‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 177 sur 581 · Démonstration par Aristote · texte numérisé non relu

Démonstration par Aristote

« Le feu écliauffe, le froid refroidit, et généralement tout agent s'assimile le patient ; car agir et souffrir sont contraires, et la génération marche vers le contraire. 11 est donc nécessaire que le patient se rapproche de l'agent; et de cette sorte, la génération marche vers le contraire (1). »

Si je comprends ce texte, voici quel est le subtil raisonnement du Philosophe. D'une part, l'agent et le patient s'opposent comme deux choses contraires, agens non agit in simile. D'autre part, toutegénération, toute altération, toute

(1) Aristote, de la Général., liv. I, cha|>. vu.

196 LIVRK III. CAUSE EFFIClHiVTi:.

transformation tend à rendre le patient diliérent de ce qu'il était, c'est-à-dire à opposer le sujet après l'action au sujet avant l'action, cjeneratio tendit in contrarimn. Mais cette dernière opposition, provenant de la cause, doit rester dans le même ordre, dans la même ligne (fue l'opposition entre l'agent et le patient. Donc, pour devenir contraire à soimême, le patient doit devenir semblable à son contraire, c'est-à-dire doit devenir semblable à l'agent.

Soit, comme exemple, un fer chaud plongé dans une eau froide. Le fer et l'eau s'opposent par leurs qualités contraires sous le rapport de la température, et le fer agira sur l'eau. Celle-ci va donc changer d'état calorifique ; elle va prendre un état contraire à état précédent. Or il n'y a qu'un contraire du froid, c'est le chaud. Donc en devenant contraire à elle-même, elle va devenir semblable à la cause qui la modifie, agens agit simile sibi.

A vrai dire, il en est de cette démonstration comme de toutes les démonstrations trop subtiles. Elles ne sont jugées bonnes que parce qu'elles conduisent à une conclusion connue d'avance et l'on n'attache confiance au raisonnement qu'en vertu de la foi qu'on a dans la conclusion. Pour une proposition aussi importante que celle que nous discutons, il faut donc une preuve plus simple et plus lumineuse. Nous la demanderons à saint Thomas, qui fait un perpétuel usage de ce principe.

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