dil., 1821; 3" éilit., 1834; 4« (idit
portance prépondérante de la métaphysique dans le domaine de la spéculation.
Cependant en dehors des Haiiptpuncte der Metaphysik qui ne sont qu'un résumé extrêmement concis de ses idées essentielles, Herbart n'avait encore consacré à la métaphysique qu'un seul traité en latin, Theorm de attractione elementorum principia metaphysica, publié en 1812, et un article des Archives de Kônigsberg, Aphorismes philosophiques \ C'est seulement dans le cours des années 1828 et 1829 que parut sa Métaphysique générale *, divisée en deux parties : l'une, historique et critique; l'autre, dogmatique. Cette publication avait surtout pour but d'établir les principes généraux du système et de dissiper, par une exposition plus complète et plus développée de la doctrine, les malentendus qu'avaient fait naître les indications trop brèves contenues dans les précédents ouvrages et particulièrement dans le plus remarqué d'entre eux, V Introduction à la Philosophie. Ces confusions et ces malentendus étaient inévitables, si l'on songe à la manière toute spontanée et personnelle dont s'était formée la philosophie de Herbart et à l'abîme qui la séparait des doctrines alors régnantes. Les enthousiastes de l'intuition intellectuelle et de l'identité absolue ne pouvaient comprendre la méthode prudente, sage et mesurée d'un penseur qui sépare et distingue là où ils cherchaient à réunir et à confondre. On le vit bien en particulier par les critiques que la Gazette littéraire d'Iéna {Die allegemein lenaisrhe Litteraturzeitung) fit de V Introduction à la philosophie et de la Pédagogique. Dans le second de ces deux articles, l'au-
1. Philosophische Aphorismen veranlasst durch eine neue ErkJûrung der Anziehung tinter den Elementen (1812).
2. Die Allgemeine Metaphysik nebst den Anfângen der philosophischen Naturlehre,
teur, non content de blâmer au point de vue spéculatif, s'érigeait en censeur au point de vue moral. Bien que Herbart eût été souvent amené dans ses divers écrits antérieurs à discuter les opinions de ses adversaires, il n'avait aucun goût pour la polémique personnelle; et ses critiques n'avaient d'autre but que de prémunir ses lecteurs contre des erreurs qu'il jugeait funestes. « J'aime mieux, disait-il, consacrer des années à des recherches personnelles, que perdre quelques jours à des travaux qui pourraient m'impliquer malgré moi dans quelque polémique *. » Une seule fois il avait pris directement à partie Schelling dans un mémoire lu devant la Société allemande le 5 mars 1813, sous ce titre significatif : Ueber die Unangreifarkheit der Schellingischen Lehre. Mais les insinuations malveillantes de la Gazette littéraire dléna le blessèrent profondément, beaucoup moins encore comme philosophe que comme organisateur et administrateur du séminaire pédagogique. Ce fut l'occasion du petit écrit qui a pour titre : Ueber meinen Streit mit der Modephilosophie meiner Zeit (1814), virulente satire de la philosophie régnante, de cette philosophie a creuse, inconsistante, effrontée et bavarde, à l'éclat mensonger et dangereux — de ces philosophes qui se permettent de penser le Tout dans chaque individu, de faire coïncider le centre avec chaque point de la périphérie, de parler tout d'un souffle de l'Éternel et de l'Infini, qui croiraient mourir s'ils ne pensaient en même temps l'infini comme fini et réciproquement », de ces philosophes enfin qui mêlent impudemment Platon à Spinoza et Spinoza à Fichte.
Après la publication de la Métaphysique générale, les
1. Veber meinen Streil mit der Modephilosophie meiner Zeit (Ilerbarl's kleincro Schriflcn, t. 1).
malentendus n'étaient plus possibles pour les critiques perspicaces et de bonne foi : l'œuvre de Herbart était achevée. Les ouvrages ultérieurs ne présentent plus ni la même importance ni la même valeur. C'est ainsi que sa Brève Encyclopédie de la philosophie au point de vue pratique * (1831), le dernier des écrils qu'il publia avant son départ de Konigsberg, malgré certains mérites, est loin d'offrir les qualités d'ordre et de méthode que l'on était en droit d'attendre de l'auteur, et qui étaient surtout indispensables dans une œuvre de ce genre.
La longue période de son enseignement à Konigsberg touchait d'ailleurs à sa fin. Après avoir espéré vainement la succession de Hegel à Berlin, il accepta à Goltingue la chaire de philosophie que la mort de Schuize venait de laisser vacante. Son départ fut un deuil pour la ville de Konigsberg, où il était universellement admiré pour l'étendue et la variété de ses connaissances, pour la profondeur, l'originalité, la précision de son enseignement que l'on n'hésitait pas à comparer à celui de Kant. Le 4 mai, jour anniversaire de la naissance de Herbart, fournit à ces sentiments d'estime et de sympathie l'occasion de se manifester publiquement. Tous les professeurs de l'université vinrent présenter personnellement à leur collègue leurs compliments et leurs vœux, et les étudiants terminèrent la journée par une sérénade et une retraite aux flambeaux. Ces manifestations se renouvelèrent le 5 et le 7 septembre, quelques jours avant le départ de Herbart.
Au commencement de l'hiver de 1833, Herbart reparut donc dans cette université de Gôttingue qu'il avait quittée vingt-quatre ans auparavant. Il y retrouva son souvenir
1. Kurze Encyklopàdie der Philosophie aus praklischen Gesichlspunclen entworfen (1831).
toujours vivant; mais l'éclat de son enseignement dépassa encore toutes les espérances que Ton avait pu concevoir. Les auditeurs se pressèrent nombreux et respectueux autour de sa chaire, et ce même empressement se renouvela chaque année jusqu'à la fin.
Herbart avait atteint déjà Tàge de cinquante-sept ans, mais son activité était toujours grande. Outre plusieurs discours composés à diverses occasions, il écrivit encore son Esquisse dun cours de pédagogie * et son Examen analytique du Droit naturel et de la Morale^ — puis ses Lettres sur la doctrine de la liberté de la volonté humaine ^ en réponse à un livre de Romang où il crut trouver une confusion de sa Morale avec celles de Spinoza et de Schleiermacher. La vérité oblige à reconnaître, dit M. Hartenstein, que dans ces deux ouvrages surtout il se montra fort inférieur à lui-même, et cela malheureusement au moment même où l'attention du monde philosophique commençait à se porter sur lui. Mais il se retrouva lui-même dans une série de recherches psychologiques qui parurent pendant les années 1839 et 1840, et dont sa mort vint interrompre la publication. C'est le 14 août 1841 qu'il mourut, à l'âge de soixante-cinq ans, d'une attaque d'apoplexie : trois jours auparavant, il prononçait sa dernière leçon. Son enterrement eut lieu avec une pompe inaccoutumée ; et le sentiment général, déclare M. Hartenstein, était que l'université de Gottingue venait de faire une perte irréparable.
En résumé on peut, semble-t-il, distinguer dans la vie de Ilerbart quatre périodes. Pendant la première (1776- 97), qui comprend les années de son enfance et de sa vie