Lehrbuch zur Psychologie
qu'il faudra une action plus ou moins considérable pour la faire remonter dans la conscience, de même qu'elle pourra alors s'élever plus ou moins au-dessus du seuil suivant le degré de clarté qu'elle atteindra. Il ne faudrait pas croire d'ailleurs que nous ayons véritablement conscience de toutes les représentations qui sont au-dessus du seuil : il faut distinguer, dit llerbart, les représentations qui sont dans la conscience des représentations dont nous avons conscience *. Ainsi les petites perceptions dont parle Leibniz, celles qui correspondent par exemple au choc de chaque gouttelette d'eau dans la mer, sont dans la conscience et cependant nous n'en avons point conscience. Pour que nous ayons conscience des représentations qui sont dans la conscience, il faut un acte spécial de représentation qui constitue l'aperception (Appercipiren) *. On voit par là que l'inconscient joue dans la Psychologie de Herbart un rôle considérable et non équivoque puisqu'il intervient sous deux formes différentes. Il y a des représentations qui sont dans l'àme à l'état de simples tendances , c'est-à-dire totalement inconscientes; et il y a aussi des représentations qui tout en étant dans la conscience ne sont point aperçues, et telles sont celles que Leibniz appelle des petites perceptions.
1. Der Ausdruck : eine Vorslellung isl im Bewusslsein muss unterschiedcn werden von dem : ich bin mir meiner Vorslellung bewusst {Lehr. zur P.sycfu, '^, 16).
2 l'ui/ch. (ils Wiss., 2 10, rem. S. W., l. V, p. 243).
i72 LA METAPHYSIQUE DE IIERBART.
Composition et fusion des représentations. Reproduction immédiate et reproduction médiate.
L'expérience nous apprend que nos représentations sont susceptibles de s'unir en diverses manières : ce fait résulte de l'unité même de l'àme dont elles sont les difïérenls actes de conservation individuelle, et n'a par conséquent rien qui doive nous surprendre. Il y aurait plutôt lieu de s'étonner qu'elles ne s'unissent pas toutes de manière à constituer une représentation unique; et c'est là ce qui arriverait en effet sans le phénomène de l'arrêt qui, transformant des représentations réelles en de simples tendances, les isole pour ainsi dire et les empêche de s'unir avec les représentations effectives. L'union des représentations, suivant Ilerbart, peut avoir lieu de deux manières bien différentes : quand elle se produit entre représentations de nature différente, il y a composition ou complcxion (Gomplexion) ; quand elle se produit entre représentations de même nature, il y a fusion (Schmelzung). C'est aux complexions que se rapportent par exemple l'union du mot avec l'objet auquel il s'applique, et ces aggrégats mêmes de qualités sensibles que nous appelons des objets; c'est aux fusions qu'il faut rattacher les associations qui s'établissent entre les différents termes d'une série de sons ou de perceptions successives de la vue. Il est à remarquer (|ue théoriquement les complexions peuvent être complètes, quoique en fait le cas ne se présente que fort rarement, pendant que par leurnature même les fusions sont toujours plus ou moins imparfaites (unvoUkommen) à cause de l'arrêt
qui a lieu nécessairement entre représentations de même nature '.
On voit en quelle façon la doctrine de Herbart se distingue de la théorie vulgaire de l'association. D'abord elle distingue ce que l'associationisme confond sous le nom commun d'association des idées et cherche à tenir compte des modifications qui se produisent dans les représentations par suite de leur présence simultanée dans la conscience, ce qui est un fait parfaitement réel. En second lieu, grâce au principe de l'unité de l'âme, elle fournit du fait môme de l'association une explication qui fait totalement défaut chez Stuart-Mill comme chez David Hume. Dans l'associationisme, du moins sous sa forme purement psychologique, en effet, il est impossible de comprendre comment les phénomènes, étant par nature totalement indépendants les uns des autres, peuvent s'unir en quelque manière que ce soit, de façon que l'apparition de l'un détermine l'apparition simultanée ou successive de l'autre : l'habitude n'est point un principe suffisant d'explication, car elle est elle-même incompréhensible, en l'absence d'un sujet permanent, esprit ou matière.
De môme qu'il distingue les complexions et les fusions de représentations, Herbart dislingue aussi la reproduction médiate et la reproduction immédiate. La dernière correspond aux associations par ressemblance de l'associationisme, elle est déterminée par une représentation présentant quelque point de ressemblance avec une représentation antérieure : la représentation nouvelle en effet, s'opposant à la représentation antagoniste qui avait causé l'obscurcissement de la première, met