‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 112 sur 581 · CHAPITRE III. DE l'ÊTRE ACCIDENTEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. DE l'ÊTRE ACCIDENTEL

dit des êtres, parce qu'elles font partie de Tètre-substance, ou comme quantités, ou comme qualités, ou comme passions, ou suivant quelque autre rapport semblable.

« On demandera donc si marcher, se bien porter et s'asseoir sont, chacun, un être ou un non-être; et la même question peut se poser à propos de bien des choses semblables. Car rien de tout cela n'existe de façon à subsister en soi, et à pouvoir être séparé de la substance, oùaicc. Ce qui vraiment compte parmi les êtres est le sujet qui marche, qui est assis, qui se porte bien. Quant aux choses dont nous parlons, elles semblent exister, parce qu'il existe quelque chose qui est leur sujet déterminé. Or ce quelque chose est la substance, r-oata, c'est-à-dire, le sujet individuel qui se manifeste dans le prédicat. Car le bon ou l'assis ne peuvent pas se dire sans un sujet. Il est donc évident que c'est par la substance que chacune de ces choses existe ; de sorte que ce qui est premièrement être, ce qui est non pas quelque être, mais l'être simplement, cest la substance, àa-zt to -pcÔToiî 3v, xaî où xl ov, aXX' ov aTiÀw!; fj ouTi'a av eI'y).

« On peut dire de bien des manières qu'une chose est première. Or la substance est première sous les rapports du concept, de la connaissance et du temps. Car, des autres catégories, rien ne peut être isolément; la substance seule peut être sans tout le reste. Elle est première sous le rapport du concept ; car le concept de substance entre nécessairement dans le concept de quoi que ce soit, et nous croyons mieux connaître une chose, lorsque nous savons que c'est un homme ou un feu, que lorsque nous savons une qualité ou une quantité relatives à cette chose, ou sa situation dans l'espace; bien plus, de ces divers prédicats, nous connaissons chacun, lorsque nous les connaissons à l'état concret dans leur sujet. Aussi, et maintenant comme autrefois et toujours, la perpétuelle question, le perpétuel problème est de savoir ce qu'est « ce qui est », c'est-à-dire la substance, oOdîa. Les uns disent qu'il n'y a qu'une substance, les autres qu'il y en a plusieurs; pour ceux-ci les substances sont déterminées, pour ceux-là indéterminées. Voilà pourquoi, nous aussi, nous devons étudier avant tout, et pour ainsi dire uniquement, la substance (I '. »

C'est ainsi qu'Aristotc établit la [)i'imauté de la substance. J'ai cité ce passage, moins pour le discuter eu détail,

(I) Aristote, Mélaphys., liv. VII, chap. i.

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que pour faire connaître, à des lecteurs qui nont peut-être jamais ouvert les œuvres d'Aristote, quelque chose de sa belle et austère manière.

Aristote exprime la substance par le mot 'Jjziy.. Ce mot est souvent cause d'un grand embarras chez les traducteurs des philosophes ou des Pères grecs ; tantôt on le traduit par « substance », tantôt par « essence », et le contexte sert à déterminer le choix. Mais, si l'on veut y réfléchir, la difficulté provient de ce que le mot ;jjia a une signification plus haute. Par lui-même, il ne correspond qu'aux mots "Qv et Elva-, (1). Il est donc l'expression exacte d'une pensée qui s'arrête à l'être tout court, h x-'/m:

Or nous avons deux façons d'arrêter notre pensée à l'être tout court. La première est de penser à la substance; car elle se conçoit comme se suffisant à elle-même, sans avoir besoin d'un sujet autre que soi. La seconde consiste à penser à l'essence ; car toute essence est l'objet d'une idée complète en soi-même et le sujet d'une définition spéciale. Mais, jusque dans cet ordre des essences, le mot cjsia signifie principalement l'essence d'une substance; car la substance seule peut se définir isolément de tout le reste, et tout ce qui n'est pas substance renferme dans son concept le concept de la substance.

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