‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 29 sur 172 · AUgemeine Metaphysik, g · texte numérisé non relu

AUgemeine Metaphysik, g

l'existence de la chose en soi. Elle n'a rien de bien concluant, ni même de bien original. C'est l'antique sophisme si souvent reproduit: l'apparence suppose quelque chose qui apparaît — dans lequel on définit mentalement l'apparence, la manifestation de quelque chose qui apparaît. Mais pourquoi l'apparence, ou, pour lui restituer son vrai nom, le phénomène, ne serait-il pas la seule réalité? Or, si le phénomène peut être considéré comme une réalité, en tant qu'il est impossible de le mettre en doute, il n'est point un être, au sens oîi l'entend Herbart, car on ne saurait lui appliquer le concept de l'absolue position. Le phénomène, comme l'éclair, ne paraît que pour disparaître aussitôt : il n'est posé que momentanément et en relation avec les phénomènes qui le précèdent comme avec ceux qui le suivent. D'ailleurs en supposant même que tout phénomène soit, comme le dit Herbart, une invite à passer à l'être, pourquoi l'être posé à l'invitation de chacun ne serait-il pas le Moi? Herbart lui-même n'a-t-il pas reconnu que les sensations qui constituent la matière du phénomène ne sont que des états de conscience (Zustânde), et que la forme même du phénomène se ramène aussi en dernière analyse à la sensation?

H faut toutefois reconnaître qu'il se réserve de combattre et de réfuter l'idéalisme de Fichte, que pour lui le concept même du Moi implique de multiples contradictions et doit être soumis à une critique sévère, que le Moi ne saurait être absolument posé, mais conduit seulement comme toute apparence à la position de quelque chose qui demeure d'abord indéterminé. Peut-être même faut-il avouer qu'il a raison au fond contre son adversaire; mais à coup sûr son argumentation n'a pas la valeur incontestable qu'il lui attribue; et il faut ajouter

qu'une démonstration de la possibilité d'une application légitime du concept de 1 être est loin d'être aussi facile qu'il le suppose, lorsqu'il prétend que rien dans toute la métaphysique ne présente moins de difficulté (in der ganzen Metaphysik ist dies das Allerleichteste).

Quoi qu'il en soit, il demeure acquis, d'après Herbart, que l'expérience, base de la Métaphysique, nous conduit nécessairement à poser quelque chose comme existant en soi. Ainsi satisfaction se trouve donnée au sens commun qui affirme l'existence réelle des objets, malgré les négations du Scepticisme. Mais le Scepticisme n'a pas complètement tort cependant, et le sens commun n'a pas complètement raison. On ne saurait s'en tenir légitimement au point de vue du vulgaire qui applique immédiatement le concept de l'être aux objets donnés dans l'expérience avec leurs qualités multiples de chaleur, de lumière, de saveur, etc. : ces objets se distinguent sans doute des illusions des songes et des pures conceptions de l'imagination; ils sont une apparence vraie, mais ils ne sont cependant qu'une apparence; ils ne sauraient être absolument posés et ne constituent qu'une invite répétée à poser l'être. Tout ce qui dans le donné est qualité, aussi bien que les relations, d'ailleurs contradictoires, de temps et d'espace, dans lesquelles ces qualités nous apparaissent, tout cela doit être livré en proie au doute; ce qui doit être absolument posé c'est quelque chose d'autre que tout cela, quelque chose d'inconnu (die Qualilât wird dem Zvveifel preisgegeben ; das Gesetzte soU etwas Anderes, Unbekanntes sein) '.

Est-ce à dire cependant que l'être doive demeurer absolument indéterminé? Nullement. On ne saurait s'en

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tenir à cette affirmation : Têtre est (das Sein ist) qui fait de l'être un attribut alors qu'il ne saurait être posé que comme sujet. Elle se détruit elle-même et conduit par conséquent à cette négation : l'être n'est pas — entendez : n'est pas lui-même (nâmlich niclit selbst), mais est quelque chose (Etwas) *. Ainsi il faut que l'être posé soit quelque chose, c'est-à-dire que ce qui est (das Wesen) comprend à la fois l'être (das Sein) et la qualité (das Was). Seulement la qualité demeure inconnue, car nous disons bien que l'être est, mais nous reconnaissons ne pas savoir ce qu'il est (denn wir sagen zwar dass es ist, aber wir bekennen nicht zu wisscn was es ist) *. Inconnue, elle le sera toujours en elle-même; mais cependant nous pouvons serrer de plus près son concept et déterminer ce qu'elle doit être pour demeurer compatible avec l'idée de l'être conçu comme l'absolue position. C'est par cette tentative de détermination que Herbart, jusqu'ici fidèle à l'esprit de la Critique, va dépasser le point de vue de Kant pour lequel la chose en soi est absolument inconnaissable.

En premier lieu la qualité ou l'essence de l'être ne doit pas renfermer de relation, car toute relation est contraire au principe de l'absolue position; et elle ne doit pas non plus renfermer de négation, car toute négation implique une relation, puisque l'on ne peut poser non-A qu'en relation avec A. La qualité de l'être doit donc être absolument positive ou affirmative, sans aucun mélange de négation (die Qualitiit des Seienden ist giinzlich positiv oder affirmativ oline Einmischung von Negationcn) •'.

En second lieu la qualité doit être simple (die

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