Lehrbuch zur Einleitung in die Philosophie, S
à la scolastique, est en réalité très générale et très compréhensive. Elle s'appliquerait admirablement à la dialectique de Platon, et Herbart reconnaît en effet expressément que « le développement logique des concepts constitue le principal mérite de la philosophie platonicienne et la plus grande utilité de l'étude qu'on en peut faire * » ; à la métaphysique d'Arislote qui n'est que l'élaboration des concepts d'être, de substance, de cause, etc. ; à la philosophie de Descartes qui n'est que l'analyse des concepts fournis par l'expérience, leur réduction aux idées claires et distinctes et l'application de la déduction à ces idées. Et cependant cette définition, malgré sa généralité, offre l'avantage de jeter déjà quelque lumière sur le caractère rigoureusement logique de la philosophie de Herbart, dans son opposition avec le mysticisme de Schelling et avec le sentimentalisme de Jacobi. Herbart n'est pas de ceux qui veulent que l'àme tout entière (<tùv ôX'ç t^j ^^^xxù intervienne avec ses diverses facultés dans l'œuvre de la construction philosophique. Ce qu'il cherche avant tout c'est la clarté des idées, cette clarté odieuse (die grassliche Klarheit) aux philosophes du sentiment et aux enthousiastes, pleins de mépris pour l'homme de concepts (der Begriffmensch). Ce qu'il proscrit le plus énergiquement, ce sont les prétendues révélations de l'instinct ou de la raison, et les rêves fous (Schwârmereien) de l'illuminisme. Il n'a pas assez de railleries et de dédain pour l'intuition intellectuelle de ces philosophes poétisants (die dichtenden Philosophcn) qui protendent saisir immédiatement l'Absolu et s'élancer d'un bond au centre des choses. Pour lui la philosophie est affaire
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de méthode et non d'inspiration, de recherches patientes et laborieuses, non d'enthousiasme et de génie. Elle est accessible à tous les hommes de bonne volonté qui savent se plier aux exigences d'une méthode rigoureuse, et non point le privilège exclusif de quelques âmes d'élite,
Pauci quos Jupiter aequus amavit,
capables de s'élever à un mode de connaissance supérieur, interdit au commun des mortels. Il suffit pour philosopher de s'armer de patience et de courage; et il n'est nullement besoin d'ingurgiter de l'alcool, de l'opium ou même du vif-argent, comme l'avaient fait des disciples trop enthousiastes de Schelling, dans leur désir d'arriver aux joies supérieures de l'intuition intellectuelle et de contempler face à face l'Absolu.
Nous n'aurons donc point à craindre chez Herbart les extravagances de l'illuminisme, les rêveries poétiques et les aberrations du sentiment. Mais n'allons-nous pas nous trouver transportés dans le domaine des idées creuses et des vaines abstractions? N allons-nous pas avoir affaire à un de ces logiciens de l'école de Wolff, pour qui toute la philosophie consiste à diviser, à classer et à définir, sans souci de l'expérience et des faits? Gomme Kant, Herbart reconnaît volontiers le mérite de Wolff, et il recommande au philosophe l'étude de la logique et l'application de ses procédés. Mais la logique n'est pas pour lui toute la philosophie; elle n'en est que la partie préparatoire, comme nous le verrons bientôt : ses divisions, ses classifications, ses définitions, n'ont d'autre utilité que de mettre de l'ordre dans la pensée, de dégager les concepts de leurs obscurités et d'en faire des idées claires et distinctes. Herbart voit très bien que ce qui a
perdu Tancienne philosophie : c'est l'abus des abstractions, le mépris ou l'oubli de la réalité et de l'expérience (Leere Abstraction wardergewôhnliche Fehlerinfriiherer Zeit *). La philosophie, dit-il, n'a pas seulement pour objet de penser, mais aussi de connaître (vvill nicht bloss denken, sondern erkennen); tout en elle doit se rapporter immédiatement ou médiatement au réel (ailes in ihr muss sich auf Wirklchkeit unmiltelbar oder mittelbar beziehen*). Ces concepts mêmes qu'il incombe à la logique d'élucider et d'ordonner, elle doit les emprunter à leur véritable source, c'est-à-dire à l'expérience. C'est sur la large base de l'expérience, tant interne qu'externe (die breite Basis der Erfahrung), que la philosophie doit s'édifier. C*est l'expérience qui lui pose des problèmes, qui lui fournil la matière qu'il s'agit de mettre en œuvre. L'expérience en effet conduit nécessairement à des concepts qu'il lui est aussi impossible d'écarter que d'expliquer d'une manière satisfaisante : ce sont en quelque sorte des demi-pensées qui attendent d'un travail ultérieur de l'esprit leur éclaircissement (Erliiuterung) et leur achèvement (Erganzung)^ Tels sont les concepts d'être, d'action et de passion, d'organique et d'inorganique, de continu et de discret, d'éternel et de successif, de causalité et de liberté*. Ces concepts, on les rencontre dans toutes les sciences comme des hypothèses nécessaires : ce sont eux qui leur donnent l'ordre, l'enchaînement, l'unité. Certes, si l'esprit humain était capable de creuser et d'approfondir, en mémo temps que d'élargir et d'étendre ses connaissances, chaque science en particulier et toutes réunies se seraient inévitablement achevées et complé-
i. AUgemeine Mctaphysik, $ 160.