‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 2 sur 581 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

liberté à la culture intensive des concepts. Si l'on faisait abstraction de la préparation laborieuse, temps des semailles, dont nous avons parlé, on s'expliquerait mal que ie Père de Régnon ait pu produire, en si court intervalle, une aussi abondante moisson d'œuvres approfondies sur les matières les plus relevées de la métaphysique et du dogme. Qu'il suffise de mentionnner ici, à côté de Banes et Molina, ouvrage de moyenne étendue (366 pages), la Métaphysique des causes qui forme un in-octavo de près de 700 pages, et les quatre gros volumes d'Études de théologie positive sui' la Sainte Trinité, qui donne un total respectable de 2296 pages (1).

Une personne, qui l'a bien connu, disait du Père de llégnon : « Il aimait à marcher sur le bord des précipices, à suivre les sentiers escarpés, dans Tordre physique et dans l'ordre intellectuel » . Le fait est qu'il a traité de préférence les questions philosophiques les plus abstruses et les plus hautes, comme la nature de la liberté Immaine (2), la façon de la concilier avec la puissance et la science divine (3) ; le jeu compliqué des causes (4) ; le fait est qu'il s'est adonné avec passion à l'étude des mystères les plus ardus de la foi, osant scruter, selon le mot de saint Paul, « les profondeurs de Dieu », un (5), <.lans sa nature et trine (6) en ses personnes. Sans doute

(1) On trouvera, à la tin de cette notice, la Bibliographie complète des œuvres du Père de Régnon.

(2) Cr. Bancs et Molina, I. IIF, IV; — Mélaphysiqne des couses. 1. IX, «'. IV, v; — dans la revue les Études, 1888, t. XLIII, \). 371-392.

(3) Cf. Bannésianisine et Molinismc — Bahes et Molina, 1. H. (i) Cf. tout ie traité de la Métaphysique des causes.

(.">) Le Père de Ilégnon a laissé un ouvrage sur VÉtre divin, auquel il n'a jiu iiialheureusenicnt mettre la dernière main. Il,) Cf. ses XXl'H Éludes sur la Sainte Trinité.

yill PRKFACK.

on lui a reproché d'avoir fait quelques faux pas en côtoyant ces précipices; il a suivi parfois des chemins hasardeux en gravissant ces rudes sentiers : je veux dire qu'on a pu relever, dans ses ouvrages, certaines opinions discutables, et noter çà et là une tendance fâcheuse à outrer telle ou telle divergence entre les Pères grecs et les Pères latins (1). Mais, personne ne le contestera, le Père de Régnon se meut à l'aise sur ces hauteurs périlleuses. On a l'impression rassurante qu'il est dans son élément naturel. En se penchant sur les abîmes de la vie divine pour en sonder, selon son pouvoir, les attirantes profondeurs, il n'éprouve aucun vertige : l'intelligence reste ferme et le style lumineux.

Mais la lucidité limpide du Père de Régnon n'est pas, comme il arrive trop souvent, la facile récompense d'une étude, à fleur des choses, qui produit sans effort une clarté de surface; non, elle est le fruit d'une patiente méditation qui creuse, pénètre, approfondit une matière obscure et finit par faire jaillir, de l'analyse et du choc des idées, l'éclair qui en illumine les replis ténébreux.

Le style du Père de Régnon n'est pas seulement clair et précis (2) ; il est coloré. Les écrivains, qui s'occupent de sujets abstraits, échappent malaisément à la sécheresse et à la raideur. Notre philosophe a su éviter ce double écueil. Sa phrase alerte et souple marche au but dégagée des faux ornements qui pourraient l'alour-

(Vj Cf. X. LeBachelet, S. J., dans la Revue les Études, 1900, t. LXXXH, p. .534 sqq.

(2) On reconnaît l'ancien professeur, ami de la méthode, à l'emploi trop répété de certaines formules : Distinguons, développons, etc. Si la clarté y gagne, l'élégance y perd quelquefois.

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