CHAPITRE II. — PRINCIPE d'oPPOSITION. Ii
on observe des opérations plus complètement renfermées dans le sujet dont elles émanent.
Penser et vouloir sont des actes qui procèdent de l'âme et qui restent dans Tâme. Il semble donc qu'à chaque nouvelle pensée, à chaque nouveau vouloir, l'âme se modifie elle-même, et que nous rencontrions enfin un être se mouvant soi-même dans toute la ri§"ueur des termes. — C'est la dernière objection contre notre thèse.
C'est en même temps la plus difficile à réfuter, parce qu'elle se cache dans les plus profonds mystères. Quelle est l'essence des opérations intellectuelles ? Par quel procédé ces opérations surgissent-elles dans l'âme? Autant de questions bien obscures, puisqu'elles ont donné lieu à tant de systèmes. Mais je n'ai que faire de toutes les théories, car à une vérité démontrée on ne peut opposer des hypothèses.
Relativement aux opérations de la vie intellectuelle, voici ce qui seulement est certain. L'âme est une substance simple; elle a deux puissances distinctes, la puissance de connaître et la puissance de vouloir. A la vérité, ce sont des puissances actives, car elles produisent leurs propres actes ; mais elles sont en même temps passives, puisqu'elles subissent des motions. L'intelligence meut la volonté en lui montrant son objet qui est le bien, la volonté meut l'intelligence en l'appliquant à considérer son objet qui est le vrai; et, dans ces motions réciproques, la faculté motrice est distincte de la faculté mise en mouvement. Donc jusqu'ici rien ne contredit notre thèse.
En outre, ce jeu des facultés intellectuelles ne s'établit pas de lui-même. Tout vouloir résulte d'une pensée préalable; et, pour penser, l'intelligence a besoin d'être éveillée par des images dont la première origine est dans le monde extérieur. Donc encore ici, les modifications dans lAmc supposent une influence étrangère.
Kn quoi consiste cette intlucncc*, peu m'importe pour le moment. Il me suffit de signaler son existence, car il en
résulte que l'àme ne se suffit pas à elle-même pour modifier son état d'être.
Les pfiénomènes qui se passent dans l'âme n'infirment donc pas le principe fondamental de la causalité. Il en est des opérations vitales, comme des actions matérielles : aucune observation réellement concluante n'a pu ébranler notre proposition maîtresse, et nous pouvons conclure cette longue discussion par ces paroles de saint Thomas :
Impossibile est quod, secundum idem et eodem modo, aliquid sit movens et motum, vel quod moveat seipsum. Omne ergo quod movetur oportet ab alio moveri (1).