‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 127 sur 581 · CHAPITRE II. PRINCIPE d'oPPOSITION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. PRINCIPE d'oPPOSITION

corps purement matériels, et les diverses mutations qu'on observe dans les êtres vivants, telles que mouvements spontanés ou phénomènes de nutrition, puis dans les animaux les sensations et émotions, et entin dans l'âme humaine les multiples opérations de l'intelligence et de la volonté.

Il semblerait même, à juger par ces exemples, que l'impuissance à se mouvoir soi-même soit, non une impossibilité métaphysique, mais plutôt une imperfection des corps bruts; il semblerait que, plus on s'élève dans l'échelle des êtres, plus apparaisse la puissance spontanée d'agir sur soi-même, et que l'être parfait doive se mouvoir, se transformer, s'altérer sans aucune intervention étrangère. Qu'est en effet ce mouvement spontané procédant de l'être lui-même, sinon la vie? et la vie n'est-elle pas d'autant plus belle, plus vraie, plus parfaite, quelle se montre plus indépendante de tout secours extérieur (1)? Or on doit juger des propriétés métaphysiques de l'être d'après les êtres parfaits, plutôt que d'après les êtres imparfaits. Donc, loin de considérer comme vérité nécessaire cette proposition : Nil monetur a seipso, on devrait, semblc-t-il, lui substituer la suivante : « L'être parfait se meut soimême. »

Telle est l'objection. Elle est si forte que bon nombre de philosophes ont cédé devant elle, et ont abandonné ou restreint le principe qui nous occupe. Mais les scolastiques de grande race, les véritables maîtres n'ont pas été ébranlés par ces difficultés. Tous, ils ont vu, dans Finca- [iacité de se modifier soi-même, un principe universel et nécessaire. Tous, ils ont jugé qu'il fallait interpréter conformément à, ce principe les faits qui semblent le contredire.

C'est là un des meilleurs exemples pour montrer com-

(1) Cum vivere cUcanlur aliqiia, secundum (juod operanlur ex seipsis et noii quasi ah aliis inota, quanio perlectius competit hoc alicui, tanto in eo perfectius invenilur vita. (S. Thomas, 1, «j. 18, art. 3.j

ment nous parvenons à la connaissance des vérités métaphysiques. Il est bien vrai que nous ne pouvons raisonner que sur des faits particuliers, comme le botaniste ne peut étudier l'espèce que sur des échantillons. Mais le génie du philosophe consiste à distinguer dans chaque chose le nécessaire du contingent, l'essence de l'accident. Cette distinction s'opère non par la comparaison de cas nombreux, car une vérité métaphysique n'est pas une collection de faits expérimentaux semblables, mais par une vue claire, immédiate, intuitive, comme l'œil reconnaît dans un corps la couleur parmi tout ce qui n'est pas la couleur. C'est ainsi que, dans le sujet qui nous occupe, les grandes intelligences, en présence de faits qui semblent conduire à des conclusions contradictoires, ont vu de quel côté la vérité métaphysique apparaissait au grand jour, et de quel autre elle se cachait sous une apparence trompeuse.

Établissons donc la raison fondamentale du principe : Omne quod rnovctur, ab alio moveturj viendra ensuite l'interprétation des difficultés qu'on y oppose.

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