quand les ciTconstazjces écoïïomiques sont de nature à provoquer une forte émigration du métal, les Banques et les Trésors publics qui le détiennent savent fort bien recourir, soit à des mesures défensives, telles que les primes exigées, dans les pays à double monnaie légale, pour le remboursement des billets en or plutôt qu’en argent, soit même à des prohibitions pures et simples. L’or des encaisses est donc, à ceidains égards, captif, et retiré de la circulation internalioîiale. D'auti’e part, une bonne portion de l’or annuellement extrait des mines est détournée vers des emplois industriels E 11 est donc fort possible que, malgré l’extension de la

^ D’après le D‘* Soetbeer (p. 43) dont les Matériaux sont une mine inépuisable de

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production annuelle de l'or, malgré le fléveloppement des compensations, l’or actuellement disponible ne soit plus, vis-à-vis des besoins de la circulation internationale, dans les mêmes proportions qu’il y a ?20 ou 30 ans.

Par eux-rnèmes, les pays qui détiennent un beau stock d’or, ou qui savent recourir à des moyens de circulation perfectionnés, ne donneraient certainement pas l’impulsion à la baisse, bien au contraire. Mais les autres, ceux qui, n’ayant que de l’argent ou du papier, recherchent avidemment cet or dont ils sont privés, ceux-là abaissent leurs prix au dessous de l’ancien niveau, quand ces prix doivent être payés en or. Chez les peuples mêmes qui, par tradition, restent attachés au métal blanc comme médium d’échatige, le cours universellement bas de l’argent par rapport à l’or s’impose comme ailleurs, d’autant mieux que ces peuples apprécient fort le métal jaune pour la thésaurisation et les parures. Il en résulte qu’un prix en argent resté immuable ou faiblement augmenté chez ces populations, correspond aujourd’hui à un prix en or très abaissé. Cette baisse des prix, venant du dehors, pèse même sur les pays riches dont le stock monétaire est abondant; ils en subissent le contrecoup, par l’elfet de la concurrence étrangère, dont les droits de douane ne parviennent pas à les garantir. Et voilà comment, dans nos vieilles contrées si abondamment pourvues de monnaie, où il ne saurait être question par consécpient d’appréciation de l’or, les prix des matières premières exotiques, ou des marchandises indigènes similaires soumises à la concurrence des premières, peuvent se tenir si bas. Hien que le fait puisse paraître paradoxal, dans un yjays qui dispose de 7 milliards en monnaie métallique, représentant le cinquième de la masse totale éparpillée dans l’univers, la baisse des prix des marchandises communes est due à une pénurie d’or, à une cause monétaire. .Mais l’effet dans notre pays n’est qu’indirect, car la pénurie est ailleurs; c’est une cause qui agit de l’extérieur, comme pourrait agir une diminution du prix de revient des marchandises étrangères. — Le monométallisme or, si général

renseignements, les emplois non monétaires de Tor (frai des monnaies et pertes accidentelles; emplois industriels, déduction faite des refontes de vieux oljjets; écoulement net vers l'Orient, qui ne i*end jamais sa proie) seraient, par rapport la production, dans les proportions suivantes; 1851-1860, 19,19 0/0; 1861-70, 46,29 0/0; 1871-80, 55,55 0/0; 1881-85, 77,51 0/0. Il ne faut sans doute pas attacher troj) d'importance à cette statistique, hasardeuse entre toutes; mais il est de fait que, depuis 25 ans, la frappe de l’or est très réduite.

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anjourtrhui, puisque le bimétallisme incomplet produit les mêmes elléls et n’en est qu’une forme xlétournée, est donc loin d’avoir donné au monde la fixité de l’étalon des valeurs.

Ce phénomène extérieur de l’appréciation de l’or vis-à-vis des marchandises se relie étroitement à celui de l’appréciation de l’or vis-à-vis de l’argent et du papier-monnaie. Les pays qui donnent l’impulsion à la baisse sont ceux dont la monnaie, en argent ou en papier, est dépréciée par rapport à l’or, sans être dépréciée dans la meme mesure par rapport aux marchandises, de telle sorte qu’il suffit, si leurs produits sont restés aux anciens prix mesurés en monnaie indigène, de donner, pour les payer, une somme d’or plus fail)le qu’autrefois, antérieurement à la dépréciation de leur monnaie. Cet or se convertit ensuite en monnaie du pays, et, quand celle-ci a conservé dans le pays sa même puissance d’acquisition, le pi’oducteur, payé en monnaie indigène, reçoit une rémunération égale à celle qu’il a toujours eue, bien que le prix payé en or par l’acbeteur étranger représente pour celui-ci un sacrifice moins considérable qu’autrefois. Mais cette situation si bizarre, résultant des différences qui existent entre les étalons monétaires en usage dans les différents pays, demande à être examinée de près en elle-même. Il est donc nécessaire d’ouvrir ici une parenthèse, pour étudier l’influence de cette différence d’étalon dans les relations économiques internationales, aujourd’hui troublées par la crise des changes.

INFLUENCE DE LA DIFFÉRENCE d’ÉTALON MONÉTAIRE SUR LE CHANGE

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