Première objection : mouvements des graves
Les corps pesants tombent d'eux-mêmes sans qu'il soit besoin d'aucune impulsion étrangère. Ne doit-on pas conclure qu'ils se meuvent eux-mêmes? — Telle est l'objection.
Pour répondre, je me contente de renvoyer aux enseignements de la science moderne, qui attribue le mouvement des corps pesants « à l'attraction » de la terre. Je sais que la science rigoureuse et sévère ne se prononce pas sur la réalité de l'attraction universelle, et qu'elle se contente d'affirmer que tout se passe comme si la terre exerçait une action attractive sur chacun des corps situés à sa surface.
iMais il n'en faut pas davantage pour énerver l'objection ; car j'en conclus qu'il n'est pas démontré que les corps pesants produisent leur propre mouvement. Bien plus, du langage scientifique, je conclus que la façon la plus naturelle de se rendre raison de ce mouvement est de supposer une cause en dehors du corps qui tombe. 3iais pourquoi, je vous prie, cette hypothèse est-elle la plus naturelle, sinon parce qu'il est naturel à notre esprit d'admettre que tout ce qui se meut est mù par un autre? Omne quod movetur, ab alio movetur (1).
Deuxième objection : mouvements matériels des animaux.
Les animaux se déplacent d'eux-mêmes; ils courent, sautent, nagent, volent, en vertu de leur activité intérieure. C'est vrai; mais remarquez, je vous prie, que cette activité est insuffisante à produire par elle-même ces mouvements, s'il n'y a le concours d'une force extérieure.
Si l'oiseau vole, nous disent les physiciens, ce n'est pas
(1) Voir coininenl Aristole répond a ceUc diflicullc des corps pesants, Phys., liv. VIII, chap. iv.
146 LIVRE 111. CAUSE EFFICIHMK.
précisément parce qu il J)at des ailes, mais parce que ce battement provoque une réaction de l'air. L'oiseau ne se pousse pas lui-même; c'est l'air qui le repousse. Il en est de même pour la nage, le saut, la marche. Qiiod movetur, movetur ah alio .
Considérons-nous maintenant les mouvements des mem- ])res eux-mêmes? Je le reconnais, aucune intluence extérieure n'est requise pour que la main se ferme ou que le bras se lève. Mais qui ferme la main? — La main? — Non; ce sont des muscles agissant comme des cordes sur des leviers articulés. Qui lève le Ijras? — Ce sont encore des muscles fixés au squelette.
Et qui remue ces muscles? — Des nerfs ; et comment ces nerfs sont-ils excités ? — Je ne puis trop le dire ; mais la science est tellement persuadée que rien de corporel ne se meut soi-même , qu'elle cherche à découvrir hors du nerf la cause immédiate de son excitation.
En présence des phénomènes intérieurs de circulation et de nutrition, la physiologie se guide d'après ces mêmes principes. Elle cherche dans les lois physiques et chimiques la raison prochaine de chaque mouvement et de chaque modification. Nulle part, jusqu'ici, elle n'a rencontré une molécule qui se meuve sans être poussée, une goutte qui s'altère d'elle-même. Et non seulement le circuit vital se compose de mouvements élémentaires pour lesquels on distingue le moteur et le mobile, mais ce circuit ne se forme pas complètement sur lui-même, et pour que la vie s'entretienne, il faut de temps en temps un apport d'action étrangère parla respiration ou l'alimentation. Quelle est la conclusion de tout ceci? C'est que l'expérience scientifique vérifie de plus en plus le grand principe : Tout ce qui est en mouvement est mii par un autre. Les succès dans cette voie sont même si brillants qu'ils donnent à certains esprits aventureux l'occasion de réduire l'organisation animale aune machine bien construite.
Sans doute, si l'on prend en bloc cette organisation.