‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 137 sur 581 · CHAPITRE II. — PRINCIPE d'OPPOSITION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — PRINCIPE d'OPPOSITION

mû, que la cause change en agissant. En effet, si l'on reste dans le concept formel de la cause, on y voit bien le principe du changement en un autre, mais on n'y trouve pas le principe du changement en soi-même; on y voit bien une activité, on n'y trouve pas une passivité. Donc de ce qu'une cause agisse, on ne peut pas en déduire qu'elle change en agissant ; d'où cette première conclusion admise de toutes les écoles :

On conçoit qu'une cause agisse sans quelle change.

(( Une cause, dit Scot, peut produire immédiatement et par elle-même quelque effet nouveau, sans aucune nouveauté en elle-même (1). »

Mais dans le texte d'Aristote, le mot « nécessaire » nous invite à aller plus loin. Il n'est pas nécessaire que le moteur soit mû; il n'est pas nécessaire que la cause change en agissant. Donc agi?' et subii^ un changement ne s'impliquent pas nécessairement. Donc lorsque agir et subir une altération se rencontrent ensemble, c'est une contingence; c'est la contiguïté dans un même sujet de deux éléments réellement distincts, savoir d'un principe actif et d'un principe passif. Retenons bien cela; car dans cette remarque nous trouverons la réponse à beaucoup de difficultés, et, dès maintenant, elle nous fournit cette seconde conclusion :

Aucune cause ne change par le fait même de son action.

En effet, dans le sujet agissant dégageons le principe actif par lequel il est cause, de tous les principes passifs concomitants, et restons dans le concept formel delà causalité : la cause produit, l'effet devient. Or une modification et un changement supposent quelque chose qui n'existait pas d'abord et qui vient à l'existence. Si donc la cause, en agissant et par cela même qu'elle agit, éprouvait dans son état quelque modilication, elle serait le sujet d'un devenir,

(1) « Causa polesl primo el immédiate aliqiicm effccUim novum producere, ahsque oiiini novilale in ipsa. » (II, Dist. 1, qu. 2, n. 7, ad primum.)

loi LIVRE III. CAUSE EFFICIENTE.

il se produirait en elle quelque effet. Elle serait passive, par cela même qu'elle serait active; elle subirait un effet par cela même qu'elle produirait un effet, c'est-à-dire que, loin de s'opposer, agir et subir s'impliqueraient, et que le moteur, par cela même qu'il donnerait le mouvement à un autre, se donnerait le mouvement à soi-même. Donc, quelles que soient les apparences contraires, nous devons affirmer qu'aucune cause ne change par cela même qu'elle agit.

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