‹ La métaphysique des causes d'après Saint Thomas et Albert le GrandChapitre 233 sur 581 · Digression sur la physique des anciens · texte numérisé non relu

Digression sur la physique des anciens

Je viens de dire que je ne m'occupais ici de la matière et de la l'orme qu'au point de vue métaphysique. Cette observation a pour but de détruire certains préjugés trop répandus à l'égard de la philosophie scolastique. Maintenir l'antique et traditionnelle métaphysique, ce n'est ni renoncer aux splendides découvertes de la science moderne, ni revenir à l'ancienne physique toule hérissée de qualités occultes. On se tromperait grossièrement, si pour faire

honneur à nos grands docteurs du moyen âge, on acce2:)tait sans contrôle les théories qui régnaient de leur temps au sujet des phénomènes naturels. Ce serait sacrifier la méthode et les principes mêmes de ces grands hommes, pour n'en retenir que les erreurs de détail.

Ces erreurs étaient excusables chez eux. Car, puisque linstrumcnt de notre connaissance est la force d'abstraction par laquelle nous voyons Funivcrsel dans le particulier et le sensible, il en résulte qu'à chaque époque la science métaphysique est en commerce nécessaire avec les sciences d'observation, et que ses conclusions se trouvent en mélange avec les données de la physique actuellement régnante.

Mais ce mélange est séparable comme au sortir de la meule on sépare le son et la farine. Il faut abandonner les hypothèses et les théories physiques dont l'erreur est actuellement reconnue; et certes, les anciens maîtres, revenant de nos jours, accueilleraient avec empressement toutes les découvertes modernes pour les faire servir à l'étude de la vérité métaphysique.

D'ailleurs ce triage est facile. Car toutes les conclusions de nos docteurs qui se rapportent à des faits vrais se distinguent par leur simplicité et leur clarté. Au contraire, partout où ils cherchent à rendre compte d'une croyance erronée, leurs explications sont obscures, et laissent voir la contrainte d'un grand esprit cherchant un peu de lumière au milieu des ténèbres.

Qu'on le sache donc bien, revenir à la métaphysique scolastique ne suppose pas une attache servile à la physique des anciens.

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