Des apparences contraires à ce principe
Il semble pourtant que l'expérience ordinaire vienne donner tort à notre proposition. Toujours et partout sur notre terre, nous voyons qu'une modification dans la cause accompagne l'action. Pour mouvoir une pierre ne faut-il
pas que ma main entre elle-même en mouvement? Et si nous passons aux phénomènes internes, notre conscience ne nous dit-elle pas que notre volonté ne meut ma main et mon bras qu'après avoir été modifiée par un nouveau vouloir? En un mot, l'observation nous montre que toujours l'action suppose une modification de la cause, pour que de cause en puissance, c'est-à-dire de cause pouvant agir, elle passe à l'état de cause en acte, et qu'elle entre en action.
Il est vrai, tel est le résultat fourni par l'étude des causes qui nous entourent. Mais la réponse à cette objection se trouve dans la phrase même qui met le mieux la difficulté en évidence.
Pourquoi faut-il ce changement, cette mutation dans la cause? C'est, dites-vous, pour que, de puissance, elle passe en acte, c'est-à-dire, pour que l'être qui peut être cause soit acLuellenient cause, c'est-à-dire encore pour que l'être qui n'est pas actuellement cause devienne actuellement cause. Donc il s'agit d'une cause imparfaite, d'une cause qui ellemême est un efiet, et cette indigence d'un complément montre que par elle-même et elle seule elle n'est pas parfaitement cause.
Or le caractère métaphysique d'un être ne se tire pas de ses imperfections. Donc cette indigence des causes qui nous entourent ne peut nuire à la notion de cause pure et parfaite.
Remarquez-le d'ailleurs : toutes ces modifications que nous apercevons dans les causes ne sont pas précisément concomitantes de l'opération ; elles la précèdent au moins par une priorité de raison. Pour qu'un corps par son choc imprime un mouvement, il faut que lui-même ait déjà subi une impulsion. Si je me lève pour marcher, c'est que déjà un nouveau vouloir est venu modifier ma volonté.
Et qu'on n'objecte pas que cette priorité peut être simplement une priorité logique, car celle-ci me suffit; elle me prouve, en effet, que mon esprit distingue et sépare