Application aux diverses sortes de changement
« Il y a, continue Aristote, quatre sortes de cliangements concernant, ou la nature, ou la qualité, ou la quantité ou la situation locale. Le changement de nature est la génération proprement dite et la corruption; en quantité, il y a accroissement et dépérissement; Yallération résulte d'une action subie ; il y a transfert dans l'espace. Or, dans chacune de ces mutations, il y a deux termes contraires. 11 faut donc que chaque changement se produise dans une matière capable des deux termes, àvâY/-r, oy,
Qu'un arbre soit réduit en cendres, il y a, sans conteste,
(1) Arist., Mt-laptii/s., iiv. XI,chaii. ii.
(■2)Alb. Magii., Mélaplujs.. lib. XI. Ir. I, caji. iv.
(3) Aristote, Métaphys., iiv. XI, cli. ii.
changement de nature, corruption du bois. D'ailleurs, ce n'est pas une simple succession de deux existences étrangères Tune à l'autre. C'est bien Tarbre qui est devenu cendre. Donc il y a quelque chose qui se trouvait dans le bois et qui se retrouve dans les cendres, c'est la matière. — Je laisse aux chimistes à expliquer quel est « ce quelque chose » s'il est simple ou composé, s'il y a accès d'éléments étrangers. Pour moi métaphysicien, j'oppose l'arbre aux cendres, je reconnais que « ceci » n'est pas « cela », mais que « cela » a été changé en « ceci »; et j'en conclus qu'il y a quelque chose qui reste en « ceci » et en « cela ».
Lorsqu'un enfant grandit, il conserve toujours la même nature, mais il y a chez lui accroissement. Son être se prête donc successivement à la petitesse et à la grandeur, c'està-dire qu'il contient une indétermination qui a besoin d'être comblée pour qu'il existe actuellement, car tout homme existe avec une taille déterminée. — Je laisse aux physiologistes à expliquer comment se produit cet accroissement, comment le principe en est dans la nature même du sujet. Pour moi, je me contente d'opposer la petitesse de l'enfant à la grandeur de l'adolescent; je reconnais que la première n'est pas la seconde, et qu'il y a quelque chose dans l'homme qui peut être successivement petit et grand, tout en conservant la même nature. Ce « quelque chose » est le sujet du changement, la matière de l'accroissement.
Soit un barreau de fer qu'on échaufle. De froid il devient chaud; il y a donc changement de qualité, altération — Je laisse aux physiciens à déterminer comment se produit réchauffement, et quelles sont les vibrations qui causent le phénomène de la chaleur. Pour moi, je me contente de remarquer que ce barreau a changé puisque de froid il est devenu chaud, et que cependant quelque chose a demeuré puisque c'est le même barreau. Donc il y a encore un sujet qui demeure, une matière de l'altération.
Enfin, laissant aux penseurs les méditations sur l'espace et le lieu, et aux mathématiciens le calcul des lois du mou-