‹ La métaphysique de MaïmonideChapitre 59 sur 87 · I. Cuiilr. III, ill. I · texte numérisé non relu

I. Cuiilr. III, ill. I

a. Cr. Il, ih. la.t -id.

94 RAPPORTS riE DIEU AVEC LE MONDE

qu'il n"est intelligent infen puissance prochaine, semblable à un écrivain habile au moment où celui-ci n'écrit point.

Ainsi donc, celui qui n'occupe jamais sa pensée de Dieu est pareil à quelqu'un qui est dans les ténèbres et qui n'a jamais vu la luiuii-i-e. Celui qui perçoit Dieu et se donne à lui totalcnicnl est semblable à l'individu enveloppé de soleil, lùidn celui qui pense, mais qui en même temps a d'autres préoccupations, ressemble, au moment de ses préoccupations, à un homme plongé dans le brouillard qui ne reçoit pas les rayons du soleil en raison des brumes (jui lui interceptent le jour (').

Finalité.

Un homme intelligent ne saurait soutenir qu'aucune action de Dieu puisse être vaine. Un homme intelligent peut-il admettre que les humeurs, les membranes et les nerfs de l'œil qui sont si sagement organisés et dont l'ensemble a pour but l'opération visuelle, soient un simple elT'ct du hasard ? 11 y a là nécessairement une intention de la iiatui-c. Or la nature n'a ni intelligence ni l'acuité organisati'ice: cette disposition artisticjue émane d'un principe intellectuel, elle est l'ceuvre d'un être intelligent (-).

Toutes les actions de Dieu sont bonnes et utiles. C'est avec intention que Dieu a fait naître toutes les choses possibles telles que nous les voyons, sa sagesse n'a pas voulu qu'elles fussent autrement. Il n'y a rien qui n'ait sa raison d'être, peu importe que nous connaissions ou que nous ignorions cette raison. Il faut repousser l'opinion des Ascharites d'après qui Dieu ne fait aucun objet en vue d'un autre, il n'y a ni causes ni effets, tout dépend du

I. Guide, III, cil. "il. p. 439, 444 cl suiv. a. Guide, III, ch. aS: cf. I, ch. 19, p. 144.

seul bon vouloir de la divinité. Non, Dieu no veut que ce qui est possible : non pas qu'il veuille tout ce qui est possible, mais seulement ce qu'exige sa sagesse. L'n>uvre absolument bonne que Dieu veut faire ne peut être entravée par aucun obstacle. Bien que le monde ait été créé, la création n'a pas eu lieu par la seule volonté de Dieu. La sagesse divine, que nous sommes incapables de comprendre, a nécessité l'existence de l'univers, au moment où il arriva à l'existence, et cette même sagesse avait nécessité le néant avant que le monde ne fût. Les opérations de la nature, jusque dans leurs moindre détails, sont sagement réglées : elles sont solidaii-es. cause et ell'et les unes des autres: tout a sa raison d'être, tout est l'expression d'une parfaite sagesse. Kt si dans le monde inférieur il n'y a rien qui ne se justifie, à plus forte raison en est-il ainsi dans le monde supérieur des sphères célestes qui sont d'essence plus noble. Donc, d'une façon générale, le but du (ii'éateur a été de faire exister tout ce dont l'existence était possible, l'existence étant indubitaljlcnient un bien. L'être et le non-être dépendent de la sagesse divine ; mais souvent nous ignorons comment cette sagesse se manifeste dans les œuvres de Dieu. C'est sur cette croyance (|u'est fondée toute la doctrine mosaïque. Kilo dit au commencement : « Dii u vit tout ce (ju'il avait fait et c'était très bien » {(ieii.. I. 3i), et elle dit vers la lin : « Le rociier, son O'uvre est parfaite n {Dl.. XXXII, 4)-

Cumme pour toutes les actions divines, nous devons croire que les lois que Dien a prescrites à Israël ont toutes une raison, bien que nondjre de ces raisons nous écliap- ])eiit<'). Tout commandement et toute interdiction poursuivent une lin utile. Tantôt l'utilité saule aux yeux, comme la défense ilc tuer et de voler; tantùt elle est obscure, comme l()rs([u'i)n interdit les mi^langes liélérogènes ('). Les préceptes ilunt j'ulilili' est ('n idente s'appel-

Page 1