‹ La métaphysique de MaïmonideChapitre 34 sur 87 · I, ch. jo, p. 320 et · texte numérisé non relu

I, ch. jo, p. 320 et

laquelle met en mouvement la première sphère. Cette première Intelligence à son tour est la cause de la deuxième Intelliojence. et ainsi de suite. L'Intelligence qui meut la sphère la plus rapprochée de la terre, la sphère de la lune, est la cause et le principe de l'intellect agent, qui est la dernière des Intelligences pures.

On ne saurait admettre que l'Intelligence qui meut la sphère supérieure soit elle-même l'Etre nécessaire (Dieu). En ell'et, elle a cela de commun avec les autres sphères qu'elle meut sa sphère propre, et, d'un autre côté, elle est cause et principe de la deuxième Intelligence. Elle est donc composée, elle ne saurait par conséquent s'identifier avec l'Etre nécessaire qui est d'une simplicité absolue (M.

Dieu n'est pas non plus l'esprit de la sphère céleste connue l'imaginent certaines sectes pa'icnnes, il en est entièrement séparé, tout en lui imprimant le mouvement ('), Dieu est transcendant.

Ainsi donc les sphères célestes sont des corps vivants, doués d'une àmc et d'un intellect. Elles conçoivent et perçoivent Dieu : elles perçoivent aussi chacune l'Intelligence à (jui elles doivent leur existence et qui les dirige. Intelligence pure, absolument immatérielle, émanée de Dieu, intermédiaire entre Dieu el les corps célestes.

Contrairement à Aristote qui admet l'éternité du ciel, Maïmonide soutient que Dieu a créé les Intelligences pures et les sphères, et y a mis les facultés directrices (').

L'économie de ce bas monde dépend des sphères ('). C'est la sphère céleste qui par son mouvement gouverne

i. Cr. Guidf, II, cil. 33.

2. fluide, I, ch. rtfl. p. 32o; cli 70. p. 3iû; ch. 72, p. 3;3. « Dieu, disent les iloctours, est la demcnre du monde, mais le monde n'est point s.T demeure • , Heri'schilh rahba, sect. ti8.

3. Guidf. II, cil. 8. p. ;5. I.a Taculté directrice ou nature est le principe qui dirige et (çouviTiic le corps ; I, ch. 7a, p. 363.

'1 I, ch. 73. p. 3(li el suiv. : II, ch. S, p. 65; ch. 10 et suiv. ; c(. Renan, Aiirrofs, p. 121-133.

les autres parties de Tunivei's et qui envoie à tout ce qui naît les facultés nécessaires. Si bien que tout mouvement qui existe dans l'univers a pour origine le mouvement de la sphère céleste et que toute àme a son principe dans rùnie de la sphère céleste. Les facultés qui viennent de la sphère céleste au monde sublunaire sont au nombre de quatre : i° une faculté qui produit le mélanine et la composition d'oii sortent les minéraux ; 2 ' une taculté qui communique l'àme végétative aux végétaux ; 3° une faculté qui donne l'àme vitale aux animaux : 4° mie faculté qui départit la faculté rationnelle aux êtres raisonnables. Toute naissance et toute destruction des choses sublunaires a lieu sous l'influence de la variation de la lumière et des ténèlircs, de la chaleur et du froid, variation ([ui résulte de la révolution sidérale. Grâce à cette révolution, en i-H'cl, la lumière et la chaleur se comniuni- (pieiil et se ilérobent tour à tour aux dill'érentes parties de la terre. Si les sphères célestes suspendaient leur cours, ce serait la mort de l'univers entier.

Tout l'univers forme un seul organisme, vivant par le mouvement de la sphère céleste qui y tient le même rôle (jue le co^ur dans les créatures animées. De même qu'il est impossibh^ (pic les membres du corps humain existent séparément, de même il serait impossible que les parties de l'univers existassent les unes sans les autres, en sorte que le feu existât sans la terre, ou la terre sans le ciel, ou le ciel sans la terre.

De même encore qu'il y a dans l'organisme une certaine faculté directrice qui lie les membres les uns aux autres, les gouverne et les consei've, de même il y a dans l'en-' semble de l'univers une faculté qui unit les parties les unes aux autres, qui empêche les espèces de périr et conserve, autant que faire se peut, les individus de ces espèces.

La comparaison de l'univers avec l'organisme humain est exacte, sous condition toutefois des réserves suivantes :

!• L'organe doniinaiit (leoo'up) tire profit des organes subordonnés. Dans l'univers, au contraire, tout ce qui exerce une iniluence directi'ice ou communique une l'acuité ne reçoit rien en échange de la partie subordiinnée. Le monde supérieur se donne à la façon d'un liommc ([ui fait le bien pour le bien, par pure générosité, sans espoir de récompense, dans le dessein de se rendre semblable à Dieu (').

1° Dans l'animal, le cteur se trouve au milieu et les autres membres l'environnent pour le proléger. Dans rensend)Ie de l'univers, c'est l'inverse : la portion la plus noble enveloppe ce (|iii lui esl iidV'iieur et ne reçoit aucune inqtression d un autre corps.

'3° I,a faculté rationnelle f;ul jiarlie de 1 être liuniain et en est inséparable, au lieu cpie Dieu n'est pas une faculté dans le corps de l'univei-s, mais en esl totalement séparé. On- peut comparer le ra])port de Dieu avec l'univers au rap[)ort entre l'intellect acf[uis {') et l'homme, car cet intellect n'est pas non [)lus une faculté dans un corps, il est séparé du corps sui- lequel il s'épanche.

A cha([ue sphère céleste, corps vivant doué d'un intellect, avons-nous vu, préside une Intelligence pure. Ces Intelligences [)ures. innnatérielles, qui toutes sont énuinées de Dieu, sur les(|uelles s'épanche l'inllux divin, qui sont en dehors de la sphère céleste et de ses astres, sont les anges, intermédiaires cnlre Dieu et tous les corps célestes (').

I. Olicz riiomme la puissance précède l'aclc, taudis i|uc les sphères et les iulelliifeures sont toujours en acte. Klles roiil toujours ce qui esl bien et il n'y a en elles (jue du bien; Guide, II, eh. 7. p. 77.

a. I.'iulelleel acquis esl l'intellect eu acte dans l'honiuie, lorsque les idées intelliKibles sont toujours présentes ù son inlelliKcnce. .V ce dejrre, l'intelligence humaine s'identilie avec l'intellect aReiil universel, connaît les intellici'uces pures l't Dieu ; cf. .Munk, Giiiili', 1. p. ■)«-, iU)tc .

3. Giiiilr. II. ch 4 <''''= III- eh. y>. p. Vti. Albert le Cirand. qui ciunbat cette idcnlilicatiou, dit <|ue celle théorie esl plus parlieulièrenu'nl celle des philosophes juifs, tl'lsaac Israéli et de Mainioiiide. « Ordiiu-s uut<'ni intelligentiaruni quos iu>s <lctcrluinJl^'inlus (|uidaui dicunt esse ordincs

Dieu n'opère point par contact, il ne fait rien sans l'intermédiaire d'un ange ('). Le prophète ne re(,'oit de révélation que par le canal d'un ange. Les moindres particularités de l'univers, jusqu'à la création des membres de l'animal, tout s'exécute par l'intermédiaire d'anges ; car toutes les énergies tant physiques que psychiques sont des anges. Ainsi la force plasmatrice du germe est un ange, l'imagination et l'intellect sont des anges, le mauvais penchant et le bon penchant sont des anges (').

Le mot inalak (ange) est un nom homonyme qui désigne à la fois les Intelligences, les s[ihères et les éléments, car tous ils exécutent un ordre divin. Mais les sphères et les Intelligences n'agissent pas à la foçon des forces naturelles inconscientes. Bien au contraire, elles agissent en pleine conscience et entière liberté, et toujours dans le sens du bien. Car elles ne sont pas comme les hommes alTectées de privation, tout ce qui leur appartient est parfait et toujours en acte ('). 11 n'existe pas. (juant à la nature de l'être, de rapport entre les anges et l'homme (').

Les anges n'ont pas de corps, ce sont des Intelligences pures ('). Les formes corpoi-elles sous lesquelles ils apparaissent n'ont rien de réel, ce sont des créations subjectives sous l'cU'et de l'imagination. Toute vision d'ange n'a liiMi (]ue dans une vision prophétique. Que si l'Ecriture

anpeloniin et intclligentias vocant aiiî^clos ; et lioe quidem diciint Isaac et Rabbi Moyses et cceteri pliilosophi .ludaeorura. Sed nos lioc verum esse non credirans... »• De Causis, p. 563; cf. Suriima IheoL, p. "ij.

I. 7b , ch. 4, p. 60; cil. 6, p. 68. Cf. Talniud Sanlu-drin, 3S' ; « Le Très Saint n'entreprend rien sans consulter préalablement la famille supérieure » ; cf. Beréscliitk rabba, sect. la et 5i ; Midr. Qohclcth, 65.

a. Guide, II, ch. 6, p. 70, 71, 32 : III, ch. aa, p. 170 ; ch. 45, p. 35i. « R. Boun dit : Pendant le sommeil, le corps parle à fàme sensible, celle-ci à l'âme rationnelle, celle-ci à l'ange, celui-ci au chérubin, ce dernier à l'être ailé qui est le séraphin. Celui-ci, enfin, emporte la parole et la redit devant Celui à qui il a sufli d'une parole pour que le monde existât )i, Midr. Qohêlelh, 82. Cf. Liviliqnc rabba, sect. 32, et Genèse rabba, sect. 85.

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