AVERTISSEMENT
Nous abordons ici une étude laborieuse. La forme et la matière sont tellement unies dans les choses qu'il est difficile de les distinguer Tune de l'autre, et de préciser le rôle de chacune. Et cependant il est indispensable d'avoir à cet égard des idées claires et bien établies. Faute de cela, on commet à chaque instant des confusions, et c'est là qu'il faut chercher la raison des interminables discussions sur la matière et la forme qui ont nui à la philosophie.
Je mettrai donc toute mon application à éclaircir les notions de matière et de forme. .le prie le lecteur de ne pas se fatiguer des développements subtils, et de ne pas regarder comme oiseuses les redites et les répétitions. Car, dans ce traité plus que dans tout le reste de la métaphysique, il est nécessaire d'assouplir l'esprit par une sorte de gymnastique intellectuelle, et ce n'est qu'en ramenant souvent sa pensée sur ce même sujet qu'on linit par le comprendre clairement.
D'un autre côté, toute la Scolastique nous enseigne avec Aristote que pour parvenir à la science de l'être, science objectivement la plus universelle, la plus simple et la première, notre étude doit partir des choses particulières et corporelles, plus complexes il la vérité, plus (lilficilcs tl
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comprendre, mais plus voisines et plus au niveau d'intel- Hgences plongées dans la matière.
Aussi, pour pénétrer dans la métaphysique de la cause formelle et de la cause matérielle, nous étudierons d'abord ces deux causes dans l'objet matériel qui nous a déjà servi d'exemple, c'est-à-dire, dans la statue.
Pendant plusieurs chapitres, nous nous attacherons à cet objet particulier, et nous chercherons à y distinguer les propriétés de la matière et de la forme. Qu'on ne s'effraie pas si cette première étude parait longue, et qu'on ne s'étonne pas si elle est déjà bien al)straite. On n'est pas philosophe, à moins de comprendre que la métaphysique tout entière est contenue dans l'être d'un grain de sable.
Après cette analyse particulière d'une statue, nous reprendrons la question dans toute sa généralité, et, je l'espère, nous trouverons, dans l'accord de ces deux études, la confirmation de l'une et de l'autre, et le signe éclatant de la vérité.