‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 18 sur 172 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA MÉTHODE (mÉTHODOLOGIE)

Considérée au point de vue le plus général, la métaphysique, avons-nous vu, se propose de fournir une explication complète et parfaite de ce qui est donné dans l'expérience, de reconstituer dans la pensée la réalité dont les phénomènes sont la manifestation.

La première chose à faire c'est donc de déterminer aussi exactement que possible ce qui est donné. Qu'est-ce qui est véritablement donné? Le sens commun répond : ce sont des objets doués de caractères multiples et changeants (Dinge mit mehreren und verânderlichen Merkmalen). Mais cette affirmation du sens commun n'est pas sans donner prise aux objections du scepticisme. Le scepticisme des anciens s'appuie exclusivement sur les contradictions des sens entre eux et des sens avec la raison; et il conduit simplement à nier que les choses en elles-mêmes soient véritablement telles qu'elles nous apparaissent, ce qui est indubitable et se trouve en réalité présupposé par le but même que se propose la métaphysique. Le scepticisme plus savant des modernes (hôhere Scepsis) a son principe dans les subtiles analyses faites

par Hume de l'idée de causalité '. II conduit à distinguer dans la connaissance une matière, c'est-à-dire la sensation brute, et une forme consistant dans les divers rapports de coexistence, de succession, etc., suivant lesquels les phénomènes nous apparaissent. Or si Ton ne peut nier que la matière de la connaissance nous soit réellement donnée, il n'en est pas de même en ce qui concerne la forme. Hume a établi d'une manière définitive que le lien causal n'est immédiatement saisi ni par les sens ni par la conscience. Aussi bien, d'après Herbart, ne saurait-il être perçu, puisque la causalité, au sens où on l'entend ordinairement, c'esl-à-dire en tant que conçue comme l'action d'un agent sur un patient, et comme le passage dans le second de quelque chose qui était primitivement dans le premier, n'existe pas et ne peut pas exister. La substance n'est point non plus un objet de l'intuition sensible, non plus que de la conscience; et il en est de même de l'espace vide qui sépare deux points lumineux par exemple, ou de l'intervalle entre deux sons successifs. Et cependant les déterminations spatiales et temporales sont réellement données, d'une manière quelconque, et quelle que soit leur signification véritable, puisque nous ne sommes pas maîtres de les changer à notre gré, de nous représenter comme rond, par exemple, ce qui nous apparaît comme carré '. Les penseurs de l'école de Kant prétendent que ces formes sont des apports du sujet dans la connaissance et sont imposées par lui à la matière donnée dans l'intuition. Pour Herbart au contraire, il n'existe point de formes a pfiori {Equ'ulcm nego omnes formas insitas) ' ; et il se fait fort d'éta-'

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