Troisième objection : sensations, émotions
Les sensations et les émotions sensibles sont des phénomènes essentiellement vitaux. Us procèdent d'une activité intérieure, ils affectent le sujet où ils se produisent. N'eston pas en présence d'un cas où le moteur se confond avec le mobile? N'a-t-on pas là l'exemple d'un être qui se meut lui-même? — Telle est l'objection..
.l'aurais bien, ce semble, quelque droit d'opposer à cette objection une lin de non-recevoir. Avant de prétendre que les phénomènes de la vie sensitive contredisent une proposition métaphysique clairement démontrée, la logique rigoureuse exigerait qu'on éclaircit d'abord les mystères de la vie.
Une l'homme soit composé d'un principe immatériel et d'un principe matériel, c'est ce que prouvent ses opérations intrinsèquement vitales. Que ces deux principes agissent ot réagissent l'un sur l'autre, c'est ce (jue la conscience nous apprend, sans porter atteinte à la proposition ([ui nous occupe. Que ces deux principes puissent s'unir pour
(1) S. Thora., conlr. Gentil., lib. II, cap. lxv, n" 4.
former des puissances qui résident dans le composé^ c'est ce qui résulte des propriétés mixtes de la sensation et de l'émotion sensible.
Mais a-t-on pénétré assez avant dans Fétude de ce jeu intime, pour avoir le droit d'aifirmer que l'âme suffit à mouvoir l'âme, ou le corps à mouvoir le corps? J'attends qu'on m'en apporte la preuve expérimentale.
Jusqu'ici l'expérience ne m'a appris qu'une chose, et cette seule notion claire vérifie notre proposition loin de la contredire. Dans le cours naturel des choses, pour qu'il y ait sensation, il faut une cause extérieure. L'organe du sens subit des chocs provenant du dehors. C'est par un agent étranger qu'il est ébranlé, ou modifié, ou excité, peu m'importe; toutes ces impressions, sont désignées dans la langue scolastique par un seul mot : « le sens est mû »; et le mouvement lui vient d'un moteur difiérent du mobile.
Comment ce mouvement se propage-t-il dans l'organisme ? C'est ce c[ue cherche le physiologiste en suivant les nerfs jusque dans les profondeurs du cerveau. Mais comment ce mouvement parvient-il à l'âme? — C'est un mystère. Et comment l'activité ainsi excitée engendre- t-elle la sensation? — Mystère encore. Enfin, comment la sensation produit-elle l'émotion sensible? — Toujours mystère.
D'où il reste que, dansées opérations de la vie sensitive, une seule chose est notoire, c'est que l'ébranlement primitif est dû à une cause extérieure, et que le sens, pour entrer en activité, a besoin d'être mû par autre que soi : c'est-à-dire que, dans ces phénomènes, les seuls faits clairement connus confirment le principe : « Tout ce qui est en mouvement, est mû par un autre. »