CHAPITRE II. PRINCIPE d'oPPOSITION
de température par cet équililjre. Qu'est-ce à dire, sinon que deux corps ont même température, lorsque l'un ne modifie plus la température de l'autre? Mais encore, qu'estce à dire, sinon que le semblable n'agit jms sur son semblable ?
Ce sont là, à vrai dire, de faibles exemples, pour appuyer une maxime générale. Cherchons donc la raison métaphysique qui élève cette proposition à la hauteur d'un premier principe.
Voici l'explication qu'en donne Aristote :
« Laplupart des anciens philosophes affirment d'un commun accord que le semblable ne peut agir sur son semblable. En effet, aucun d'eux ne serait actif ou passif plutôt que l'autre, puisque par hypothèse tout serait identique de part et d'autre. Il faut donc que deux êtres soient différents et dissemblables, pour qu'il puisse y avoir action de l'un sur l'autre.
« Car, pourquoi, si deux êtres étaient semblables,
l'un plutôt que l'autre serait-il passif ? En outre, si quelque être pouvait agir sur son semblable, il pourrait aussi agir sur soi-même (1). »
Cette maxime est d'une grande importance ; elle nous fait comprendre toute la portée du principe d'opposition entre l'agent et le patient. Non seulement ces deux êtres s'opposent au point de vue de l'existence : l'agent existe, le patient devient. Mais ils s'opposent au point de vue de la nature ou de l'état : dans l'agent telle nature et tel état qui le rendent cause, dans le patient telle nature ou tel état qui lui permettent de subir un efiét; et ces deux natures ou ces deux états s'opposent comme le chaud et le froid, comme la dureté du cachot et la mollesse de la cire.
En un mot, il faut qu'il y ait entre l'agent et le patient quelque dissemblance, et l'action ne peut avoir lieu (jue dans l'ordre où il v a différence.
(1) Aristote, de la Générât., liv. I, chap. vii.
M'objecterez-vous qu'une bille d'ivoire peut agir sur une bille identique? Mais remarquez, je vous prie, que cette action qui se réduit à une altération dans l'état de repos ou de mouvement ne peut avoir lieu que si la bille choquante et la bille choquée possèdent des vitesses différentes.
M'objecterez-vous que, d'après la théorie de l'attraction universelle, deux points matériels s'attirent, bien qu'ils soient tous deux identiques et tous deux au repos? Vous avouerez cependant qu'ils diffèrent au moins sous le rapport de la situation dans l'espace, et que chacun attire pour amener dans son propre lieu le point qui en est distant. Comprendriez-vous qu'il y eût attraction entre deux points occupant identiquement le même élément de l'espace ?
Ces distinctions sont subtiles, je l'avoue. Mais n'oubliez pas que je n'apporte pas ces exemples pour prouver la vérité du principe qui nous occupe. C'est, au contraire, l'objection qui me les oppose ; mon rôle se borne donc à montrer qu'on ne peut rien en conclure contre ma thèse.
ARTICLE II
Deuxième conséquence