AlleijnneinK Mt'tajihysik, ,S lO'J
3. Theori.T de allractione elemenlorum principia nxctaphysica, S 14.
blir que ces formes sont des produits nécessaires du mécanisme psychique*, et qu'elles traduisent à leur manière les rapports réels des êtres simples entre eux et avec la monade qui constitue l'âme. Mais, quoi qu'il en soit, ce qui est donné c'est, conformément à la croyance commune, des objets doués de propriétés multiples et changeantes. C'est là qu'il faudra chercher, indépendamment de toute hypothèse arbitraire, le point de départ de la métaphysique.
Beaucoup, dans cette tentative, se confient uniquement au hasard, ou, ce qui revient au même, à leur génie : ils essaient de deviner la réalité, sans faire attention que si le génie suffisait pour mener à bien une telle tentative, le monde supra-sensible aurait été depuis longtemps découvert et exploré. Il faut laisser ce procédé aussi commode que dangereux aux philosophes poétisants (den dichtenden Philosophen), aux enthousiastes et aux songecreux. Il faut raisonner avec rigueur, non se livrer aux caprices de l'imagination (denken, nicht phantasiren), Ne croirait-on pas entendre Aristote railler dédaigneusement les vains parleurs, et les faiseurs de métaphores poétiques? tout' èVri xevoXoysïv xai [ASTaipopàç icoiTiTixà^ Tcoteîv. Le véritable philosophe doit se méfier de son imagination et ne point compter sur son génie. II ne doit rien abandonner au hasard : il lui faut une méthode, une méthode qui lui permette d'arriver à son but lentement peut-être mais sûrement.
Le problème est de passer de ce qui est donné à la réalité manifestée par les phénomènes. C'est là un cas particulier du passage du principe à la conséquence, car si, au point de vue de l'existence, le réel peut être consi-
1. Voir : Psychologie de Herbart; el aussi, pour ce qui concerne la critique des formes a priori, II' partie, Herbart et Kant.
déré comme le principe dont le phénomène est la conséquence, dans Tordre de la connaissance au contraire, c'est le réel qui est la conséquence et c'est le donné qui constitue le principe.
Or la question du passage du principe à la conséquence sous sa forme générale n'est pas sans présenter de sérieuses difficultés * : le rapport de principe à conséquence constitue, semble-t-il, une véritable contradiction : en effet la conséquence doit d'une part être renfermée dans le principe pour pouvoir en être tirée, et d'autre part présenter quelque chose de nouveau, pour ne pas en être une simple répétition. Mais si elle est déjà contenue dans le principe, elle ne constitue donc point quelque chose de nouveau et par conséquent devient inutile; si au contraire elle doit servir à l'avancement de la pensée, si elle ajoute au principe quelque chose de nouveau, elle n'y était donc point contenue et dès lors devient illégitime . Comment cette difficulté se trouve-t-elle résolue en fait? Considérons d'abord le raisonnement sous sa forme la plus simple et la plus pauvre, le syllogisme. Si l'on voit dans la majeure seule le principe dont la conclusion est la conséquence, la contradiction exposée plus haut apparaît manifestement. Aussi que faut-il faire? Remarquer que la majeure ne constitue pas à elle seule tout le principe. Celui-ci est constitué en réalité par l'ensemble des deux prémisses. La conséquence est donc bien renfermée dans le principe, et c'est pourquoi elle peut en être légitimement tirée; mais elle en diffère cependant, à savoir par l'arrangement des éléments, et c'est ce par quoi elle constitue quelque chose de nouveau : les deux extrêmes, liés au moyen terme dans les pré-
1. AUf/. Met., S 113 ol suiv., ol ïlauplpunclc dcr Melap/ti/sik : Vorfragc.
misses, sont liés entre eux dans la conclusion. Il faut donc dans les cas de ce genre que la conséquence contienne au moins deux éléments et le principe au moins trois. La conséquence diffère du principe non pas par sa matière, mais seulement par sa forme.
Dans le syllogisme et dans tous les cas de ce genre, il faut donc que le raisonnement trouve devant lui une matière toute préparée (ein vorliegender Vorrath) ; et un tel procédé ne saurait concourir dans une large mesure au progrès de la pensée. C'est ce que Descartes objectait déjà au raisonnement syllogistique. Les mathématiques nous fournissent des cas plus intéressants. Gomme Descaries encore Herbart reconnaît la supériorité de la méthode mathématique sur la méthode logique au point de vue de l'invention '. Considérons par exemple le célèbre théorème d'Archimède : le principe est ici le triangle rectangle; la conséquence c'est l'équivalence du carré construit sur l'hypothénuse et de la somme des carrés construits sur les deux côtés de l'angle droit. Comment s'effectue le passage? Par l'abaissement d'une perpendiculaire du sommet de l'angle droit sur l'hypothénuse, ce qui détermine la formation de deux triangles semblables entre eux et semblables en môme temps au triangle primitivement donné, etc. Par ce fait d'abaisser une telle perpendiculaire, on complète (man ergânzet) le principe, qui par lui-même serait incapable de fournir la conséquence, et l'on retombe alors dans le cas précédent. La même chose est plus apparente encore dans la résolution de l'équation générale du second degré : x^^ -\- pa: -{- q = 0. Que fait-on? On com-
1. Comme Kant aussi il proclame, contre WolEf, l'irréductibilité de la mathématique à la logique, attendu que les rapports mathématiques •ne sont pas toujours comme les rapports logiques des rapports d'inhérence {Allg. Met., $ 119-180).
plète le carré dont x"- -f- px constitue les deux premiers termes et Ton remplace l'équation donnée par l'équation
équivalente 1 «2' -j-^ r — j + </ = 0. De même encore,
dans la résolution de l'équation du troisième degré x"^ -\- bx — c = 0, on remplace x par la différence (y — z). Ici encore on a complété le principe qui par lui-même était insuffisant pour permettre de passer à la conséquence. Comment s'opère cependant cet achèvement du principe? Il semble d'abord qu'il doive être attribué à un heureux hasard : des millions d'hommes auraient pu passer leur vie tout entière devant l'équation 3^ -\- bx — c = 0 sans avoir l'idée de remplacer x par la différence (?/ — z). Mais il faudrait bien se garder d'attribuer au hasard une puissance qui ne lui appartient pas : la marche de la pensée est en réalité déterminée par le but à atteindre et c'est l'idée même de ce but qui suggère au chercheur la substitution nécessaire. En métaphysique, il s'agit d'opérer une substitution analogue, de compléter ce principe qui est le donné pour arriver à celte conséquence qui est le réel; et voilà pourquoi la métaphysique a pour objet, comme il a été dit, l'achèvement des concepts (die Ergtinzung der Begriffe). Cependant les conditions ne sont plus absolument les mômes : la recherche métaphysique diffère de la recherche mathématique, car autrement la métaphysique aurait, comme la matiiémalique, découvert depuis longtemps sa véritable voie. C'est qu'en mnliiématique, comme en logique, la conséquence ne diffère pas du principe par la matière, mais seulement par la forme :
la solution x ■=■ — §=fc y Ç- — 7 ne diffère en défmitive
de l'équation proposée x^ -\- px -\- q = Ci que par
rarrangement des éléments; la substitution arbitraire dej.z'-f-fl — j -\-q^=Okx^-\-px-\-q = 0 n'introduit en tout cas aucune cause d'erreur, et le succès final suffit pour établir péremptoirement la supériorité de la substitution choisie sur toute autre également légitime en elle-même. Mais en métaphysique où il s'agit de passer de l'apparence au réel, la conséquence devra différer du principe non seulement par la forme et par l'arrangement des éléments, mais encore par sa matière même et par la nature des éléments; elle devra être quelque chose d'absolument nouveau. Il semble donc que le hasard seul puisse mettre sur la voie de la solution cherchée et suggérer la transformation qu'il s'agit de faire subir au principe. C'est bien ainsi en effet qu'ont procédé jusqu'ici les métaphy-iciens; mais leurs tentatives ont échoué misérablement. F]t en effet une substitution arbitraire dans le cas qui nous occupe peut non seulement ne pas conduire à la solution cherchée, mais encore aboutira l'erreur; une telle substitution ne comporte pas par elle-même, comme en mathématique, sa légitimité, et la solution qui n'est pas déterminée d'avance ne suffit pas pour en montrer la convenance. Il ne faut donc pas s'abandonner au hasard : la pensée métaphysique a besoin à la fois d'un stimulant qui l'oblige à avancer et d'un guide qui lui indique la voie à suivre. Dira-t-on que c'est la raison qui sera ce stimulant et ce guide? que c'est la raison qui d'elle-même se déterminera à la recherche, mettra la pensée en mouvement et lui montrera la route? Ainsi raisonnent ceux qui sont habitués par la théorie des facultés à voir dans la raison une sorte de divinité toute-puissante. Mais il n'y a point de facultés, point de raison, au sens où on
l'entend d'ordinaire. Herbart repousse de toutes ses forces et à maintes reprises cette funeste conception de puissances distinctes de l'àme qui a fait, dit-il, de la psychologie une véritable mythologie, et à laquelle il attribue en particulier la plupart des erreurs de Kant *. Tout étant soumis aux lois de la mécanique psychique, il faut que le progrès de la pensée se trouve déterminé nécessairement par la pensée elle-même; il faut que le principe soit un concept qui tende de lui-même à se transformer, qui soit en quelque sorte le sujet d'une évolution spontanée (ein werdender Begriff). Or qu'est-ce qui peut contraindre ainsi la pensée à marcher en avant? C'est une erreur manifeste, une erreur dont le rejet s'impose. Quel est le principe qui implique par lui-même la nécessité d'en tirer la conséquence, qui soit incapable de subsister tel qu'il est, mais tende de lui-même à sa transformation? C'est un concept contradictoire. Voilà comment la métaphysique, science de bien comprendre l'expérience (ars experimentiam recte intelligendi), sera la science qui a pour objet de résoudre les contradictions impliquées dans le donné (puras a contradictionibus habere notiones in experientia obvias).
Mais, dira-t-on, comment un concept contradictoire peut-il servir de principe? La contradiction ne saurait engendrer que des contradictions nouvelles, d'où naîtraient d'autres contradictions et ainsi de suite à l'infini. Mais on n'entend point ici prendre des contradictions pour prémisses d'un syllogisme, ce qui serait en effet absurde et ne saurait conduire qu'à l'absurde : le rapport de principe à conséquence dont il est ici question, n'est point celui des prémisses à la conclusion. Le principe même
1. Voir : Psjcli. de llcrbarl, cl II" jxirlio, llcrharl et Kant.
dont il s'agit n'est point à proprement parler une proposition, mais un concept contradictoire. Encore ne veuton point parler de ces concepts contradictoires formés arbitrairement, comme le serait par exemple celui d'un cercle carré, non plus que des contradictions apparentes que le travail logique fait évanouir. Les concepts dont il s'agit, on ne saurait les rejeter purement et simplement parce qu'ils résultent nécessairement du donné, et se rapportent à ce qui est ou poraît être (notiones in experienlia obvias, eas quidem quae referuntur ad res quœ vel sunt vel esse videntur)etque le donné s'impose; et, d'autre part, leur caractère contradictoire apparaît d'autant plus manifestement que l'analyse logique les a rendus plus clairs et plus distincts. Certains les acceptent sans avoir l'air de remarquer leur absurdité, par paresse d'esprit; d'autres en se plaçant résolument au-dessus du principe de contradiction. Herbart n'a point l'insouciance paresseuse des premiers, ni l'audace métaphysique des autres : il répugne aux coups de force (die Machtsprûche). Il ne veut rompre ni avec la logique ni avec l'expérience et cherche plutôt à concilier l'une avec l'autre. Ces concepts contradictoires, il faut nécessairement les admettre parce qu'ils sont impliqués dans ce qui est donné; mais il faut non moins nécessairement leur faire subir un travail d'élaboration d'où ils sortent rectifiés et purs de toute contradiction. Le concept contradictoire primitif constitue le principe, et le concept rectifié sera la conséquence. Ce concept rectifié est un X dont il s'agit de déterminer le rapport au principe. Pour arriver à la détermination de ce rapport, Herbart propose une méthode générale qu'il appelle pour cette raison méthode des rapports (méthode der Beziehungen), qui résulte suivant lui de la position même du problème, et à laquelle il attribue une impor-
tance capitale, puisque l'œuvre essentielle de la métaphysique est précisément de débarrasser, grâce à cette méthode, les concepts résultant de l'expérience des contradictions qu'ils impliquent.
Considérons donc un concept nettement contradictoire que nous supposerons résulter nécessairement des données de l'expérience et que nous appellerons A. Dire que A implique contradiction, c'est dire qu'il y a réunis en A, deux termes M et N qui répugnent à cette identification. D'une part M et N ne sont donnés qu'en union intime l'un avec l'autre, et d'autre part ils ne peuvent être pensés que séparément. En d'autres mots, en tant que A est donné, M doit être identique à N, et en tant que A doit être pensé, M doit être non identique à N. La contradiction se trouve ainsi reportée en M, qui doit être à la fois identique et non identique à N. Cette contradiction ne peut être résolue qu'en supposant la présence en M de deux éléments, de deux nouveaux M, l'un identique et l'autre non identique à N. Le premier de ces deux nouveaux M est donc non identique à l'autre, et cependant, en tant qu'ils constituent un seul et même M, il doit lui être identique. C'est donc sur lui que se trouve reportée la contradiction et Ton est ainsi amené à un nouveau dédoublement qui conduirait lui-même à un autre et ainsi de suite. Chacun des M multiples résultant de ces dédoublements successifs présente donc une contradiction dés que l'on considère son identité avec N. Cependant la contradiction doit finalement disparaître : il le Aiut nécessairement. Elle s'évanouira si l'on admet que pendant que chacun des M pris isolément est non identique à N, l'ensemble des ]\I au contraire lui est identique, ce qui suppose en général une modification mutuelle des dilTéronts M les uns par les outres. Cette conclusion est non seule-.
ment admissible, mais absolument nécessaire, car la contradiction est par hypothèse de celles qui doivent être résolues, et nulle autre manière de la résoudre n'est possible *.
Il faut remarquer que la méthode générale ne saurait déterminer d'avance celui des deux termes sur lequel doit porter le dédoublement, non plus que le nombre même des dédoublements successifs, c'est-à-dire le nombre des M multiples dont l'ensemble doit être identique àN : dans chaque C3S particulier, cette double détermination ou tout au moins la première sera fournie par les termes mêmes du problème. Tout ce que l'on peut dire en général c'est que le nombre des M qui le plus souvent demeurera indéterminé devra être au moins égal à deux.
Veut-on d'ailleurs un exemple particulièrement simple et facile de l'application de la méthode? Nous le trouverons dans le syllogisme lui-même. Le syllogisme, comme il a été dit plus haut, n'est qu'un cas particulier du passage du principe à la conséquence. Or, avons-nous vu, la liaison d'une conséquence à son principe implique en général une contradiction : d'une part la conséquence doit élre identique au principe, cor autrement elle ne serait pas légitime, et d'autre part elle doit lui être non-identique, car autrement elle ne s'en distinguerait pas et ne constituerait plus qu'une vaine tautologie. Si donc nous appelons M le principe, N la conséquence, nous voyons que M doit être identique et non-identique à N. Appliquons la méthode générale et dédoublons M : ce dédoublement unique suffira dans le cas particulier qui nous occupe. Ce qui est identique à N, c'est, d'après la méthode, l'ensemble des deux M résultant du dédouble-
1. Ilaupt. der Met. Vorfrage. Cf. Met., $ 18o et suiv., et Théorise de att. elem. princ. met.
ment de M. En d'autres termes, le véritable principe n'est ni la majeure seule, ni la mineure seule, mais l'ensemble des deux prémisses \ D'une manière plus générale, toute conséquence suppose toujours une multiplicité de principes, ce qui est justement la conclusion à laquelle nous sommes arrivés plus haut par une autre voie.
Cet exemple suffira pour faire comprendre la véritable signification de la méthode des rapports dont l'ontologie fournira les plus importantes applications. Mais il ne faudrait pas croire que ce soit dans des considérations d'ordre logique que Herbart a puisé la première idée de cette méthode. Elle est en réalité d'origine psychologique.. C'est en considérant les contradictions impliquées dans le Moi que Herbart a été conduit à voir dans la métaphysique la science qui a pour objet de résoudre les contradictions des concepts dérivant de l'expérience; c'est en résolvant les contradictions impliquées dans le concept du Moi qu'il a été amené à concevoir une méthode générale de résolution. Lui-même d'ailleurs nous le dit expressément : « Du moment même que nous avons pu faire quelques pas dans la résolution des contradictions que présente le Moi, il vaut la peine de nous confier à l'analogie et de rechercher si la résolution des autres problèmes ne pourrait suivre la même voie ». L'analogie conduirait ainsi à une méthode générale '.
Ce Moi dont l'examen approfondi devait avoir pour