Des accidents séparables et inséparables
L^e.xemple précédent était facile à comprendre, car le froid et le chaud sont séparables de la statue ; mais nous rencontrons d'autres propriétés qu'il est plus embarrassant de classer.
La statue est blanche, parce qu'elle est de marbre blanc. La couleur est-elle une propriété essentielle de la statue ? Il semblerait qu'il en soit ainsi. Car on ne peut séparer la statue du marbre, ni le marbre de sa couleur; celle-ci est donc, en vertu d'un lien commun, inséparable de la statue.
Mais, comme l'observe Boèce avec une grande subtilité, la distinction entre l'essence et les accidents est une distinction fondée sur la possibilité et non sur le fait : c'est une distinction de concepts, plus encore qu'une distinction de choses. Il suffit qu'on puisse concevoir que la statue, tout en restant la même, change de couleur, pour que la couleur soit une propriété accidentelle.
Nascitur autem hujusmodi dubietas, utrum superior definitio vera sit et omnium accidentium nomen includat. Nam, quoniam sunt quœdam, ut ipse ait, accidentia inseparabilia, in bis talis defmitio videtur convenire non posse. Nam, si separari non possunt, non est in illis vera definitio quse dicit : Accidens esse quod inferri et auferri potest sine ejus in quo est interitu. Nam, cum inseparabilia sint, auferri non possunt. Sed ha?c tam vehemens qua^stio solvitur sic, quod ha}c ipsa definitio de accidentibus facta est potestate non actu, et intelligentia non veritate. Non quia iEthiops et corvus colorem amittant, sed sine isto colore ad intelligentiam nostram possunt subsistere... Ergo hoc non ideo quia fiât dicitur, sed ideo quia si posset fieri, hujus accidentis susceptrix substantia non periret (1).
(1) Boelius, loco citalo.