La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le Grand
De divers côtés l'ou réclamait la réimpression de l'ouvrage du Père Théodore de Régnon sur la Métaphysique des causes depuis longtemps épuisé. Une édition posthume, reproduction fidèle (2) de la première, vient d'être entreprise par les soins de la maison V. Uetaux, qui a tenu à répondre au légitime desideratum du public philosophique. On a placé en tête du présent volume une belle héliogravure Dujardin. Il ne sera peutêtre pas hors de propos, pour en préciser la signification, d'esquisser en quelques traits rapides la physionomie intellectuelle et morale du regretté métaphysicien.
La plus grande partie de la vie active du Père de Régnon fut employée à enseigner les sciences physiques, notamment aux candidats à l'École polytechnique qui suivaient les cours du collège Sainte-Geneviève. Mais ces travaux professionnels ne l'absorbaient pas tout entier.
(1) Né à Saint-Hciblain(Loirc-Inf(:'rieure), le 11 octobre 1831, il fut admis dans la Compagnie de Jésus le" septembre 18.J2, enseigna les mathémafiques, la physique et la chimie au collège de l'Immaculcc-Conception (Paris- Vaugirard), la physique à l'école Sainte-Geneviève (Paris, ancienne rue des Postes) et mourut subitement à Vaugirard, rue Desnouettes, le 2G décembre 18'.»3.
(2) La seule différence consiste dans l'addition d'une référence, qu'on a trouvée écrite de la main même du Père de Uégnon sur l'exemplaire dont il faisait usage.
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Au milieu des fatigues et des préoccupations du professorat, il sut se ménager du temps et du calme pour vaquer à ses études favorites de philosophie et de théologie, qui avaient définitivement conquis son intelligence et son cœur pendant sa préparation au sacerdoce. Ce goût marqué pour les spéculations philosophiques et théologiques était un héritage paternel. Jusque dans sa vieillesse le marquis de Régnon, passionné pour les controverses religieuses, se donna le plaisir de discuter avec les professeurs du Grand Séminaire de Nantes. Pendant cette période où il fut appliqué à l'enseignement, le Père de Régnon avait lu, médité, annoté les principaux Pères de TEglise et les grands Docteurs de la Scolastique. Il ne lui manquait que des loisirs pour mettre en œuvre cet amas de matériaux. Les décrets de 1880, en l'arrachant brutalement à ses fonctions de professeur, les lui fournirent. Habitué à voir en toutes choses la main délicate de la Providence, industrieuse à tirer le bien du mal, le Père de Régnon, qui ne dédaignait pas les souvenirs classiques, se prit plus d'une fois à répéter, dans le calme champêtre de son « potager » , le vers buco- Hque : Deus nobis hœc otia fecit. A quelque chose malheur fut bon. Il passa en effet, comme il l'écrit lui-même aA^ec une pointe d'humour, les treize dernières années de sa vie, « là-bas, auprès du collège de Vaugirard, dans un potager » entourant la vieille maison où mourut en odeur de sainteté le vénérable M. Olier. C'est là que notre philosophe, presque à la campagne, mena « la vie du capitaine en retraite ». Mais ce fut une retraite studieuse et l'époque de sa plus grande activité intellectuelle. Car, sans négliger le soin de ses plates-bandes, il se livra en