Réduction de ce principe à sa raison dernière
Si nous voulons étreindre davantage le raisonnement de saint Thomas, nous reconnaîtrons que toute sa force réside dans la proposition suivante : « Rien ne peut être amené de la puissance à l'acte, si ce n'est par quelque être en acte — de potentia non potest aliquid reduci m actum, nisi per aliqiiod ens in actu »; en d'autres termes, tout devenir est causé par une existence. Voilà dans la théorie des causes le principe premier au delà duquel on ne peut plus remonter. Et pourquoi faut-il s'arrêter là? C'est parce que ce principe n'est qu'une forme particulière du premier de tous les principes premiers : L'Être prime le non-être. L'être qui existe est vraiment être, car il est ce qu'il est; celui qui n'est pas déjà ce qu'il sera, tient encore du non-être. Donc l'existence prime le devenir, l'existence est le principe du devenir. Voilà le point culminant de la philosophie des causes. Je l'ai dit dans l'introduction : il n'y a plus en métaphysique que deux camps, deux drapeaux, deux cris de guerre opposés. Ou hien : l'être prime le non-être, l'existence prime le devenir; c'est la formule de la philosophie universelle et traditionnelle; c'est la formule « catholique ». Ou bien : le non-être prime l'être, le devenir est la cause de l'existence, la réalité procède du néant; c'est la formule d'Heraclite et d'Hegel.
Quant à nous, nous nous sommes rangés au parti de l'être, et le non-être ne peut entraver notre marche. Concluons donc : Rien ne peut devenir que par l'action d'une existence; donc rien ne peut se produire soi-même, rien ne peut se changer ou se mouvoir par sa seule puissance. Donc enfin : Omne quod movetur, ab alio movetur. Revenons maintemant aux objections.